1914-1918 : Les élites européennes par l’odeur du sang alléchées…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 107)
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Le bassin de la Ruhr, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas… Voilà donc le cœur économique et financier de l’Europe allemande et ses énormes zones d’opacité…

En regard des intérêts qui se discutent et s’affrontent ici, que représentent les peuples européens ? Un cheptel qu’il s’agit d’organiser de façon diversifiée afin d’en tirer un maximum de profits…

Il y a tout juste un siècle, ce que les dirigeants ne cessent de voir comme un bétail européen a fait la preuve que, même les millions de morts de la Première Guerre mondiale ne pouvaient lui dessiller les yeux… Bien au contraire. Pour autant qu’il induit le malheur d’autrui, l’impérialisme ne peut pas troubler les consciences au-delà de quelques émotions plus ou moins affectées. Ce qui a été parfaitement réactualisé par l’horreur de ce qui s’est passé en Libye, à l’initiative de la France, en 2011, horreur à l’occasion de laquelle, les Françaises et les Français n’ont d’ailleurs éprouvé aucune émotion particulière, sauf une… énorme satisfaction. Et hop, un dictateur en moins !

Ainsi, aujourd’hui, ce qui a été l’un des enjeux – la Ruhr – de la Première Guerre mondiale pour autant qu’elle concernait les champs de bataille européens est devenu le bien commun des grosses fortunes et des gros investisseurs du continent, à charge pour elles et eux d’organiser les foules européennes à l’occasion des différents votes : juste le temps de prendre la bonne photo… Et hop, c’est reparti pour un tour !

S’agissant de l’intelligence manœuvrière, il est clair qu’elle s’est réfugiée, dans sa totalité, du côté des élites européennes… qui ne pourront plus désormais buter que sur l’intelligence collective du parti communiste chinois… Quant aux peuples européens, ils ont glissé dans les poubelles des réseaux sociaux où ils ne cessent de faire la preuve d’un retour certain à la bestialité…

Désormais, le recours à la moindre vérité ne peut plus être le fait que du courage le plus héroïque… Essayons tout de même de l’alimenter un peu…

Dès avant le 24 août 1914, c’est-à-dire la guerre sitôt déclarée, Vladimir Ilitch Lénine avait écrit :
« La guerre européenne et mondiale présente tous les caractères d’une guerre bourgeoise impérialiste, dynastique. La lutte pour les marchés et pour le pillage des autres États, la volonté d’enrayer le mouvement révolutionnaire du prolétariat et de la démocratie à l’intérieur des pays belligérants, la tentative de duper, de diviser et de décimer les prolétaires de tous les pays en jetant les esclaves salariés d’une nation contre ceux d’une autre au profit de la bourgeoisie, tel est le seul contenu réel de la guerre, telle est sa signification. » (V. I. Lénine, Oeuvres complètes, tome 21, Editions sociales 1960, page 9)   

À la date du 6 septembre 1914, à propos des buts de guerre de son pays, le chancelier allemand Bethmann-Hollweg écrivait au député Matthias Erzberger, spécialiste des questions financières et coloniales :
« À côté de la sécurité militaire de l’Allemagne pour l’avenir prévisible il faudra envisager avant tout des possibilités économiques. » » (Cité par Georges-Henri SoutouL’or et le sang, Fayard 1989, pages 21-22)

Très vite, l’historien sur lequel je m’appuie ici s’empresse de nous donner l’impression générale qui se dégage des documents allemands d’une époque où les dirigeants ne doutaient pas une seule seconde de la victoire de leur pays :
« […] si le but économique idéal, à l’égard de la France, est de la faire entrer dans l’union douanière on ne pense pas pouvoir l’y contraindre, même au moment de la conclusion de la paix, mais on compte beaucoup plus sur l’attraction qu’exercera, le moment venu, sur l’économie française la vaste zone édifiée au milieu de l’Europe. » (page 36)

Cette vaste zone, il est possible aujourd’hui de considérer que c’est effectivement l’Allemagne telle que nous la connaissons depuis la réunification de 1990… Attraction désormais totalement irrésistible.

En juillet-août 1915, un an après le déclenchement de la guerre européenne, Lénine écrivait :
« Le capitalisme se sent désormais à l’étroit dans les vieux États nationaux sans la formation desquels il n’aurait pu renverser le régime féodal. Le capitalisme a développé la concentration au point que des industries entières ont été accaparées par les syndicats patronaux, les trusts, les associations de capitalistes milliardaires, et que presque tout le globe a été partagé entre ces « potentats du capital », sous forme de colonies ou en enserrant les pays étrangers dans les filets de l’exploitation financière. »

Quelle que soit la brutalité des affrontements militaires entre les peuples européens, et notamment entre Français et Allemands, il ne fallait pas pour autant perdre de vue qu’il ne s’agissait évidemment pas d’aller détruire le système de production et de consommation du camp d’en face : il permettrait, par ailleurs, d’aider à dominer le monde entier…

D’où ce rappel déterminant de Georges-Henri Soutou à propos du « comité douanier » de l’Association des industriels allemands du fer et de l’acier qui s’était réuni le 8 décembre 1915, et qui…
« insista sur l’impossibilité absolue de sacrifier les marchés des pays ennemis à un rapprochement douanier avec l’Autriche : celle-ci n’absorbait que 7 à 8% du total des exportations de produits sidérurgiques et mécaniques du Reich, et ce pourcentage, qui représentait déjà 63% de ses importations n’augmenterait pas ; en revanche, ces mêmes exportations, en 1913, vers les pays désormais ennemis avaient fait 20% de la production totale de ces branches, pour plus d’un milliard de marks, c’est-à-dire le dixième du total des exportations. » (Idem, page 104)

Il ne peut donc pas s’agir d’aller détruire l’adversaire en tant que tel, mais, plus précisément, de s’emparer de la maîtrise de l’ensemble de son système économique et sans que cela ne fût trop visible… Tuer les humains, certes… mais pas la poule aux œufs d’or… Détruire des valeurs d’usage, bien sûr, mais pour s’assurer un contrôle sans faille sur les valeurs d’échange… C’est ce que nous allons essayer de mieux comprendre… s’il en est qui veulent effectivement essayer de comprendre… Deux ou trois, par-ci, par-là, ce sera déjà beaucoup…

N’empêche… Ralliés à cette politique d’un apaisement toujours possible dès qu’il s’agirait de reprendre les discussions de caractère économique – et alors que la guerre elle-même faisait rage -, les dirigeants allemands au contact de leurs industriels avides de connaître les résultats que le sang versé pourrait finir par leur apporter du point de vue du triomphe de leur propre système de production s’accrochaient avec ferveur à ce qui devenait peu à peu une certitude pour eux… Georges-Henri Soutou la rapporte en ces termes, et lui donne un étrange complément :
« Les adversaires du Reich ne pourraient pas ou ne voudraient même pas sérieusement prolonger le conflit par une guerre économique. Or, au même moment, Paris et Londres s’orientaient justement vers une telle politique ! » (page 105)

Embrassons-nous, Folleville !

Michel J. Cuny

Document n° 108…
Sous la légende gaullienne, de très étranges manoeuvres d’un temps plus lointain


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