Lors d’un appel téléphonique à l’imprimerie d’Épinal, je n’hésitai pas à insister sur le travail satisfaisant de l’impression de notre livre Le Feu sous Cendre [Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Éditions Cuny-Petitdemange, 1986, 660 pages, ouvrage plusieurs fois réédité], tout en précisant le fait qu’il nous était impossible de proposer aux lecteurs et lectrices les exemplaires à la reliure défectueuse.
Mais au moment où, sans tergiverser, l’imprimeur se disait prêt à demander au chauffeur-livreur du camion de faire un crochet par Lyon et la rue Burdeau pour reprendre les exemplaires mal reliés, l’épouse de l’imprimeur s’empara du téléphone et refusa net la reprise des livres à refaire qui, de toute évidence, étaient cassés dans les cartons dès le départ du camion de l’imprimerie des Vosges vers notre domicile dans la région Rhône-Alpes.
Le problème se situait ici : nous avions eu à cœur d’honorer la facture dans son intégralité. Erreur !
Bientôt, devant l’intransigeance tenace de la femme de l’imprimeur, nous n’eûmes plus qu’une solution : rassembler tous les documents en notre possession – dont les lettres dans lesquelles il avait été question d’une reliure par collage à chaud, plus singalette -, et mettre l’affaire entre les mains de la justice. À cette époque, c’étaient ces documents irréfutables qui nous permettaient d’avoir un peu foi en la justice de notre pays.

À Lyon, nous avons pris contact avec un jeune avocat disposé à se saisir de l’affaire. Un premier rendez-vous fut fixé. Il vint à notre rencontre pour nous faire entrer dans son bureau. C’était vers le soir. Très poli, il nous fit passer devant lui. N’ayant pas vu qu’il y avait une double porte vitrée, tant sa transparence était d’une propreté irréprochable, je m’avançai rapidement et mon front heurta le verre. Très gêné, il était près de sortir la boîte à pharmacie. Même si le choc avait été brutal, ce n’était pas nécessaire. Il n’empêcha qu’un éclair me traversa l’esprit et que je pensai : « Cela commence mal. »
Après une conversation qui dura près d’une heure, nous laissâmes les documents et convînmes d’un autre rendez-vous. Selon lui, à première vue, la chance était de notre côté puisque nous avions des preuves écrites – et notamment des lettres – dans lesquelles l’imprimeur reconnaissait ses torts : « C’est par erreur que nous avons fait figurer la singalette dans notre devis. Nous n’utilisons plus la singalette dans nos ateliers depuis longtemps. » Un procès méritait d’être tenté. Malgré nos faibles revenus, nous le tentâmes.
Françoise Petitdemange – Michel J. Cuny
17 mai 2024