Comment s’est mis en place le système impérialiste tel qu’il persiste depuis un siècle…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 119)
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En Europe, et dans cette époque qui suit de près la fin de la Première Guerre mondiale, ce sont les Britanniques qui tiennent la laisse de la France… qui se livre, de son côté, à ces manœuvres qu’on lui a vu tenter, dès avant que la victoire ne soit définitive, à travers le maréchal Foch, ainsi qu’à travers le général Mangin.

Ainsi, le 12 novembre 1923, la République palatine est-elle proclamée à Spire… Deux mois plus tard, le 14 janvier 1924, selon ce que nous le signale Jacques Bariéty, le consul britannique à Munich…
« …Clive, est dans le Palatinat ; le même jour, le franc s’effondre sur le marché des changes » (Idem, page 285)

Ici, une petite note de bas de page :
« Nous ne voulons établir aucun lien organique dans les origines des deux faits, encore qu’à l’époque il ait beaucoup été question de manœuvres anglaises contre le franc. Mais les conséquences de la conjonction des deux faits sont évidentes. » (Idem, page 285)

Le coup de semonce britannique officiel ne tarde pas… Il est le fait du secrétaire au Foreign Office :
« Le 21 janvier, Curzon lit à la Chambre des Communes les conclusions du rapport de Clive sur sa mission ; il débute ainsi : « 1° – La masse de la population du Palatinat bavarois est à une majorité écrasante opposée au gouvernement autonome ; 2° – Le gouvernement autonome n’aurait jamais pu avoir une existence sans l’appui français et il serait immédiatement chassé si l’appui français lui était retiré. » » (page 285)

Raymond Poincaré ne peut que plier sous la menace… tout simplement parce que, au-delà de ce qui aura été rendu public, les vrais enjeux se sont manifestés sous la forme typiquement impérialiste des rapports entre les monnaies : celles-ci se rangent selon une hiérarchisation qui ne doit évidemment rien au hasard, et qui engage l’ensemble des pays du monde, quel que soit leur éloignement géographique, économique et même idéologique…

De cette hiérarchie qui synthétise l’évolution historique de long terme de l’économie mondiale, nous allons voir poindre ici le bout du nez, grâce aux explications que nous fournit notre guide, Jacques Bariéty, évoquant le rôle déterminant d’un banquier… dont on sait le rôle qu’il continuera à avoir, dans la finance et dans l’économie allemandes, jusqu’à l’arrivée d’Adolf Hitler à la Chancellerie, et très au-delà…
« Le 31 décembre 1923, Schacht arrive à Londres. Jusqu’au 3 janvier, il confère avec Montagu Norman, le puissant gouverneur de la Banque d’Angleterre. Il lui expose son projet : la création d’une banque d’escompte fondée sur l’or (Golddiskontobank) dont la tâche serait de financer les crédits pour les industries allemandes travaillant pour l’exportation ; le but de cette banque serait de ramener sous le contrôle du Reich l’industrie rhéno-westphalienne en faisant avorter les projets de banque rhénane, qui perdraient de leur raison d’être si les industriels pouvaient trouver à Berlin les moyens de financement qu’ils recherchent. » (Idem, pages 286-287)

Ici encore, nous avons droit à une petite note de bas de page très significative :
« Dans ses Mémoires, Schacht écrit encore que Norman a contribué aussi, dans ces jours-là, à l’échec des projets rhénans en faisant en sorte que les promoteurs d’une banque rhénane d’émission (le banquier Finaly est cité), n’obtiennent pas les capitaux nécessaires. » (Idem, note, page 287)

Autre… petite note – trente pages plus loin – qui met en cause, cette fois-ci la Suisse… et le ministère allemand des Affaires étrangères…
« Au cours de ces années, la légation d’Allemagne à Berne sert souvent d’office de renseignements, voire d’action, de la Wilhelmstrasse sur des problèmes de politique intérieure française. Ainsi, pour la préparation des élections législatives françaises de 1928, des fonds secrets passeront d’Allemagne en France par le canal de cette légation. » (Idem, note, page 318)

Affaire de finances… Et voici que surgit le plan Dawes signé à Paris le 16 août 1924…
« Satisfaction pour les points de vue de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne en effet, parce que le plan Dawes ne prévoit pas de cessions d’actions industrielles, donc de capital, mais l’émission d’obligations industrielles ; c’est-à-dire que, même si ces obligations industrielles sont mobilisées et placées sur le marché international, il n’y aura pas de participation étrangère au capital-actions de l’industrie allemande […]. » (Idem, page 454)

Un an plus tôt, le 12 août 1923, Cuno avait démissionné. Le lendemain, le nouveau président, Friedrich Ebert, avait nommé Stresemann au poste de chancelier. Dans les cent trois jours qui suivront, Stresemann va résoudre la plupart des problèmes du moment.

Un peu moins d’un an plus tard, le 3 juillet 1924, redevenu ministre allemand des Affaires étrangères, Stresemann déclarerait devant les ministres-présidents des Länder : « Que le capital international participe à l’économie allemande, j’y vois bien plus qu’une aide pour sortir de la crise actuelle. J’y vois un intéressement durable des milieux capitalistes des États-Unis et de l’Angleterre pour l’avenir. » (Idem, page 459)

La chaîne impérialiste allait donc cautionner, aussi bien depuis la City que depuis Wall Street, ce pays européen déterminant face à l’éventuelle montée en puissance de l’Union soviétique…

Lors d’une réunion interministérielle du 15 juillet 1924, le même Stresemann insiste :
« Je crois que, dans la confusion générale, une solution ne peut plus être trouvée que par l’intervention de l’Amérique. Il faut que l’Amérique, en tant que financier de l’Europe, entre en scène et puisse ainsi exercer la pression indispensable. » (Idem, pages 502-503)

Deux jours plus tard, le ministre allemand des Affaires étrangères annonce une fin de partie qui coupe définitivement la pauvre France de ses alliés anglo-saxons qui annoncent qu’elle va devoir effectivement se dépêcher de finir d’accepter ce qui n’est plus désormais qu’un rôle de second couteau sur le continent européen :
« Les prêteurs américains et anglais ont, de leur propre initiative, proposé un nouveau programme pour la conférence : grâce à l’action du président de la Reichsbank Schacht, il est prévu, comme préalable au crédit à accorder, l’évacuation de la Ruhr et des trois villes occupées à titre de sanction.«  » (Idem, page 504)

Jacques Bariéty peut alors écrire l’épilogue de cette guerre qui n’avait fait que quelques millions de morts… pour réassurer la finance anglo-saxonne en lui ouvrant les portes des économies capitalistes du continent européen, et tout spécialement de l’Allemagne, qui serait bientôt l’instrument meurtrier au moyen duquel Adolf Hitler obtiendrait – dans la joie et l’allégresse ? – non plus des millions de morts, mais des dizaines de millions de morts… en consacrant, cette fois, la domination états-unienne…
« Si l’emprunt Dawes n’avait pas été clos à New-York un quart d’heure après son ouverture, il aurait été couvert plusieurs fois dans la journée. L’événement, toutefois, crée immédiatement à New-York une psychose du prêt à l’Allemagne, et, en Allemagne, une psychose de l’emprunt en Amérique. » (Idem, page 739)

L’Union soviétique n’avait plus qu’à bien se tenir…

Michel J. Cuny

Document n° 120…
L‘économie intérieure française plus ou moins laissée sur place par la très forte accélération de l’Europe allemande


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