Valeur d’usage contre valeur d’échange : un débat qui échappe complètement à la conscience française…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 129)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Grâce à la vidéo publiée par Alexandre Mirlicourtois le 23 février 2015, nous allons pouvoir entrer dans ce merveilleux système en quoi consistait, pour l’impérialisme occidental, l’« atelier du monde » à la chinoise. Sur quoi cela reposait-il ?…
« D’abord sur une main d’œuvre peu qualifiée et abondante avec le transfert des populations des campagnes vers les zones côtières développées. »

Le capital internationalisé pouvait donc s’y engouffrer à condition de ne pas se tromper sur ce qu’il convenait de faire dans ce contexte assez particulier pour lui, et qui lui rappelait le bon vieux temps des colonisations en Afrique ou en Asie.

Ce qui a été remarquable dans le cas chinois de ces quelques années très particulières, c’est qu’il n’avait pas été nécessaire d’utiliser les fusils pour plier la population ou les autorités aux exigences de l’exploitation étrangère : tout cela s’était comme jeté dans les bras du capital occidental… qui n’avait pas eu à hésiter une seule seconde. L’Union soviétique venait tout juste de s’effondrer… Pourquoi pas la Chine ? Sans doute le régime était-il aux abois, et tout particulièrement en raison des massacres (version occidentale) de la place Tienanmen (de la mi-avril au début de juin 1989) qui avaient, somme toute, signé son arrêt de mort.

Certes, comme nous le montre Alexandre Mirlicourtois, l’Occident était obligé de retourner un peu en arrière… Mais il le faisait avec bonne grâce…
« Alors certes, le manque de qualification limite les gammes de production aux biens peu sophistiqués mais le réservoir de main d’œuvre met la pression sur des salaires déjà très faibles par rapport aux standards des pays avancés. »

Tout cela comme si la dimension de l’exploitation n’arrivait pas même à se mouler sur l’effondrement civilisationnel que traduisait la situation de la Chine naguère labourée à mort par le monstre Mao…, autrefois embobiné par Joseph Staline, lui-même endoctriné par Vladimir Ilitch Lénine, largement drogué par la lecture de deux redoutables criminels qu’il aurait fallu pendre haut et court dès 1848 : Karl Marx et Friedrich Engels.

Quel enseignement l’Université française aurait-elle eu à opposer à cela ? Rien. Elle n’en a jamais rien dit. Trop contente de pouvoir se réfugier, elle, derrière un vrai criminel : Voltaire

…qui aurait particulièrement apprécié de disposer de la main-d’oeuvre chinoise telle qu’elle paraissait s’offrir à l’exploitation capitaliste à la fin d’un XXème siècle qui repartait gaiement vers son tout début. En effet, comme nous le dit Alexandre Mirlicourtois :
« Cela permet d’avoir une compétitivité-coût très forte et donne un avantage déterminant dans les industries intensives en main d’œuvre les moins sophistiquées. »

Mais, ici, nous ne sommes toujours que sur la « valeur d’échange »… Et comme, depuis les lendemains de 1968, toutes les traces de l’enseignement supérieur de tendance marxiste né de la Seconde Guerre mondiale et de la réputation écrasante de l’Union soviétique et de son principal responsable, Joseph Staline, ont disparu, il ne faudra pas compter sur les Françaises et les Français pour s’intéresser à ce point précis, et à la dialectique qui s’y ouvre avec la « valeur d’usage » : ils n’en connaissent strictement rien… L’esprit de tous ces gens-là a coulé corps et âme dans les prétendues mares de sang des systèmes soviétique ou chinois… Et ils ont perdu le droit de faire le moindre reproche à la gentille Allemagne d’Adolf Hitler depuis que l’Europe selon Arte leur a mangé le peu de cervelle qu’il leur restait : tout aura été la faute du communisme…

… qui est pourtant bien présent à l’intérieur de ce que Alexandre Mirlicourtois croit pouvoir manœuvrer au seul titre du pognon que cela rapporte :
« Ajoutez-y un yuan sous-évalué et alors on comprend pourquoi les exportations de produits bas de gamme sont devenues le fer de lance de la croissance et pourquoi la Chine a accumulé tant d’excédents extérieurs, surtout avec une consommation limitée par le faible niveau des salaires. »

C’est qu’ici se pose la question de l’usage auquel sera consacré ce que l’on a obtenu par le travail… À quelle valeur d’usage consacrer les résultats du travail collectif de tout un peuple ?

