Petite promenade jusqu’à l’intérieur du coeur financier et décisionnel de l’Europe allemande

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 106)
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Il n’y a pas seulement ce fait que les excédents allemands aient pu atteindre, en quelques années, une dimension plus ou moins vertigineuse par rapport à ce qui, en France, a désormais pris l’allure d’un glissement progressif sous la ligne de flottaison… Il y a aussi cet autre fait, dénoncé par Olivier Passet dans sa vidéo du 16 novembre 2016, que « les excédents massifs allemands profitent très peu à l’Europe ». Tandis que différents pays européens se heurtent à des difficultés plus ou moins terribles, d’où vient que l’Allemagne n’utilise pas une part significative de sa richesse croissante pour leur permettre de faire face au désarroi d’une partie quelquefois assez importante de leur population travailleuse ?…

C’est d’autant plus criant, pour notre spécialiste de l’économie européenne, que « l’Allemagne concentre à elle seule la quasi-intégralité des excédents de la zone euro. » Qu’en fait-elle donc ? D’où vient que l’Europe elle-même ne dispose pas d’un système qui l’aiderait à aller dans le sens des intérêts généraux de cette construction dont on nous dit qu’elle repose sur une extrême bonne volonté qui se serait répandue, tout à coup, sur notre continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, pourvu seulement que l’Union soviétique soit bien tenue à l’écart ?…

À peine celle-ci se sera-t-elle décidée à imploser (1991) tout juste comme l’Allemagne était réunifiée (1990), que l’envolée allemande se préparait, pour bientôt nous sauter au visage… Hasard malheureux ?…

Selon Olivier Passet, il paraît que le moteur de la puissance exportatrice de l’Allemagne se trouverait situé dans une zone géographique particulière, sise elle-même à l’intérieur de la zone euro. C’est ce qui fait l’objet d’une première affirmation :
« 1/ Le bassin rhénan concentre la puissance de feu exportatrice de la zone. Et ce noyau industriel exportateur tend à se renforcer sur un mode cumulatif. »

Ensuite, nous retombons sur cette fiction habituelle chez le même auteur… qui ne veut toujours voir que de très prudent(e)s retraité(e)s dans ce pays « vieillissant » dont il devrait pourtant savoir que, depuis les lendemains immédiats de la catastrophe de 1945, il n’a cessé de renouveler sa main-d’oeuvre de tout niveau, d’abord en la prélevant sur l’Allemagne de l’Est, puis en Yougoslavie, en Turquie et, plus récemment, un peu partout en Europe centrale et orientale, en Europe du Sud, au Moyen-Orient, etc…
« 2/ L’Allemagne est structurellement une zone d’excédent d’épargne. Cette situation, qui répond à son équation de financement des retraites, complique inévitablement la tâche de ses partenaires… puisque, pour céder au poncif, les excédents des uns sont les déficits des autres. »

Il faudrait donc que l’Allemagne songe tout de même à dépenser (à investir), dans l’Europe plus pauvre, une partie significative des richesses qu’elle y prélève – et sans doute même une partie de ce qu’elle récupère ailleurs… C’est du moins ainsi qu’Olivier Passet voit les choses. D’où l’importance de la question qu’il pose :
« Comment l’Allemagne recycle-t-elle ses excédents ? »

Il distingue alors trois rubriques : les titres, qui constituent la part la plus importante ; les investissements directs à l’étranger, qui tournent autour d’une sorte de moyenne de long terme pour finir par atteindre un équilibre, et enfin les prêts bancaires désormais devenus négatifs… La surprise est donc constituée par l’importance prise par l’achat de titres. Or, ceux-ci sont un reflet, quasiment terme à terme, de l’évolution de la croissance de la richesse accumulée par l’Allemagne. On pourrait donc dire qu’au-delà de ce qu’il lui faut consommer, et pour maintenir le niveau de ses investissements directs à l’étranger, l’Allemagne ne travaille plus que pour accroître cela… Qu’est-ce à dire ? De quels titres peut-il bien d’agir ? Selon Olivier Passet
« Concernant les flux d’achat de titres, on sait que 88% ont pris le chemin de la zone euro et des institutions européennes (notamment du Fond européen de stabilité financière), depuis 2010. Mais la moitié de ce flux se concentre en fait sur les places du Luxembourg et des Pays Bas… difficile d’ouvrir alors cette boite noire et d’en connaître la destination finale… »

Pourquoi une telle dissimulation ?… Il semble toutefois qu’à défaut d’être véritablement perçus, certains mouvements de fonds puissent tout de même être pressentis. Le vocabulaire qu’utilise Olivier Passet ne peut que surprendre, mais nous devons le prendre tel qu’il est :
« On peut supposer qu’il y a beaucoup de flux intra-groupes.  Et de fonds d’investissement, plus ou moins toxiques. Pour le reste, il s’agit essentiellement d’obligations d’État, qui prennent le chemin des économies les mieux notées : les économies du Nord, la France et l’Italie aussi. Mais qui délaissent les pays du sud, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, desquels, en dehors des mécanismes de soutien mis en place en 2010, l’Allemagne se désengage. »

Nous sommes manifestement arrivé(e)s à l’endroit où se situe le coeur de la finance européenne, pour autant que, rassemblée autour du pilier allemand, elle s’applique à tenir certains Etats européens… mais aussi à capter des rendements aussi élevés que possible, quitte à passer par des voies qui lui permettent d’échapper à certains contrôles de légalité ainsi qu’à certaines législations fiscales.

Venons-en maintenant à la seconde rubrique. Celle qui concerne les investissements directs à l’étranger, c’est-à-dire la part des capitaux qui visent à participer au contrôle de la gestion et des lignes stratégiques suivies par les sociétés dans lesquelles ils pénètrent. Selon les constatations faites par Olivier Passet :
« 55% des flux ont pris le chemin de la zone euro depuis 2010. Mais à l’intérieur de ce flux, près de 79% se concentre sur les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. Autrement dit vers des holdings et sur l’ouverture portuaire de l’Allemagne, les infrastructures de commerce, d’entreposage et de transport qui s’y raccrochent. 9% des flux sont allés vers l’Autriche et les pays Baltes, autrement dit vers les pays de l’Hinterland allemand au sein de la zone. 8,9 % sont allés vers la France et l’Italie, les deux autres grandes économies généralistes de la zone, très en deçà de leur poids économique dans la zone. Et seuls 0,6% sont allés vers l’Espagne, le Portugal et la Grèce. »

Voici la console de commande de l’économie européenne réelle : celle qui détermine le présent et l’avenir des diverses populations travailleuses… tout en tenant dans ses mains, d’une façon ou d’une autre, les principaux groupes européens…

Si l’Europe existe, c’est pour que cela existe.

Il y a donc la région rhénane, la finance allemande qui s’y greffe, et puis quelques pays de prédilection : les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique… et, sur une sorte de porte-bagages, la France qui s’y greffe…

Tout ceci n’est-il vraiment qu’une affaire aussi récente qu’il y paraît ?

Certainement pas. Et c’est ce que nous allons pouvoir constater en nous penchant sur les lendemains immédiats de la Première Guerre mondiale…

Michel J. Cuny

Document n° 107…
1914-1918 : les élites européennes par l’odeur du sang alléchées…


2 réflexions sur “Petite promenade jusqu’à l’intérieur du coeur financier et décisionnel de l’Europe allemande

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