France : une structuration sociale qui ne demande qu’à imploser ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 102)
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Si la fonction publique de base a tiré son statut fondateur, en 1946, du compromis historique intervenu entre Charles de Gaulle et un parti communiste décidément rallié – du point de vue de ses dirigeants – à l’Etat impérialiste qu’il allait alors s’agir de servir très loyalement et sur le fondement d’un système de grades et d’échelons hyper-minutieux qui ne manquait pas de ressembler beaucoup à une hiérarchie véritablement militaire, la haute fonction publique a obtenu au même moment de s’inscrire dans la même dynamique… publique, par la création de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Chacun chez soi, et les impétrants de l’une ou de l’autre des boutiques seraient bien contents de ne jamais trop se mélanger : affaire de classes sociales désormais très apaisées…

Cependant, à peine sèches, à la fois, l’encre de l’ordonnance portant création de l’ENA (9 octobre 1945), puis celle de la loi établissant le statut de la fonction publique (16 octobre 1946) – garanties d’un côté et de l’autre du rapport de classe par les deux personnalités alors marquantes qu’étaient Maurice Thorez et Michel Debré -, voici que le second avait disparu pour rejoindre De Gaulle dans sa traversée du désert (elle commence le 20 janvier 1946), tandis que le premier se voyait sorti de force d’un gouvernement à direction socialiste (5 mai 1947) : les deux instruments allaient pouvoir – le haut et le bas – s’emboîter très bien, alors que la guerre d’Indochine devenait vraiment massacrante… en attendant celle d’Algérie (Toussaint 1954)…

Fonction publique et haute fonction publique… Evidemment, lorsque nous abordons la vidéo qu’Olivier Passet a publiée le 25 juin 2015 sous le titre « Qui sont les privilégiés : richesse, hauts salaires, sécurité de l’emploi, avantages », nous sommes tout de suite sur les dents… Qu’est-ce donc qui va sortir du chapeau ?…

Soixante-dix ans d’impérialisme militaire et économique consenti par tout un peuple… Quels résultats dans un pays qui prône les droits de l’homme et qui claironne haut et fort, quand cela arrange la couche supérieure de telle ou telle classe sociale : « Liberté, égalité, fraternité » ?

À la façon d’Olivier Passet, ne nous attardons pas sur les « milliardaires » :
« Ce cercle fermé ne cesse de s’élargir. On en dénombre 67 en 2014. 12 de plus que l’an dernier. »

Retenons toutefois cette petite remarque :
« Avec une part d’héritiers plus forte qu’ailleurs, et  une proportion de jeunes self-made men issus des nouvelles technologies moindre qu’ailleurs aussi. »

Les yeux fermés, nous savons que, dans le tas des « héritiers », il doit y avoir au moins une femme. Il s’agit de Liliane Bettencourt, née en 1922, et toujours en vie en cette année 2015.

Revenons alors sur la fine équipe des gens que côtoyait en 1943 le futur livreur en chef de Jean Moulin à Klaus Barbie : Pierre Bénouville, dit plus tard : Pierre Guillain de Bénouville. Très proche du colonel Groussard, son égal dans l’affaire de Caluire, il avait la joie de rencontrer en Suisse – où il venait récupérer les financements de l’ancêtre de la CIA : l’OSS – un certain André Bettencourt (pro-allemand affiché, futur ministre d’un certain De Gaulle, et bientôt époux d’une demoiselle qui, jusqu’à ce moment, n’était encore que Liliane Schueller, fille du principal financeur de la… Cagoule dont Bénouville, dans les années 2000, s’estimera rétrospectivement avoir été le chef…)

Encore un nom : André Bettencourt était, en Suisse, le représentant d’un certain… François Mitterrand, à qui Eugène Schueller a proposé, à la Libération, la direction du magazine féminin : « Votre beauté ».

Evidemment, à notre époque… fortune des Bettencourt et Sarkozy... absolument aucun rapport.

Revenons à Olivier Passet, qui abandonne immédiatement les milliardaires pour jouer plus petit bras, tout en soulignant le parallèle public-privé :
« Etre privilégié en France, c’est d’abord travailler dans un grand groupe public ou privé, plutôt que dans une petite entreprise, avec un écart moyen de salaire horaire qui varie presque du simple au double entre les plus petites entités et les plus grandes. »

Ensuite, nous voyons se glisser un autre parallèle bien fait pour nous rappeler les spécificités guerrières de l’impérialisme français : civil-militaire :
« C’est travailler dans un grand groupe, de la finance surtout, de l’énergie, de l’industrie de pointe civile ou militaire, des médias, du commerce de gros, de la promotion immobilière notamment. C’est là aussi que l’on trouve les sécurités d’emploi les plus fortes, avec anciennetés dans un emploi qui n’ont presque rien à envier à l’administration. »

Faisons maintenant un paquet de tout ce qui se trouve du côté du secteur privé :
« C’est là aussi que l’on trouve les salaires et les avantages exorbitants des patrons du CAC 40, qui défraient régulièrement la chronique. Bien sûr, mais aussi les 1% des salariés à temps complets les mieux rémunérés, avec si l’on exclut les sportifs de haut niveau, au top de la hiérarchie, les métiers de banque,  les fonctions financières, les cadres d’état-major. »

Et passons à ce qui se trouve du côté de cette haute fonction publique qu’alimente en particulier l’ENA :
« 1200 fonctionnaires appartiennent au club des 1% les plus riches contre 130 mille pour les salariés du privé. Un ministre ou un haut fonctionnaire fait pâle figure à côté du CAC 40. »

Toutefois, la gestion de haut niveau, qu’elle concerne les multinationales ou l’Etat impérialiste en tant qu’il lui faut souvent utiliser les grands moyens, cela se paie cher et plutôt par la bande… Ainsi…
« …c’est surtout dans ces deux cercles, celui des grands groupes et de l’administration que se concentrent le gros des avantages  périphériques au salaire : les chèques restaurants (15% des salariés en bénéficient en France), les avantages pour les loisirs (chèques cadeaux, vacance etc.), pour 3,7 millions de salariés du privé, prise en charge des aides à domicile aussi, certains séminaires congés déguisés, logements, voitures de fonction, mais aussi que se concentrent les avantages monétaires, primes, intéressement, régimes spéciaux de retraite. »

Et pendant ce temps, la fonction publique ordinaire s’en va en eau de boudin, accompagnant, avec un retard certain toutefois, l’effondrement d’une classe ouvrière, qu’elle aura longtemps été chargée de cornaquer…

Très consciencieux comme à son habitude, Olivier Passet nous laisse sur ceci…
« Troisième cercle de privilégiés enfin, certaines professions libérales : avec en tête les professions juridiques, le conseil pour les affaires de gestion, les auxiliaires d’assurance, les experts comptables, les professions médicales. »

Quel avenir pour tout ce beau monde si l’Europe allemande en venait à se déliter un peu plus sérieusement qu’elle ne le fait déjà ?

Michel J. Cuny

Document n° 103…
D’où vient qu’à la différence de la France, la Grande-Bretagne n’ait pas besoin du chaperon allemand ?


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