1914-1918… Ces millions de morts… qui ont assuré la stabilisation de l’impérialisme… allemand

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 118)
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Si, dans le cadre des Etats impérialistes, l’exercice de la souveraineté doit être réservé aux capitaux nationaux, mais internationalisés, du plus haut niveau, il est tout à fait normal qu’au sortir de la Première Guerre mondiale les mines et les industries sidérurgiques et métallurgiques françaises aient tiré l’essentiel des bénéfices matériels en quoi aura consisté la victoire militaire…

Encore faudrait-il ne pas perdre de vue qu’il s’agissait d’une victoire qui n’était pas que française… Les capitaux « nationaux » mais internationalisés des pays alliés étaient eux aussi partie prenante du partage qui devait s’effectuer au nez et à la barbe des peuples… qui, eux, au contraire – et tout spécialement en France et en Allemagne – avaient payé le prix du sang…

Or, réduites à leur matérialité immédiate, ni les mines ni les industries ne peuvent vivre… Dans toute circonstance, il leur faut des outils et des humains, ainsi que tout ce qui peut engendrer à la fois ces outils et ces humains… Dans ce dernier cas, il s’agit d’une société entière avec ses familles composées d’adultes et d’enfants formés pour entrer dans le système d’exploitation que l’histoire va leur fournir selon des conditions déterminées et contre des rémunérations dont le capital est garant, d’une façon ou d’une autre, à moins de devoir s’attendre lui-même au pire.

Voici donc que se pose la question du capital global, en tant qu’il doit entrer dans une rotation complète (qui se décline en une multitude de rotations qui sont quelquefois d’une dimension quasiment infinitésimale) pour en ressortir – si l’ensemble du système économique, juridique, politique, etc., le permet – avec ce que l’on peut appeler : le taux moyen de profit.

Or, après les destructions résultant des combats, des bombardements, etc., l’alimentation, en capitaux, des instruments nécessaires à la reconstruction et à la reprise d’une vie normale se devait d’atteindre une dimension tout d’abord totalement inaccessible… pour l’économie française. C’est ce que Jacques Bariéty nous rappelle :
« Au moment où l’épreuve de force va s’engager entre la sidérurgie française et la sidérurgie allemande pour la conquête des marchés de l’après-guerre, la française se trouve dans une situation financière tendue, tandis que l’allemande a à sa disposition une masse de manœuvre de capitaux, dont elle saura faire l’usage le meilleur. » (Idem, pages 147-148)

…tout premiers…
« …capitaux provenant des dédommagements pour l’expropriation des mines et usines de Moselle et de la vente des usines du Luxembourg. » (Idem, pages 150-151)

Sans encore parler du reste, il paraît que cette mobilisation très spécialement rapide d’un capital qui résumait tout un passé de la présence allemande en Moselle et au Luxembourg aide à comprendre ce que peut être un vrai « miracle » économique. C’est tout au moins l’impression qu’en retire l’historien Jacques Bariéty :
« Le succès foudroyant de Stinnes au début des années 20, par exemple, s’explique en grande partie parce qu’il a disposé de capitaux à un moment où ils étaient si rares. » (Idem, page 151)

Ainsi, au-delà de l’impérialisme militaire (qui aura toujours fasciné un De Gaulle qui, jusqu’à son dernier souffle, n’aura connu que celui-là – et cela, quoi que Paul Reynaud, ou Michel Debré, ou Gaston Palewski aient essayé de lui en dire – en le rendant consubstantiel au schéma de base de cette Cinquième République dont le peuple de France ne parviendra sans doute pas à se dépêtrer avant que la chute finale des impérialismes de toutes formes soit survenue – et sans doute bien malgré ce pauvre peuple), il reste toujours à regarder la place qu’occupe… le financement global de l’impérialisme économique planétaire… du genre de celui qui a régenté l’économie mondiale tout au long de cette époque où le soleil ne se couchait pas sur l’Empire… britannique, et qui prend fin au moment même où nous conduit la présente étude, pour être relayé par celui que nous savons…

Mais n’anticipons pas… Nommé ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin en juin 1920, lord Edgar Vincent d’Abernon devait bientôt écrire :
« La sécurité de la frontière française face à une attaque allemande était certes de grande importance pour l’Angleterre, mais cette sécurité ne devait pas être achetée au prix d’une prolongation des animosités de la guerre, si, en agissant ainsi, l’Allemagne était amenée à appuyer la puissance déjà dangereuse de la Russie à l’Est. » » (page 217)

Certes, il y avait eu ensuite les accords de Rapallo, signés par Walther Rathenau avec l’Union soviétique le 16 avril 1922…

Et c’était aussi pour feindre de ne venir là que pour défendre les intérêts d’une population ouvrière allemande trompée par ses « élites » que l’armée française était entrée dans la Ruhr en janvier 1923, où elle resterait jusqu’en août 1925…

Mais, dès le 21 octobre 1923, il y avait eu une certaine réédition de l’affaire à laquelle le docteur Hans Adam Dorten avait pris part à Wiesbaden en juin 1919. Cela s’était passé à Aix-la-Chapelle, où une République rhénane s’était proclamée indépendante…

Et voici que reparaît Paul Tirard – Haut commissaire de la République – qui, quatre jours plus tard (25 octobre 1923) envoie, depuis Coblence, ce message au Quai d’Orsay :
« Sous réserve d’événements qui se succèdent avec rapidité et qui peuvent modifier mon jugement, je considère que nous devons profiter du mouvement unanime de la population pour réaliser, ce que j’estime assuré, l’éviction de la Prusse et de la Bavière de la rive gauche du Rhin, conformément aux vues traditionnelles de la politique française. » (Idem, page 255)

Sur ce point, laissons Jacques Bariéty prendre la responsabilité de conclure :
« Voici qui confirme que la politique allemande de la France, jusqu’au putsch d’Aix-la-Chapelle, avait eu pour but de chercher à restructurer l’Allemagne, et non à créer un État rhénan séparé. » (Idem, page 255)

Mais au-delà de toutes ces manœuvres plus ou moins spectaculaires, et bien faites pour épater les peuples, il y a ce que le même auteur nous signale dans une note de bas de page :
« Depuis 1919, les entreprises allemandes ont pris l’habitude de laisser dans des banques américaines et anglaises, en dollars et en livres, la contre-valeur de leurs exportations dans ces pays. Ces banques, bien sûr, n’ont pas laissé dormir ces capitaux ; elles les ont placés dans leurs propres pays. Il y a ainsi une solidarité de fait entre les milieux bancaires de New York et de Londres et l’industrie allemande. Cette solidarité s’exerce contre les exigences de paiements de réparations de la France. » (Idem, note, page 272)

C’est que l’impérialisme financier, qui règne sur la dimension mondiale, sait qu’il lui faut impérativement s’alimenter là où se fait l’exploitation de l’être humain par l’être humain, et pas dans les nuées d’un quelconque héroïsme ou d’une justice plus ou moins larmoyante…

Michel J. Cuny

Document n° 119…
Comment s’est mis en place le système impérialiste tel qu’il persiste depuis un siècle


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