La France populaire dans son ensemble est plutôt très mal partie… et elle le sait parfaitement

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 135)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

De fait, l’hémorragie des outils de production se sera poursuivie, en France, à un rythme plus que soutenu… Après avoir évoqué les filières relativement anciennes… « habillement, meuble, électroménager, jouets… Les fleurons tombent les uns après les autres », Alexandre Mirlicourtois en vient aux décisions par lesquelles les multinationales d’origine française (ainsi que les autres) ont davantage séparé leurs intérêts de ceux de la population locale en déplaçant leurs instruments de production vers des pays mieux armés du point de vue de l’exploitation du travail…
« L’automobile en donne une illustration parfaite. Au début des années 2000, l’automobile française est à son apogée avec plus de 3 millions de véhicules particuliers qui sortent chaque année des usines françaises. L’auto participe alors pleinement aux excédents extérieurs. Mais en 2004 Renault lance la Logan, première voiture low-cost, fabriquée hors de France. »

Alexandre Mirlicourtois montre alors comment, au-delà de la délocalisation elle-même, il s’agit de séparer les intérêts, en France, des producteurs et des consommateurs, et de détruire des équilibres de long terme établis assez rapidement après la Seconde Guerre mondiale :
« Derrière ce choix emblématique se dessinent deux virages stratégiques : délocaliser pour produire à bas prix pour une demande émergente en plein essor, mais aussi pour approvisionner les pays d’Europe de l’Ouest, dont la France. Résultat : le made in France s’effondre. En 2000, PSA Peugeot Citroën et Renault Dacia Samsung fabriquent 4,6 millions de voitures particulières, dont 2,8 millions sortent des usines françaises, soit un peu plus de 60% du total. »

S’agissant de processus dont on peut imaginer la dimension des enjeux d’installation et de formation de la main-d’oeuvre, etc., les résultats n’auront pas tardé à se faire sentir, là-bas et ici :
« Huit ans plus tard, leur production mondiale flirte avec les 5 millions. C’est une hausse de 6,6% sur la période. En revanche, à peine 2 millions de véhicules sont assemblés sur le « site France ». C’est à peine 36% du total, l’équivalent d’une chute de 32% de la production. Chez Renault, la production nationale a même été divisée par deux sur la période. »

Renault, ex-citadelle de la classe ouvrière française en même temps que figure de proue dans des domaines scientifiques et technologiques qui étaient alors l’une des fiertés nationales…

Quant aux conséquences sur la balance commerciale de la France, elles deviennent très vite criantes :
« Ni le pacte automobile de février 2009, ni les accords de compétitivité plus tard ne changent vraiment la donne avec une production quasiment divisée par deux et un déficit extérieur à son record historique de 10 milliards d’euros. 10 milliards d’euros c’était, à la virgule près, l’excédent de la filière en 2004. »

Les capitaux s’en vont… Les chômeurs restent… Et l’impérialisme économique français remonte la pente… Ce dont il avait bien besoin, n’est-ce pas ? Mais, cette fois-ci, il le fait sans prendre aucun souci des classes moyennes (activité salariée, emploi stable, sécurité sociale), comme s’il n’y avait plus, pour lui, à se soucier de l’équilibre social et politique à l’intérieur de la France. Or, il est bien vrai que, sans l’Union soviétique désormais abandonnée aux oubliettes de l’Histoire et sans la Chine qui se garde bien de dire qui elle est, la prétendue citoyenneté française est au plus bas… Société de « consommation » qui aura ramassé toutes les pauvres saletés qu’on lui proposait – y compris dans la dimension intellectuelle -, la voici qui vient buter sur les portes d’un avenir qui s’est tout à coup refermé sur son nez.

En ce qui concerne le sujet qu’il traite ici plus particulièrement, Alexandre Mirlicourtois ne peut que se montrer très désabusé :
« Le bilan est là : les fermetures d’usines s’accumulent, notre potentiel de production de biens de consommation chute. »

Et pour la marge de consommation qui subsiste, il va falloir chercher ailleurs… et en payer le prix en raccourcissant davantage encore la laisse que tient très fermement… l’Allemagne, qui  regarde la France glisser sur la pente qu’elle a dessinée pour elle depuis 1949…
« Désormais, toute hausse de la consommation de biens se paie cash par une dégradation de nos comptes extérieurs. »

Or, dès le 21 juin suivant (nous sommes toujours en 2017), Olivier Passet apporte un complément aux éléments que nous devons à son camarade Mirlicourtois, en évoquant les deux seules solutions qui lui paraissent praticables en la circonstance… « Montée en gamme ou… serrage de ceinture ».

Sur le premier point, voici ce qu’il pense pouvoir affirmer :
« Jouer le rembobinage du film de notre désindustrialisation ou de notre délocalisation paraît difficile pour ne pas dire impossible. Monter en gamme est la voie préconisée par les économistes. Plus de R&D, plus d’investissement dans la connaissance, etc. Mais cela prend du temps, si tant est que l’investissement se convertisse en innovation… ce qui est loin d’être automatique. »

J’ajouterai que sans l’ancienne pression indirecte de l’Union soviétique (dont, entre 1944 et 1946, même les responsables politiques français de droite auraient bien aimé qu’elle se manifestât avec plus de force auprès des autorités américaines alors occupées à mener l’Europe vers ce qui serait le plan Marshall), il ne faut plus du tout y songer…

Quant à l’autre solution, celle dont la suite montre déjà que c’était la bonne…
« Il reste alors à demander aux ménages de se serrer la ceinture, en basculant par exemple la fiscalité sur la consommation et en favorisant le capital. C’est la solution classique, mais souvent déflationniste, et qui se paie par des destructions de capacité industrielle. »

Prudemment, Olivier Passet accompagne cela d’une solution subsidiaire totalement bancale en ce qu’elle interrogerait les contenus de la consommation… En mode capitaliste de production, c’est se tromper complètement sur ce que l’économie peut et doit viser… à moins qu’il ne s’agisse de tromper momentanément le bon peuple, pour le conduire là où il faut…, c’est-à-dire à une soumission accentuée… Réchauffement climatique, par exemple ?…

Michel J. Cuny

Document n° 136…
La France : plus rien que l’une des girouettes de Berlin ?


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