Octobre 1917 : le grand rêve de l’impérialisme occidental s’effondre… Quel était-il ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 123)
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Membre, comme nous toutes et tous en France, d’une société fondée sur l’exploitation de l’être humain par l’être humain – et qui ne veut surtout pas s’en dégager -, Alexandre Mirlicourtois se trouve plus ou moins condamné à voir, dans l’Etat chinois, l’élément central d’une domination des uns – le parti communiste chinois ? – sur les autres : les travailleurs salariés…

Or, les déterminismes de l’économie française, pour autant qu’elle se range du côté de l’impérialisme anglo-saxon, se présentent de la façon suivante : la population salariée est désormais dotée d’instruments de travail qui, intégrant certains résultats de la recherche scientifique et technique, et prenant leur énergie dans des sources étrangères tombées sous le contrôle direct ou indirect des Etats-Unis, lui permettent de participer directement ou indirectement à l’exploitation des pays soumis à cette chaîne impérialiste qui s’ancre dans l’ensemble de l’histoire de la domination de certains pays occidentaux sur l’ensemble de la planète depuis quelques siècles…

De temps à autre, cette population salariée exige de participer à la hausse de rémunération à laquelle elle pense avoir droit du fait des sacrifices qu’elle fait en collaborant à un système qui ne peut, en moyenne, que la tenir à peine au-dessus de ce qui n’est en fait qu’une modeste survie matérielle, intellectuelle et morale…

Pour jouer le jeu de la petite vie de famille et des alliances plus ou moins calamiteuses qui viennent s’y fonder, il faut tout de même un minimum de moyens… C’est dans ce contexte que le vote joue un rôle, ainsi que les différents moyens de pression dont disposent les citoyens et citoyennes de base dans une « démocratie » bien conçue…

Ce n’est pas du tout le cas de la Chine. Et nous y revoici… Comme tout un chacun chez nous : quand le citoyen n’est pas content, il demande… une augmentation de salaire. Sinon, il se fâche tout rouge… ou presque. En France, cela reste rose…

Mais en Chine, c’est tout de suite tout rouge, et le gouvernement – le parti communiste – cède… 20% par exemple… Il s’en fout, dirait-on, n’ayant pas de compte à rendre aux actionnaires qu’il a pris soin d’éliminer depuis 1949… Et voilà d’où vient que la Chine s’est complètement effondrée économiquement… Comme nous pouvons en faire l’amer constat tous les jours… N’est-ce pas ?

Reprenons, alors, nos esprits… Selon Alexandre Mirlicourtois, ces 20%, qui s’ajoutent à d’autres, ne seront pas suffisants pour calmer les ardeurs des mangeurs de riz… Mais il y a autre chose qui cloche, selon lui (vidéo du 17 mai 2011, toujours) :
« Pour les importateurs occidentaux de produits made in China, l’addition commence à sérieusement s’alourdir. Tous signalent d’ailleurs un embrasement général de leurs coûts d’approvisionnement. »

Et ça, c’est tout à fait inadmissible !… Décidément, les Chinois ne respectent plus rien, et pas même ce qui fait l’essentiel de notre si belle civilisation occidentale… avec Elvis, Marilyn, etc…

Car, il s’agit d’alimenter les classes moyennes – françaises, en particulier – pour pas cher… Et c’est à quoi la Chine paraissait vouée depuis quelques années. Ne disait-on pas qu’elle était devenue « l’atelier du monde » ? L’ouvrier chinois, exploité à mort – n’ayons pas peur des mots – produisait tout un tas de cochonneries plus ou moins utilisables ici, mais qui… faisaient marcher le commerce… En face de quoi – et la France, sur cet aspect des choses, a été plus qu’exemplaire -, des industries occidentales « centenaires », comme le textile, se sont effondrées… ainsi que d’autres, diminuant ainsi le péril que faisait courir la classe ouvrière française à la structuration politique d’un pays que François Mitterrand s’était autrefois promis d’arracher à ce qu’il ne faut pas hésiter à appeler le « péril soviétique ».

Et c’est alors qu’est apparue la classe moyenne dans toute sa pureté conceptuelle : un travail salarié, un emploi sécurisé et une sécurité sociale… Tant pis pour l’ancienne classe ouvrière… Voilà donc l’essentiel du barda dans lequel la grosse injection du travail chinois pour pas cher était venue mettre son gros grain de sel.

Il paraît même que certains responsables politiques auraient vu plus loin… Pour les bien comprendre, nous allons nous tourner, une nouvelle fois, vers Vladimir Ilitch Lénine. Cela se passe dans les dernières pages de son « Impérialisme, stade suprême du capitalisme » (rédigé de janvier à juin 1916). Il y fait référence aux travaux de l’économiste britannique John Atkinson Hobson (1858-1940) qui, dans son ouvrage de 1902, Imperialism. A Study, écrivait, à propos du partage de la Chine qui paraissait être en cours sous ses yeux, pourrait-on dire, et dans le cas où il réussirait :
« Une grande partie de l’Europe occidentale pourrait alors prendre l’apparence et le caractère qu’ont maintenant certaines parties des pays qui la composent : le Sud de l’Angleterre, la Riviera, les régions d’Italie et de Suisse les plus fréquentées des touristes et peuplées de gens riches – à savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d’employés professionnels et de commerçants et un nombre plus important de domestiques et d’ouvriers occupés dans les transports et dans l’industrie travaillant à la finition des produits manufacturés. » (Lénine, O.C., tome 22, page 301)

On s’y croirait… Et il paraît qu’en France, aux alentours de l’an 2000, on s’y croyait effectivement…

Or, Hobson n’envisageait pas seulement le cas chinois…
« Quant aux principales branches d’industrie, elles disparaîtraient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvrés affluerait d’Asie et d’Afrique comme un tribut. » (Idem, pages 301-302)

« Comme un tribut » dûment lié au triomphe définitif de l’impérialisme occidental…

Qu’on se le dise – et, certaines et certains se le disent aujourd’hui même encore, en France ou ailleurs -, la situation paradisiaque de l’Occident n’est peut-être pas si éloignée. Du moins, au moment où nous sommes avec John Atkinson Hobson – en 1902 – tout était encore possible, et à portée de fusils…
« Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des États d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances. » (Idem, page 302)

Et ce qui effrayait Hobson pourrait très bien nous réjouir (si…, voir plus bas).
« Loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre. »

(Si…) Nous réjouir si, un peu plus d’un an après avoir relevé ce texte, Lénine n’avait lourdement contribué à en anéantir l’essentiel des perspectives… Ce fut Octobre 1917, et sa conséquence la plus prometteuse : la création, en juillet 1921, du parti communiste chinois…

Michel J. Cuny

Document n° 124…
L’économie chinoise ne serait-elle pas tout simplement une fusée interplanétaire ?


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