II 2. Qu’en est-il de l’Irak ? « complètement cassé », « déstructuré »…

(Emission radio, Le Club de la Presse, Europe 1, 20 mai 2015. Analyse)

Qu’en est-il de l’Irak ? « complètement cassé », « déstructuré »… 

La guerre états-unienne a atteint son maximum jusqu’à transformer l’Irak – comme le dit, en termes très imagés, au Club de la Presse du 20 mai 2015, madame Levallois – en « un pays qui a été complètement cassé, déstructuré, lors de l’invasion américaine. Souvenez-vous : l’armée avait été complètement cassée, les services de renseignement mis complètement hors jeu, le parti Baas, qui était la structure, qui était vraiment la colonne vertébrale du régime du pays, de l’Irak, a été cassée. Et donc on s’est retrouvé face à un vide absolument total qui explique aussi les difficultés que l’on a aujourd’hui à reprendre la main pour les Américains ou pour la communauté occidentale sur ce… » …sur ce pays, donc.

Casser la colonne vertébrale… c’est déstructurer un pays, un parti, mais cela ne suffisait pas au président des États-Unis, George W. Bush, ni au premier ministre britannique, Tony Blair. Il fallait casser l’homme pour casser le peuple.

2 - Carte de l' Irak
L’Irak dont Saddam Hussein, issu du parti Baas, avait fait un régime laïc
où les tribus cohabitaient, où l’Etat tenait les puits de pétrole.
L’Irak où, suite aux guerres anglo-saxonnes génocidaires,
Saddam Hussein avait annoncé le passage du dollar à l’euro
pour les transactions pétrolières.
D’où la destruction de l’Irak et l’assassinat du président Hussein
par les « très démocratiques » anglo-saxons…

L’exécution par balle ayant été refusée à Saddam Hussein, ce fut, le 30 décembre 2006, la mort par pendaison qui lui fut imposée. La pendaison entraînant souvent une rupture des vertèbres cervicales… lorsque l’invitée du Club de la Presse énonce que « le parti Baas, qui était la structure, qui était vraiment la colonne vertébrale du régime du pays, de l’Irak, a été cassée », elle ne croit pas si bien dire… Arguant de prétextes mensongers, le président des États-Unis et le premier ministre de Grande-Bretagne ont cassé la colonne vertébrale de l’Irak, du parti Baas, du président Saddam Hussein, et donc du peuple pour obtenir le… « vide absolument total » qui ne peut tout de même pas être une surprise aux yeux de ceux et de celles qui l’ont voulu et fabriqué à coups de famines et de bombes, afin de… « reprendre la main pour les Américains ou pour la communauté occidentale » – et non pour la communauté internationale, comme il est si souvent dit – « sur ce… » pays arabe, bien sûr !

De la déstructuration à la guerre civile

Casser la colonne vertébrale d’un pays, d’un parti, d’un homme, d’un peuple ne suffit pas… tant qu’il reste une partie de ce peuple qui refuse de se plier au régime politico-économique que les chefs d’États capitalistes et leurs multinationales veulent, par la force la plus brutale – la force militaire – lui imposer.

Mais Serge July a une petite question à poser…
« […]. Les États-Unis souhaitaient, en particulier, armer les tribus sunnites et les détourner de Daesh. Semble-t-il, l’argent n’est jamais arrivé, hein. C’est exact ? »

Agnès Levallois :
« Il y a une partie de l’argent qui est arrivée : y a des tribus qui ont récupéré une partie de cet argent américain. »
Achever la déstructuration des sociétés arabes en finançant certaines tribus pour les armer contre d’autres, ou contre « Daesh » qui est une création occidentale, n’est-ce pas une manière de provoquer des guerres civiles tout en se lavant les mains du sang répandu ?…

