Voltaire, apôtre de la guerre sociale et politique permanente

Les guerres et l’exploitation économique, sociale et politique des peuples sont malheureusement restées, au XXIe siècle, le quotidien de l’Humanité. Personne n’oserait désormais le nier, des violences de toutes sortes faites à nos semblables défilent en boucle, et quasiment en direct, sur nos écrans de télévision, sur internet et sur tous les supports de communication mis à notre disposition.

À tel point que, par ce fait même, il semble que nous ayons perdu complètement de vue – à moins que leur connaissance ne nous fasse carrément défaut ? – les processus historiques dans lesquels ces fléaux continuent de s’inscrire. Or, il arrive qu’au cœur de ces processus, des personnages, de par l’influence qu’ils sont à même d’exercer sur certains milieux, en deviennent les porte-parole et que, dès lors munis d’un ticket d’entrée dans les hautes sphères de l’Etat, ils en viennent à participer plus ou moins directement aux destinées du pays, le faisant parfois s’engager sur des chemins redoutables et funestes.

À cet égard, nous avons eu, en France, le cas tout à fait exemplaire du dénommé Voltaire, dont l’étude est particulièrement digne d’intérêt : car, en dehors de la mise en exergue de ses seules activités d’« écrivain-pamphlétaire », d’« historiographe », et d’« idéologue révolutionnaire » sur lesquelles l’Education nationale, ainsi que les milieux universitaires, restent d’ailleurs étrangement arc-boutés, tout semble orchestré pour que la jeunesse française, renfermant en son sein de futurs citoyennes et citoyens, continue à n’y voir pas plus loin que le bout de son nez …

Or, nous disposons tout de même de documents historiques tout à fait accessibles, en l’occurrence, de l’abondante Correspondance de Voltaire, publiée en treize volumes par la Bibliothèque de la Pléiade, sur lesquels Michel J. Cuny a pu, dans le cadre de ses travaux de recherche, s’appuyer, mettant ainsi en lumière, preuves à l’appui, les préoccupations et les motivations profondes du « grand homme ».

En guise de mise en bouche, voici un petit aperçu de ce qu’il a pu découvrir …

  • Article Egalité dans le Dictionnaire philosophique portatif :

« Une famille nombreuse a cultivé un bon terroir ; deux petites familles voisines ont des champs ingrats et rebelles ; il faut que les deux pauvres familles servent la famille opulente, ou qu’ils l’égorgent, cela va sans difficulté. Une des deux familles indigentes va offrir ses bras à la riche pour avoir du pain ; l’autre va l’attaquer et est battue ; la famille servante est l’origine des domestiques et des manœuvres ; la famille battue est l’origine des esclaves. Il est impossible dans notre malheureux globe que les hommes vivant en société ne soient pas divisés en deux classes, l’une de riches qui commandent, l’autre de pauvres qui servent ; et ces deux se subdivisent en mille, et ces milles ont encore des nuances différentes. »

« Le genre humain tel qu’il est, ne peut subsister à moins qu’il n’y ait une infinité d’hommes utiles qui ne possèdent rien du tout. Car certainement un homme à son aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer la vôtre, et si vous avez besoin d’une paire de souliers, ce ne sera pas un maître de requêtes qui vous la fera. L’égalité est donc à la fois la chose la plus naturelle, et en même temps la plus chimérique. »

  • À la « Gazette littéraire de l’Europe« , [octobre 1764]

« L’Afrique fournit tous les ans environ quarante mille nègres à l’Amérique, et ne paraît pas épuisée. Il semble que la nature ait favorisé les Noirs d’une fécondité qu’elle a refusée à tant d’autres nations. »

  • À propos du banquier Pâris de Montmartel, dans son Panégyrique de Louis XV :

« Il s’est trouvé un homme qui a soutenu le crédit de la nation par le sien : crédit fondé à la fois sur l’industrie et sur la probité, qui se perd si aisément, et qui ne se rétablit plus quand il est détruit … Nos camps devant tant de places assiégées ont été semblables à des villes policées où règnent l’ordre , l’affluence et la richesse. Ceux qui ont ainsi fait subsister nos armées étaient des hommes dignes de seconder ceux qui ont fait vaincre. »

