L’économie intérieure française plus ou moins laissée sur place par la très forte accélération de l’Europe allemande

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 120)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Ce petit retour d’un siècle en arrière nous a permis de prendre la mesure des enjeux impérialistes qui persistent aujourd’hui encore, et qui, en ce qui concerne l’Europe allemande, sont plus particulièrement centrés sur une région géographique dont nous voyons que la Première Guerre mondiale y a fait verser des torrents de sang et de larmes…

Avec Alexandre Mirlicourtois, nous allons maintenant reprendre le fil de l’actualité de la fin de l’année 2016, à travers cette vidéo du 13 décembre qu’il a intitulée : « France-Allemagne : qui bénéficie le plus d’une baisse de l’euro ? »

Désormais, les chevaux allemands sont lancés, et nous faut considérer l’embarras dans lequel se trouve la France rien que pour déterminer de quel côté se tourner éventuellement pour sauver sa peau. De fait, c’est très mal parti.

La force de l’euro – cela est assez connu -, c’est aussi ce qui garantit la force de l’économie allemande, et l’histoire que nous venons de traverser nous a bien fait voir que ce souci d’une monnaie forte n’avait pas manqué de préoccuper, non seulement l’Allemagne, mais aussi les pays anglo-saxons qui n’auront cessé de cautionner une stabilité sociétale allemande bien nécessaire dans le cadre de l’affrontement avec l’Union soviétique.

Depuis que celle-ci a implosé, les Etats-Unis ont montré qu’à force d’une invraisemblable série de maladresses qui auront surpris les élites internationales en général, ils avaient laissé filer la grosse proie qui s’était offerte à eux grâce au couple infernal Gorbatchev-Eltsine… Avec Vladimir Poutine, les voici presque revenus à la case départ. Ce qui n’est pas du tout le cas de l’Allemagne… Elle n’a rien lâché de ce que la fin du régime soviétique a mis soudainement à sa disposition…

Le résultat peut s’en lire désormais dans ce fait qu’elle n’est pas seulement forte de la force de l’euro, mais que, même un affaiblissement momentané de celui-ci, peut lui être favorable : le monde à l’envers, en quelque sorte, mais un monde qui, comme un sablier, gagne à être renversé de temps à autre.

Avec Alexandre Mirlicourtois, voyons ce qui se passe dans les cas où ce qui paraîtrait devoir être utile à l’économie française (une baisse de l’euro), l’est bien plus à l’Allemagne…

Pour le comprendre, nous prévient celui-ci…
« Il faut d’abord ne pas oublier que la baisse de l’euro avantage l’industrie et les services exportateurs. »

En termes marxistes, il importe de souligner qu’il s’agit bien du moteur de l’exploitation capitaliste (production de biens échangeables, et non pas services, qui ne peuvent toujours être qu’un accompagnement direct ou indirect de la production de biens…). Accessoirement, nous reconnaissons là ce que, sous la forme des mines, de la sidérurgie et de la métallurgie, nous avions rencontré au cœur des enjeux internationaux du temps de l’occupation de la Ruhr (1923).

Nous savons – parce qu’Olivier Passet tout autant qu’Alexandre Mirlicourtois y ont insisté à de multiples reprises – qu’une partie importante de l’industrie allemande s’alimente aux faibles coûts du travail pratiqués dans les PECO… Ainsi, lorsque l’euro baisse, c’est cet amortisseur qui joue à plein…

L’industrie, moteur de l’exploitation capitaliste… Alexandre Mirlicourtois ne peut manquer de se faire l’écho de ce qui s’est passé, pour la France, depuis l’époque du « franc fort » de Pierre Bérégovoy qui, cédant à l’appel des sirènes de la finance anglo-saxonne (seconde moitié des années 1980), s’est engouffré dans l’idéologie d’une économie échappant aux contraintes de la production industrielle pour ne plus être qu’un pouvoir financier réduit à la très agréable condition de… rentier… On connaît la suite… que nous donne Alexandre Mirlicourtois :
« Or l’industrie, c’est encore environ 26% du PIB en valeur en Allemagne contre 14% en France. »

Mais il n’y a pas que le passé lointain qui dénonce la France…
« Avec la crise, l’industrie française s’est atrophiée encore plus et est devenue de trop petite taille pour totalement profiter d’une baisse du change. »

De façon générale, la France décroche sur la scène du commerce international – donc sur ce fondement historique déterminant de l’impérialisme économique qu’est la production intérieure de biens commercialisables – par rapport à deux de ses principaux partenaires :
« Petit indice, les Etats-Unis ont détrôné la France comme premier partenaire commercial de l’Allemagne, une première depuis le milieu des années 70. C’est aussi vers les Etats-Unis que l’Allemagne a le plus exporté en 2015. La France, premier client des produits allemands depuis le début des années 60, passe là encore en deuxième position. »

Ainsi qu’Alexandre Mirlicourtois nous l’apprend, ce nouvel empire que j’ai pris le parti d’appeler « l’Europe allemande » paraît être désormais en situation – parce que réellement fondé sur du solide – de vaquer à des occupations qui devraient pouvoir le mener bien plus loin, et sans trop se soucier des braves Européens qu’il laisse piocher dans le dur des rapports de proximité…
« L’Allemagne n’a eu de cesse depuis des années de s’affranchir de la conjoncture européenne en général et de celle de la zone euro en particulier : les exports allemands en direction de la zone euro sont passés de 44% du total avant la crise à 37% aujourd’hui. »

Ne perdons cependant pas de vue que, dans son ombre, il y a un second couteau qui s’active lui aussi…
« Bien sûr la France a suivi la même trajectoire mais un cran en dessous : elle part de plus haut et a moins réduit sa dépendance vis-à-vis de ses plus proches voisins. »

Mais Alexandre Mirlicourtois lui-même ne paraît pas pouvoir nourrir trop d’illusions en ce qui concerne cette dernière compétitrice qui paraît ne plus pouvoir agir que sur un terrain désormais dangereusement miné :
« Et maintenant comment se joue la partie en seconde division, entre la France, l’Italie et l’Espagne ? »

L’avenir ne devrait pas tarder à nous le dire.

Michel J. Cuny

Document n° 121…
Une Chine diabolique ?… Le prix à payer de l’ostracisme à la française


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