En tout cas, la spécialiste ès monde arabe sait, elle, ce qui ne marche pas et ce qui « marche » :
« Ce qui est sûr, c’est que les opérations uniquement militaires, aériennes, ne servent, enfin, ne sont, sont largement insuffisantes pour arriver à un résultat et que, sans engagement au sol, on n’y arrivera pas. Le meilleur exemple, me semble-t-il, c’est l’opération qui a été menée, le week-end dernier, par les Américains lors de la prise d’Abou Sayyaf qui était donc un responsable de l’État islamique et pour capturer [Intervention : « qui a été tué, donc, par des forces spéciales américaines au sol »], et qui a été tué par des forces américaines, mais y a eu, à ce moment-là, intervention au sol, ponctuelle, pour mener cette opération. Donc, on voit bien que, quand y a un objectif précis à atteindre, là, en l’occurrence, y avait suffisamment de renseignements, j’imagine, pour savoir qu’on pouvait le prendre ; les moyens ont été mis en œuvre, non seulement aériens mais également des troupes au sol pour mener cette opération. Et là, ça marche ! »
Heu… des moyens aériens, terrestres – des troupes au sol – tout cela pour… « capturer », comme Agnès Levallois le dit si bien, un seul homme ? Peut-être, la question, est-elle triviale mais… À l’aune états-unienne, ça coûte combien, la capture d’un homme ?
Ces « opérations » ont eu lieu avec l’accord des autorités irakiennes, non pas sur le sol irakien mais sur le sol syrien, à Al-Amr, sans que le régime syrien en ait été informé. Quatre chefs du groupe ÉI (État Islamique), dont Abou Sayyaf, et d’autres membres de l’organisation ont été tués : 32 personnes au total. Autrement dit, les forces états-uniennes peuvent aller tuer des personnes sur le sol d’un pays étranger – ici, la Syrie – sans l’aval de celui-ci ; elles bafouent ainsi les autorités du pays et sa souveraineté.    

“Refiler” le chaos à une armée irakienne en lambeaux

De toute évidence, selon l’invitée du Club de la presse, il y a une bonne leçon à tirer de l’expérience du week-end :

« Donc, on voit bien que, dans cette situation irakienne, si y a pas, un moment, d’engagement au sol, on n’arrivera, enfin, les Américains n’arriveront à rien. Mais les seuls qui interviennent […]. Alors, le problème, c’est qu’il faut que l’armée irakienne, il faut que l’armée irakienne soit en mesure de le faire. Et c’était l’engagement pris par le nouveau Premier ministre irakien, Al-Abadi, de reprendre en mains une armée et d’en faire une armée qui ne soit pas une armée chiite ou sunnite mais que ce soit une armée irakienne [Intervention d’Olivier Duhamel : « Ils n’y arrivent pas, manifestement.]. »
La déstructuration d’un pays, sur les plans politique, économique, militaire, jusqu’à la destruction totale de ses infrastructures et de ses superstructures, c’est l’anéantissement du travail de toute une population qui avait fourni les efforts nécessaires, jusque-là, pour obtenir de meilleures conditions de vie. Quant à ceux qui voulaient la place d’un Saddam Hussein, en Irak, ou d’un Muammar Gaddhafi, en Libye… les voici avec un pays ingouvernable.

Qu’importe si le résultat obtenu s’avère catastrophique, l’armée états-unienne ne pense plus qu’à une chose : “refiler” le chaos à une armée irakienne qu’elle a largement contribué à désintégrer et sur laquelle elle plaque un type d’organisation qui ne convient pas… Agnès Levallois, qui se rend bien compte du problème, enchaîne sur l’intervention d’Olivier Duhamel…
« Sauf que, pour l’instant, ils n’y arrivent absolument pas parce que le pays a été tellement clivé et qu’aujourd’hui, on a vraiment face à face les milices chiites, heu, les milices sunnites qui, elles, sont complètement affaiblies parce qu’elles ont pas été, effectivement, on leur a pas donné les moyens nécessaires pour se mettre en ordre de bataille, parce que l’idée, c’était d’éviter d’arriver à cette situation aussi tranchée mais qu’on ait une armée, avant tout, irakienne [Intervention d’Olivier Duhamel : « Mais, comme on n’y arrive pas, il faut des soldats américains ? »]. Non, je ne crois pas qu’il faille des soldats américains, je pense que les soldats américains, si ponctuellement, ils peuvent faire une opération comme celle du week-end dernier, je crois pas que massivement, une, un engagement de l’armée américaine soit possible dans le contexte actuel et ça provoquera, à la limite, peut-être encore plus de catastrophes que ça ne réglerait de questions. »
Autrement dit, madame Levallois ne se fait aucune illusion sur un rôle éventuellement bénéfique des interventions américaines.

Alors, il ne reste sans doute, pour les chefs d’États occidentaux et leurs armées, que deux choses à faire : laisser ce pays, l’Irak, se débrouiller tout seul avec le chaos dans lequel il a été plongé, en attendant de pouvoir y revenir, et semer le chaos ailleurs… Ce “chaos ailleurs” sera l’objet d’un prochain article, rédigé à partir de la même émission…

Cf. L’ouvrage « La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011) » dans lequel, ainsi que le titre l’indique, il y est aussi question d’autres pays… de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie…

Suite : II 3. Une créature ingrate : « Daesh »

Françoise Petitdemange
  


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