  • À François Tronchin [Conseiller d’Etat à Genève], le 4 janvier 1756 :

« Le roi d’Espagne envoie quatre vaisseaux de guerre contre le père Nicolas à Buenos-Aires, avec des vaisseaux de transport chargés de troupes. J’ai l’honneur d’être intéressé  dans le vaisseau Le Pascal qui va combattre la morale relâchée au Paraguay. Je nourris des soldats. Je fais la guerre aux jésuites. Dieu me bénira. »

  • À Mme d’Epinay, le 25 avril [1760] :

« Nos frères du bord du lac ont reçu une douce consolation par les nouvelles qui nous sont venues de la bataille donnée au Paraguay entre les troupes du roi du Portugal, et celles des révérends pères jésuites. On parle de sept jésuites prisonniers de guerre, et de cinq tués dans le combat, cela fait douze martyrs, de compte fait. Je souhaite pour l’honneur de la sainte Eglise, que la chose soit véritable. Je me crois né très humain, mais quand on étranglerait deux ou trois jésuites, avec les boyaux de deux ou trois jansénistes, le monde s’en trouverait-il plus mal ? »

  • À la marquise du Deffand, le 27 octobre 1760 :

« (…) il faut que je vous dise que je viens de crier vive le roi, en apprenant que les Français ont tué quatre mille Anglais à coups de baïonnette ; cela n’est pas humain, mais cela était fort nécessaire. »

  • À Jean-Robert Tronchin [négociant et banquier à Lyon], le 28 octobre [1760] :

« Dieu soit loué, nous venons de prendre aux Anglais un vaisseau chargé de casse, j’implore votre protection pour cinquante livres. On aura cela pour un morceau de pain, et pour mettre sur son pain. »

  • À Jean Le Rond d’Alembert [philosophe et co-fondateur de l’Encyclopédie], le 3 mai 1767 :

« L’exemple que donne l’impératrice de Russie est unique dans le monde. Elle a envoyé quarante mille Russes prêcher la tolérance la baïonnette au bout du fusil. Vous m’avouerez qu’il était bien plaisant que les évêques polonais accordassent des privilèges à trois cents synagogues et ne voulussent pas souffrir l’Eglise grecque. »

  • À Catherine II, impératrice de Russie, le 1er avril 1769 :

« (…) il faut absolument chasser d’Europe la langue turque, ainsi que tous ceux qui la parlent. »

« J’apprends que les braves troupes russes ont déjà battu les Tartares. Cette nouvelle diminue une maladie cruelle dont je suis actuellement accablé. Puisse la gloire de vos armées égaler celle de votre génie ! »

  • À Catherine II, impératrice de Russie, le 12 mars 1771 :

« On m’assure qu’un gros corps de vos troupes a passé le Danube ; que le peu qui restait en Valachie de mes ennemis les Turcs a été exterminé ; que vos vaisseaux bloquent les Dardanelles, et qu’enfin je pourrai me faire transporter en litière à Constantinople vers la fin d’octobre si je suis en vie. »

  • À Catherine II, impératrice de Russie, le 16 décembre 1774 :

« Si j’étais femme à Pétersbourg, jeune et jolie, je ne baiserais que les mains de vos braves officiers qui ont fait fuir les Turcs sur terre et sur mer, et ils me baiseraient tout ce qu’ils voudraient. »

  • À Nicolas-Claude Thieriot [ami, confident et homme de main de Voltaire], le 26 avril 1760 :

« On m’a mandé qu’on avait mis à Bicêtre deux troupes d’énergumènes qui faisaient des miracles : il faudrait faire travailler aux grands chemins, tous ces animaux-là, jésuites, jansénistes, avec un collier de fer au cou, et qu’on donnât l’intendance de l’ouvrage à quelque brave et honnête déiste, bon serviteur de Dieu et du roi.

