Pour comprendre la Chine : apprendre à lire à l’envers…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 130)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Si, comme nous l’avons vu précédemment, les énormes hausses de salaires, répétées sur plusieurs années, n’ont pas porté atteinte à la monnaie chinoise, il ne faut pas pour autant perdre de vue l’activité, sur le terrain des monnaies en général, des pays liés, par leurs échanges, avec la Chine. Ainsi, dans la vidéo du 11 mai 2015, Alexandre Mirlicourtois évoque-t-il…
« […] les évolutions du change et un yuan qui se renchérit encaissant coup sur coup les chutes du yen puis celle de l’euro ».

Aussi bien la force interne de la monnaie chinoise que la réponse à fournir sur le théâtre extérieur où les baisses fomentées au Japon ou en Europe ne pouvaient qu’aller dans le sens d’un raffermissement supplémentaire du yuan auront fini par conduire le gouvernement chinois à répondre le moment venu. C’est ce qu’Alexandre Mirlicourtois constate à la date du 1er septembre 2015, en négligeant de remarquer que rien de tout cela ne pouvait être mis au débit de la Chine, et en appuyant très fort sur le contraire comme nous le voyons immédiatement :
« Le yuan a été dévalué ce qui officialise que le pays est en crise. »

Mais comme la crise aura vraiment tardé à recevoir la moindre confirmation qui puisse dépasser des aspects extrêmement conjoncturels, il faut finir par s’en prendre au fond même de la comptabilité chinoise… Ainsi, à la même date, Alexandre Mirlicourtois en vient à tenir d’étranges propos qui lui sont suggérés par celui dont nous avons déjà eu à citer le nom dans ces instants où il s’agit de s’en prendre aux qualités morales des dirigeants chinois :
« Plus personne n’accorde d’ailleurs quelque crédit que ce soit au chiffre officiel de 7% de la croissance au 2ème trimestre. Dans une note de juillet dernier, Patrick Artus, directeur de la recherche à Natexis met en évidence l’incohérence de ce chiffre vis-à-vis de l’évolution des importations, de la production d’électricité et du fret et arrive à cette conclusion très brutale : sur un an, au 2ème trimestre 2015, la croissance chinoise aurait été de l’ordre de 2%. »

Secoué lui-même par la marge d’erreur qu’il faudrait ici avaler d’un seul coup, Alexandre Mirlicourtois croit tout de même bon de s’associer à ce propos qui le choque tout autant que nous :
« 2%, la faiblesse du chiffre peut surprendre mais elle est bien plus cohérente avec l’activisme du gouvernement. »

Il veut dire que l’ensemble des mesures que sont alors occupées à prendre les autorités chinoises manifestent une sorte de panique dont il ne faudrait pas faire état le moins du monde, en donnant, à la population et au monde, les chiffres réels d’une croissance qui se sera effondrée…

Une semaine plus tard, le 7 septembre 2015, il s’inquiète de « L’impact de la crise chinoise sur l’Europe ». Il se veut tout d’abord rassurant :
« Premier constat, les pays occidentaux en général et la zone euro en particulier semblent a priori peu concernés. »

Regardons-y toutefois de plus près :
« Premier effet du ralentissement chinois, une partie des débouchés de la zone euro s’assèche, ce qui va peser sur les exports. La secousse est d’autant plus rude que s’y ajoutent les conséquences de la dévaluation du yuan sur les devises émergentes. C’est le second canal négatif, celui du taux de change. Les produits européens, plus chers, sont moins demandés. »

Pour l’essentiel, cela se rattache au fait que les hausses des salaires ne se sont pas perdues dans la consommation (ni dans l’inflation), tandis que les manœuvres internationales sur les monnaies (dont l’euro) ont trouvé leur sanction dans une baisse du yuan, non pas subie, mais pilotée par le gouvernement chinois selon les critères qu’il a bien voulu utiliser…

Voyons la suite… que nous allons devoir prendre avec des pincettes :
« Autre canal de transmission, globalisation financière oblige, le marché actions. La déconfiture de la bourse chinoise a gagné les places mondiales ! L’Euro Stoxx 50 a cédé beaucoup de terrain cet été dans le sillage de la chute de la bourse de Shanghai. »

La bourse de Shanghai… Comment ça marche ?… Premier élément à avoir en tête : elle est directement placée sous le contrôle du Conseil des affaires de l’Etat de la République populaire de Chine, Etat qui agit sous l’impulsion du système complexe en quoi consiste le Parti communiste chinois (et ses Congrès souverains)… Ce Conseil est lui-même présidé par le Premier ministre et il rassemble une cinquantaine de responsables des agences et départements gouvernementaux.

Remise en activité en 1990, la bourse de Shanghai est devenue un élément d’une grande importance dans la panoplie déployée par la Chine pour venir au contact des pays impérialistes à partir des instruments de gestion qu’ils utilisent eux aussi, mais dans un contexte qui n’est évidemment pas celui dans lequel se situe l’analyse marxiste-léniniste des rapports économiques internationaux.

De façon générale, la bourse de Shanghai doit donner aux capitaux étrangers la possibilité de se faire juges de l’activité économique chinoise, et ceci, à partir de leurs outils de gestion qui ne sont pas du tout ceux du parti communiste chinois, ce qui n’empêche pas celui-ci de les connaître très bien.

Désormais, un petit millier de sociétés étrangères viennent ici faire la pluie et le beau temps à travers des investisseurs qui pensent pouvoir juger du potentiel de développement de la Chine dans un cadre qui devrait bien finir par se transformer en capitalisme véritable…

Ce feu, qui peut virer du vert, à l’orange, tout autant qu’au rouge, se présente aussi parfois comme une verrue sur laquelle le parti communiste chinois doit, en tout temps, porter un regard attentif : elle a été placée là volontairement, mais tout ce qu’elle fait ne dépend éventuellement pas de la seule volonté des autorités chinoises.

Quant à la population chinoise elle-même, elle est soigneusement maintenue à distance de ce qu’il pourrait y avoir de pire pour elle dans ce qui se déroule à cet endroit : la participation du public y est confinée à presque rien. Ce qui donne aux hausses et aux baisses une signification plus sûre que si elles devaient aider à faire les poches des petits investisseurs…  On sait le sel que comporte, en Occident, la condition des petits actionnaires

C’est donc cela qu’Alexandre Mirlicourtois a vu broncher : le baromètre grâce auquel la Chine mesure la sensibilité des investisseurs internationaux à ce qu’elle fait… Ce n’est évidemment pas du tout sa façon à elle de gérer son propre pays.

Michel J. Cuny

Document n° 131…
Mais pourquoi ne pas jeter à la poubelle tous les bons chiffres de l’économie chinoise ?


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