D’où vient qu’à la différence de la France, la Grande-Bretagne n’ait pas besoin du chaperon allemand ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 103)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Le 7 octobre 2015, Alexandre Mirlicourtois a publié une vidéo intitulée : « Sortie de crise comparée des grands pays européens » qui va nous permettre de confirmer le schéma général du système de classes français tel qu’il s’est trouvé organisé, dès la Libération, grâce au ralliement communiste à l’impérialisme guerrier tel que Charles de Gaulle l’a incarné tout au long de sa vie avec un entêtement dont ses proches et certains de ses visiteurs étrangers ont pu constater à quel point il faisait corps avec sa personne jusqu’à prendre parfois des allures pathologiques extrêmement inquiétantes… Je ne reviendrai pas ici sur les divers propos de Michel Debré, Georges Pompidou, Alain Peyrefitte, Jacques Foccart, ni sur ceux de Winston Churchill, Henry Kissinger, etc… Tout ceci ne représentant qu’un très petit échantillon de ce qui pourrait venir accabler la si belle réputation – en France – de ce pauvre homme.

Mais venons-en à Alexandre Mirlicourtois qui, pour son analyse, retient cinq pays : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Que se sera-t-il passé, pour chacun d’entre eux, à la suite du « violent décrochage de leur PIB par habitant entre 2007 et 2009 » ?

Tout de suite, nous tombons sur ce qui nous intéresse :
« La chute va de 3,7% pour la France, pays qui résiste le mieux grâce à l’importance de ses filets sociaux et à la large voilure de ses groupes internationaux, qui amortissent le choc extérieur, suivie de l’Allemagne, un temps épargnée par le redéploiement géographique de ses exportations vers les émergents. »

D’une part, la France reste bien ancrée sur son système : impérialisme politico-militaire et protection d’Etat pour les populations qui s’y rallient, quand l’Allemagne fait directement valoir à l’extérieur les qualités intrinsèques de ses produits, ce qui lui permet d’effectuer elle-même le tri parmi une série très étendue de pays demandeurs du « made in Germany » qui peut venir jusqu’à eux à travers des prix très favorables dans la mesure où ils intègrent les effets bénéfiques de la domination économique allemande sur les PECO, mais aussi sur l’ensemble de son Empire européen…

Alexandre Mirlicourtois nous montre alors l’évolution du PIB en volume et par tête, c’est-à-dire sur la base de la production réelle, pour chacun des cinq pays concernés… d’abord sur la période 2007-2009.

Nous constatons qu’en sa qualité d’impérialisme dominant, l’Allemagne a vu son PIB en termes réels et individualisés continuer de croître de façon significative entre 2007 et 2008, tandis qu’il fléchissait plus nettement que celui de tous les autres pays de la série retenue, entre 2008 et 2009… Or, ce n’était que pour mieux rebondir…

C’est ce que nous montre cet autre graphique qui reprend le premier tout en lui ajoutant les résultats de l’année suivante. Certes, la reprise paraît générale. Mais, selon Alexandre Mirlicourtois, ce ne serait que le résultat de ceci, que « tous les pays, à l’unisson, prennent des libertés avec le pacte de stabilité et de croissance ».

Ainsi, outre les dynamiques propres à chacun des pays, il y a eu l’effet des mesures prises parfois en dehors des clous pour remédier à la crise, et, tout spécialement, une augmentation relativement exagérée de la demande publique…

Cependant, pour chaque pays, l’augmentation des crédits publics correspond à un choix plus ou moins libre. Elle peut parfois se trouver douloureusement restreinte :
« + 12% en Espagne entre 2007 et 2010, mais aussi en Allemagne (+7,9%). L’impulsion est en revanche moins forte en France et au Royaume-Uni et relativement faible en Italie dont les marges de manœuvre budgétaires sont réduites en raison d’un taux d’endettement déjà important, supérieur à 100%. »

Les conséquences sur les déficits publics auront pu être brutales :
« L’Espagne encore en excédent budgétaire en 2007 sombre et le déficit passe à 10% environ du PIB. Le Royaume-Uni suit de peu, le déficit français de son côté casse la barre des 7%, celui de l’Italie celle des 5%. Seule l’Allemagne, qui partait d’un léger excédent, reste dans les clous des 3% mais le déficit se creuse aussi. »

Surtout, le laisser-aller budgétaire ne peut avoir qu’un temps, ce qui se vérifie tout au long des années immédiatement suivantes qui révèlent le caractère explosif d’une réussite allemande qui serre la bride au reste de l’Europe, tandis que le Royaume-Uni en vient à ressembler beaucoup à sa grande rivale continentale  :
« Avec la crise des dettes souveraines, la politique économique de la zone euro sous commandement allemand devient rigoriste. Deux blocs se forment. »

D’une certaine façon, il convient de réunir l’Allemagne et le Royaume-Uni comme des égaux, le second ne pouvant pas manquer de constater qu’il aurait plutôt intérêt à se séparer de tout ce qui ne peut vivre, en Europe, sans être sous le contrôle du chaperon allemand. En tout cas, Alexandre Mirlicourtois fait le constat de ce que sont les deux blocs qu’il convient de distinguer :
« D’un côté celui formé des pays qui échappent aux affres de la rigueur. Soit qu’ils laissent filer les déficits et la politique monétaire, c’est le cas du Royaume-Uni. Soit que leur bonne situation budgétaire avant crise leur ait évité une consolidation trop brutale, c’est le cas de l’Allemagne. Ce sont les deux seuls pays dont le PIB par habitant est supérieur aujourd’hui à son niveau de 2007. »

Dans l’autre, il y a l’Italie et l’Espagne qui peinent à remonter la pente… et puis peut-être la France dont Alexandre Mirlicourtois s’inquiète de savoir ce qu’elle serait devenue si elle avait, elle aussi, adopté les mesures de restriction budgétaire prises par ses deux consœurs du Sud…

C’est s’interroger sur la viabilité à plus long terme du modèle français d’un impérialisme qui aboie et qui peut même mordre sans trop savoir ce qu’il fait… Du moins, est-ce ainsi que l’Allemagne d’Angela Merkel le voit, et pour n’en pas toujours sourire.

Michel J. Cuny 

Document n° 103…
Faut-il donner à la France les moyens d’engager l’Europe dans de nouvelles guerres coloniales ?


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