Faut-il donner à la France les moyens d’engager l’Europe dans de nouvelles guerres coloniales ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 103)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

La vidéo qu’Alexandre Mirlicourtois a publiée le 16 février 2016 va nous engager sur un terrain relativement dangereux puisqu’elle porte ce titre « La France doit exiger une Europe de la défense » dont nous allons voir qu’il ne faudrait pas hésiter une seconde à en traduire très directement les derniers mots de cette façon-ci : « une Europe de l’attaque », ce qui n’est certainement pas le propos de l’auteur qui s’en tient, lui, aux conséquences économiques du poids de dépenses militaires relativement exagérées sur un budget français qui vit sous la contrainte allemande.

Pour nous qui commençons à bien connaître la structuration d’ensemble de la population française autour d’un Etat impérialiste très nettement infléchi par sa composante politico-militaire, les propos tenus ici par Alexandre Mirlicourtois ne peuvent pas être une véritable surprise : si ça rapporte, il faut bien que ça coûte…

Quand il s’est agi de reconstituer son règne sur les PECO, l’Allemagne n’a certes pas eu a tirer elle-même le moindre coup de fusil… Cela n’a cependant pas empêché certaines de ses armes de faire merveille dans des mains croates bien choisies. Quant au reste de l’éclatement de la Yougoslavie, il a été un fait d’armes essentiellement états-unien… et pas allemand du tout… à ce qu’il semble.

La France, c’est autre chose : elle a plutôt tendance à tirer dans le tas (c’était De Gaulle) ou à bombarder très fort avec des avions qui sont désormais son fonds de commerce auprès de certaines monarchies pétrolières… C’est seulement après qu’on compte que, même les miettes, tu vas voir qu’on ne les aura pas…

Continuons dans les paradoxes… Alexandre Mirlicourtois nous rappelle ceci :
« « La défense européenne existe, c’est la France ». Cette phrase est de Manuel Valls. »

Peut-être, pour en tirer vraiment quelque chose, faudrait-il la nier en bloc, et la remplacer par celle-ci : « L’attaque française, ça existe ». Mais, là, nous ne faisons qu’enfoncer une porte ouverte, et Alexandre Mirlicourtois avec nous, qui ajoute :
« Il est vrai que la France est le seul pays d’Europe continentale à pouvoir projeter des forces à l’extérieur et à disposer d’une dissuasion nucléaire, conditions pour que l’Europe puisse faire figure de « petit » gendarme du monde. »

Arrêtons-nous juste un instant sur la seconde partie de cette phrase… Evidemment, pas plus à l’époque de De Gaulle (où c’est devenu la fameuse « bombinette » du grand Charles) qu’aujourd’hui, après le temps de la fiction du plateau d’Albion, la France ne dispose en rien de cet attirail-là… qui demande à remplir de telles conditions de contrôle logistique que le spectacle donné, aussi bien en Libye hier, qu’au Mali aujourd’hui, par les divers corps de métier de l’armée française classique ne peut laisser place à aucun doute… quant à ce que deviendrait la France dès le moindre déclenchement d’un feu nucléaire où que ce soit.

Non – dans tous les cas -, la France ne peut être qu’un boutefeu… Mais les conditions meurtrières de l’actuelle navigation en mer Méditerranée nous démontrent que cela suffit à la rendre responsable de crimes pour lesquels il faudra bien qu’un jour elle paie… Quant aux résultats, ils n’exigent pas d’être plus intelligent qu’un Sarkozy pour les faire perpétrer en notre nom… puisque c’est à quoi la Constitution de 1958 doit servir… principalement : nous couvrir les mains de sang, sans que nous n’y puissions jamais rien.

Certes, il serait plus agréable que cela ne nous coûtât rien ou pas grand chose, et si le déshonneur n’a pas de prix, il faut bien admettre qu’Alexandre Mirlicourtois ne se trompe pas quand il déclare à propos des grosses dépenses militaires…
« Cet attribut français a des conséquences budgétaires fortes. »

Ce qui revient à faire comme si l’industrie française d’armement, etc… Mais restons-en au seul aspect budgétaire, et faisons comme si l’Allemagne d’Angela Merkel n’avait pas eu plus qu’un peu de mal à avaler l’attaque surprise sur Tripoli en 2011, ou tout le bazar islamiste déployé en Syrie au même moment grâce, en particulier, à une France venue là avec ses gros sabots et autres petits flacons…

Et reprenons la vidéo d’Alexandre Mirlicourtois, ainsi que le graphique joint :
« Il suffit de regarder les dépenses militaires des 28 états membres de l’Union Européenne pour se faire une idée : pour la France c’est 47 milliards d’euros environ au coude à coude avec le Royaume-Uni (45). Un cran en dessous se trouve l’Allemagne (35 milliards) et l’Italie (23). En-deçà, ce n’est même pas la peine de regarder, car ces 4 pays assurent à eux seuls plus de 72% de l’ensemble. »

Et là, notre Alexandre enfonce le clou :
« Autrement dit, les 24 autres pays concourent à moins de 28% de l’effort global alors qu’ils représentent 46% de la population et 37% du PIB de l’Union européenne. »

Seulement, le cas échéant, il faudrait songer à donner un petit bout de Libye, de Syrie, de Mali, voire du G5 Sahel dans son ensemble… à tous ces gens-là… Ce qui n’empêcherait d’ailleurs pas de devoir donner, d’abord, de gros morceaux à ces trois champions que seraient alors l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne…

Mais, d’ailleurs, Alexandre Mirlicourtois ne tarde pas à nous le dire lui-même : la France est déjà, à la fois, au four et au moulin, et c’est un supplément qui lui coûte la peau de fesses, avec ce malheur qu’elle ne paraît en retirer que des plaies et des bosses pour ses malheureux fantassins des droits de l’homme et de la défense d’une civilisation occidentale en péril comme c’est pas possible :
« C’est bien la France qui est actuellement à la pointe du combat contre le terrorisme international et sur plusieurs fronts depuis 2012 (Mali, Syrie, Irak, Sahel, Centre-Afrique). Et c’est bien le budget français, les contribuables français donc, qui supportent seuls l’effort, un effort sous forte contrainte avec le carcan imposé par le traité de Maastricht. »

Et le collier étrangleur d’une Allemagne qui ne veut surtout pas entendre parler de ça….

Ainsi, voilà qu’en conséquence Alexandre Mirlicourtois pense, avec une certaine naïveté, pouvoir ranger ce dernier pays parmi les « passagers clandestins de la défense française et britannique », en compagnie de l’Italie et de l’Espagne – dont il faut souligner qu’elles sont embarquées involontairement vers un désastre mémorable par un impérialisme français qu’elles ont longtemps nourri en lui envoyant tant et tant de leurs travailleuses et de leurs travailleurs, et plus précisément désormais, par un impérialisme militaire français qui ne leur sert de rien sauf à jeter sur leurs côtes tous ses malheureux Africains auxquels la Libye et la Chine étaient occupées à fournir de véritables infrastructures de transport et de production quand le ciel français est venu leur tomber sur la tête…

Où se trouvent donc, dans ce moment où l’Europe se déchire, les véritables dettes économiques et humaines ?

Michel J. Cuny

Document n° 104…
Cette France vendue corps et âme à un impérialisme à dominante anglo-saxonne qui ne tend plus qu’à la ruiner


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.