Vous me demandez pourquoi je veux faire travailler ainsi jésuites et jansénistes ? C’est que je fais actuellement une belle terrasse sur le grand chemin de Lyon, et que je manque d’ouvriers. »

  • À Jean Robert Tronchin [négociant et banquier à Lyon], le 11 avril [1759] :

« Je paie actuellement très régulièrement quatre-vingt ou cent personnes qui travaillent pour moi. »

  • Au même, le 21 janvier 1761 :

« Je suis né assez pauvre, j’ai fait toute ma vie un métier de gueux, celui de barbouilleur de papier, celui de Jean-Jacques Rousseau, et cependant me voilà avec deux châteaux, deux jolies maisons, 70 000 livres de rente, deux cent mille livres d’argent comptant et quelques feuilles de chêne en effets royaux que je me donne garde de compter.

Savez-vous qu’en outre, j’ai environ cent mille francs placés dans le petit territoire où jai fixé mes tabernacles? « 

  • À M. de Caradeuc de La Chalotais, le 28 février [1763]

« Je vous remercie de proscrire [dans son manuscrit : Essai d’un plan d’étude pour les collèges] l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manoeuvres, et non des clercs tonsurés. Envoyez-moi surtout des frères ignorantins pour conduire mes charrues ou pour les y atteler. »

  • À l’abbé Pierre-Joseph-André Roubaud, le 1er juillet 1769 :

« Je ne sais comment il se peut faire que la France étant après l’Allemagne le pays le plus peuplé de l’Europe, il nous manque pourtant des bras pour cultiver nos terres. Il me paraît évident que le ministère en est instruit, et qu’il fait tout ce qu’il peut pour y remédier. On diminue un peu le nombre des moines, et par là on rend des hommes à la terre. On a donné des édits pour extirper l’infâme profession de mendiants, profession si réelle, et qui se soutient malgré les lois, au point que l’on compte deux cent mille mendiants vagabonds dans le royaume. Ils échappent tous aux châtiments décernés par les lois, et il faut pourtant les nourrir parce qu’ils sont hommes. Peut-être, si on donnait aux seigneurs et aux communautés le droit de les arrêter et de les faire travailler, on viendrait à bout de rendre utiles des malheureux qui surchargent la terre. (…) »

  • À Etienne-Noel Damilaville, le 1er avril 1766 :

« Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple que vous croyez digne d’être instruit. J’entends par peuple la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ou la capacité de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes ; il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis, ce n’est pas le manoeuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes, cette entreprise est assez forte et assez grande. (…) quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. Je suis de l’avis de ceux qui veulent faire de bons laboureurs des enfants trouvés, au lieu d’en faire des théologiens(…). »

  • Au même, le 13 avril 1766 [signé « les frères Boursier »]

« (…) Il faut que la lumière descende par degrés ; celle du bas peuple sera toujours fort confuse. Ceux qui sont occupés à gagner leur vie, ne peuvent l’être d’éclairer leur esprit. Il leur suffit de l’exemple de leurs supérieurs. »

  • Au comte d’Argental, le 2 septembre 1767 :

« Je ne connais depuis vingt ans aucun livre supportable, excepté ceux que l’on brûle, ou dont on persécute les auteurs. Allez, mes Welches [mes Français], Dieu vous bénisse, vous êtes la chiasse du genre humain. »

  • À Etienne-Noël Damilaville, le 4 septembre 1767 :

« Savez-vous, mes pauvres Welches, que vous n’avez plus ni goût ni esprit ? » « (…) ah! mon Dieu, polissons que vous êtes, combien je vous méprise ! »                               

Encore faut-il déterminer le cadre général dans lequel Voltaire agissait et ce qu’étaient tous ces personnages auquel il s’adressait.

C’est ce qui est fait dans le livre de Michel J. Cuny, Voltaire – L’or au prix du sang, Éditions Paroles Vives, 2009. Il peut être commandé ici.

Christine Cuny

Clic suivant…
1919. Une Société des Nations au service des grands intérêts économiques et financiers ?


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.