À quel char, et à quel prix, la France a-t-elle lié son sort de sous-fifre de l’impérialisme occidental ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 134)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

À cette question, qui paraît engager notre avenir, il semble que puisse venir répondre le titre de la vidéo publiée par Alexandre Mirlicourtois le 13 juin 2017. Ce serait donc à une « Allemagne, plus compétitive que jamais ».

Et ce n’est pas peu dire, puisque :
« Avec un solde courant proche de 290 milliards de dollars, l’Allemagne étale sa puissance. Elle a repris à la Chine la première place du palmarès des pays les plus excédentaires au monde et devance le Japon qui se hisse à la troisième marche du podium. »

Du point de vue de l’impérialisme économique, pour autant qu’il correspond à une production actuelle, l’Allemagne est donc le char le plus puissant au monde !…

Alexandre Mirlicourtois semble même être en droit de lancer un peu plus loin le bouchon :
« Et encore, ces chiffres en valeurs absolues ne tiennent pas compte de la taille des économies et minimisent en partie la performance allemande, qui est hors norme. »

Ajoutant d’autres chiffres encore, il ne peut bientôt plus que s’exclamer :
« Bref, la fête va continuer. »

Or, de même qu’il avait dû réviser sa façon d’analyser l’évolution de la Chine pour finir par constater qu’elle s’engageait dans une dynamique d’appropriation de quelques « fleurons européens », parmi lesquels les fleurons français prenaient une place très significative, Alexandre Mirlicourtois en vient à reconnaître que ce qu’il avait perçu comme pouvant freiner l’Allemagne n’avait eu, en réalité, qu’assez peu d’effets…
« Pourtant, tout portait à croire que la compétitivité des entreprises allemandes allait céder sous les coups d’une double attaque : en interne avec la mise en place au 1er janvier 2015 d’un salaire minimum légal, et à l’extérieur avec la convergence des salaires vers les standards de l’Ouest des pays d’Europe de l’Est, « l’hinterland » allemand de sous-traitants à bas coûts. »

En ce qui concerne le salaire minimum légal, d’ailleurs très modeste…
« […] il existe de nombreuses techniques de contournement dont les mini-jobs, ou le statut de travailleur indépendant. Sans oublier que sont exclus du salaire minimum les mineurs, les apprentis, les stagiaires, le fameux trio connu sous le nom d’« azubis » qui jouent un rôle très important en Allemagne. »

Sur le second point, qui concerne les pays d’Europe centrale et orientale, il y a certes eu une légère remontée des rémunérations locales…
« Mais avec la crise de 2008, la mécanique s’est grippée. La progression des salaires a fortement ralenti, elle est devenue quasiment nulle, et les salaires dans les PECO représentent à nouveau moins du tiers de ceux de l’Allemagne. »

Où nous voyons que les enjeux d’exploitation du travail sont effectivement permanents au sein même de l’Empire allemand, et qu’ils conditionnent sa réussite à l’échelle mondiale, tandis que sa dynamique de fond transparaît de façon éclatante dans ce qu’écrit ici Alexandre Mirlicourtois :
« On pensait l’Allemagne coincée par sa démographie. Or sa population progresse à nouveau. Tout se passe comme si ce pays devenait une gigantesque pompe aspirante à main d’œuvre. »

En face d’un char d’une telle puissance économique, immédiate tout autant que potentielle, que représente la France ? Au-delà de l’acceptation, par le parti communiste français, de l’impérialisme militaire voulu par Charles de Gaulle dès les derniers mois de la lutte contre l’envahisseur allemand, une autre étape de l’effondrement des classes travailleuses françaises a été constituée par le choix du franc fort fait en 1984 par François Mitterrand, qui en avait confié la mise en oeuvre à Pierre Bérégovoy… Il s’agissait de se hisser à la hauteur de l’Allemagne… d’une Allemagne qui, un lustre plus tard, ne serait plus la République fédérale d’Allemagne, mais l’Allemagne réunifiée (1989-1990) – c’est-à-dire un grand pays très momentanément à la peine…

La vidéo qu’Alexandre Mirlicourtois a publiée le 15 juin 2017 nous raconte la suite… en prenant le point de vue de la France :
« Au début des années 90, l’industrie des biens de consommation était prospère. »

Mais la France voulait à tout prix devenir une place financière forte, et participer au partage des fruits de l’impérialisme en s’outillant d’une monnaie véritablement dominante, elle aussi :
« En fait, les premières digues ont sauté très tôt. Au début des années 90, dans le textile, l’habillement, le cuir et la chaussure. C’est la conséquence d’une grave erreur stratégique : la peseta espagnole, la lire italienne et la livre britannique sont dévaluées, quand le franc continue de coller à la devise allemande. »

Y avait-il véritablement une « erreur stratégique » ? À moins de couper les ponts avec l’Allemagne, et surtout avec ce qu’elle allait devenir, il n’y aurait eu d’autre solution que de s’effondrer au beau milieu d’un monde où la finance internationale se dotait d’instruments redoutables dans un contexte général où il n’y avait plus… d’Union soviétique, mais des PECO à coloniser…

De fait, c’est l’Histoire qui paraît prendre un cours nouveau… Certains y voyant même sa « fin ». Or, du point de vue du travail de production en France, les choses ne pouvaient que très mal tourner, à ne se fonder que sur le renforcement de la monnaie nationale, sans prendre aucun souci des collectifs de travail nécessaires à une vraie production destinée aux marchés extérieurs – sur quoi, pour sa part, l’Allemagne veillait comme sur la prunelle de ses yeux… Continuation de la politique du franc fort, s’inquiète Alexandre Mirlicourtois
« Une décision qui va entraîner à partir des années 90 et au-delà la dégringolade de la compétitivité et une division par deux de la production. »

Mais ce n’était encore qu’un début qui nous montre bien de quel cimetière est faite l’histoire qui nous aura propulsés dans l’univers de l’euro allemand…
« À partir des années 2000, c’est la déferlante des produits venus de Chine après son adhésion à l’OMC. En à peine 10 ans, l’activité s’effondre de 76%. En moins de 20 ans, il ne reste qu’un champ de ruines et une production en lambeaux : – 91% sur la période, difficile de faire pire ! »

La suite nous montrera que non !…

Michel J. Cuny

Document n° 135…
La France populaire dans son ensemble est plutôt mal partie…, et elle le sait parfaitement


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