Chacun sait que les six termes que je viens d’écrire touchent de beaucoup trop près au communisme pour que je puisse me permettre d’aller plus loin dans cette direction. La France n’en veut pas.

Je laisse donc à Alexandre Mirlicourtois le loisir de traiter lui-même les résultats de la politique chinoise du temps de la fin de l’ « atelier du monde » dans un langage qui ne devrait surtout pas nous étonner :
« Concrètement : la base industrielle de la croissance chinoise se cherche un second souffle. Et la croissance effrénée des dernières années a laissé quatre sortes de cadavres dans le placard. »

Rien moins que des « cadavres dans le placard »…

Premier cadavre :
« – de nombreux secteurs qui croulent sous les capacités excédentaires : bilan, les prix baissent comme le montre l’évolution des prix des producteurs dans le rouge depuis des mois. A ce tarif là, les marges ne résisteront pas très longtemps. »

C’est qu’en système capitaliste, les marges sont déterminantes : elles conditionnent directement la survie de chaque entreprise. Mais, en Chine, il paraît que les augmentations de salaires se font sous l’impulsion du plan quinquennal qui est, lui-même, directement piloté par le parti communiste (c’est ce que nous tenons d’Alexandre Mirlicourtois) de façon telle que ce que perd la marge se retrouve dans l’épargne… des salariés. D’où le peu d’intérêt de ne comptabiliser, de cette marge, que ce qu’un calcul d’entreprise peut en évaluer…

Deuxième cadavre :
« – une bulle immobilière sur le point d’éclater :  les prix baissent dans le neuf et l’ancien. Pour les ménages ce sont des effets richesses négatifs ; pour les administrations locales une source de financement essentielle qui s’assèche ; pour la filière construction une activité qui se dérobe avec des conséquences en cascades sur les secteurs qui y sont liés. »

Pour qu’il en aille ainsi, il faut se trouver dans un pays où, sous les pratiques de vente et d’achat d’immeubles, il y a une spéculation d’un niveau quantitatif extrêmement élevé, et menée par des pôles de richesses particulièrement concentrés, ce qui ne peut être le cas tant que cette spéculation ne saurait concerner, dans sa masse, que des salariés, sans du tout pouvoir s’étendre au circuit international des capitaux.

Troisième cadavre :
« – un endettement critique : pour passer le cap délicat de la crise de 2008, les banques chinoises, contrôlées par l’Etat, ont ouvert les vannes du crédit :  entre 2008 et 2014, l’offre de monnaie chinoise a bondi de 8 000 à 20 000 milliards de dollars. Avec un risque systémique latent. »

« Contrôlées par l’Etat » à partir d’une épargne chinoise très diffusée parmi une population salariée qui sait très bien que c’est elle-même qui peut mesurer les enjeux de la situation d’ensemble, à travers le parti communiste – qui n’est bien sûr pas fait de militants professionnels, mais de travailleuses et de travailleurs comme les autres.

Quatrième cadavre :
« – le quatrième point plus qualitatif, le coût environnemental de la croissance : selon le Service de coopération de la France en Chine, la Chine compte 13 des 20 villes les plus polluées au monde. Selon la Banque mondiale, 750 000 décès par an seraient dus à des maladies respiratoires et 70 à 80% des cancers des poumons sont liés à la pollution atmosphérique. »

Et ceci est effectivement la marque du fait qu’il s’est agi – à travers l’atelier du monde – d’une accumulation primitive, dont il faut rappeler qu’en Occident elle a détruit, au long des siècles, des générations entières de travailleurs et de travailleuses de la terre et de l’industrie, tout en envoyant les peuples vers ces guerres qui, pour bientôt devenir mondiales, participaient elles-mêmes à… l’accumulation primitive nationale et internationale.

Et l’affaire de Libye n’avait pas d’autre raison d’être que cette même accumulation primitive…

De même que la suite, pour laquelle se posent les questions suivantes : Mais où est donc passé le pétrole qui irriguait autrefois toute l’économie du pays de Muammar Gaddhafi ainsi que celle des pays africains environnants ? Mais que va donc devenir le pétrole algérien ? Et ce pétrole iranien que la France guigne depuis la base d’Abu Dhabi ?…

Michel J. Cuny

Document n° 130…
Pour comprendre la Chine : apprendre à lire à l’envers


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