La guerre économique franco-espagnole se porte bien… Merci, dame Europe !

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 99)
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C’est Alexandre Mirlicourtois qui, dans sa vidéo du 10 mars 2015, se sera chargé de nous donner des nouvelles de ce front franco-espagnol où des dégâts très intéressants nous montrent bien que les peuples européens auraient tort de tenter de s’extirper de la dynamique guerrière sur laquelle les emportent les chevaux de bois de l’histoire d’un impérialisme qui pourrait assez rapidement devenir effroyable : ce dont nous ne pouvons que nous réjouir les uns et les autres.

Pas plus que les Françaises et les Français n’en auront eu à faire d’un certain Gaddhafi et de son fichu pays, la Libye, il ne faut espérer qu’ils viennent s’affliger des malheurs espagnols : tout au contraire, c’est ce qui assure une part du bonheur de leurs petits placements (pour celles et ceux qui en ont) quand ils n’aident pas à garantir leurs emplois et leur niveau de rémunération… Ils ont d’ailleurs autant de mépris pour l’Italie, le Portugal, la Grèce et tous les PECO qu’on voudra.

Peu à peu, il n’y aura plus de quartier. Et la grande coalition européenne qui est née de l’idéologie anticommuniste si finement tressée par la CIA à coup de dizaines de millions de morts (pour le moins) mis sur le compte de… Staline, implosera… à moins que l’Allemagne ne s’arrange pour y mettre bon ordre d’avance, tout en faisant fructifier ses capitaux sous des cieux tout différents.

En attendant certaines fureurs à venir des peuples réveillés de leur léthargie, le langage d’Alexandre Mirlicourtois est mesuré, sans pour autant nous masquer l’essentiel. Les peuples européens sont partis pour s’écharper les uns, les autres, et la bagarre est déjà commencée tandis que les premiers nez cassés et les premières lèvres ouvertes apparaissent ici ou là. C’est ce qui ressort du bilan que nous découvrons ici…
« Entre 2007 et 2014, le PIB espagnol a reculé de 5%. Cette chute est le résultat de deux forces opposées : l’effondrement de la demande domestique. Elle a coûté 16 points à la croissance, compensée en partie par la contribution fortement positive du commerce extérieur (+11 points). »

La population espagnole a donc commencé à morfler : ce qui est une très bonne nouvelle, sans doute, pour la France… Oh que non, se récrie Alexandre Mirlicourtois qui s’interroge immédiatement non sans une certaine angoisse :
« Le rebond espagnol ne se fait-il pas au détriment de ses voisins immédiats dont la France, surtout la France qui a un niveau de gamme de production industrielle assez proche ? »

Avant d’aller plus loin, il faut que nous intégrions ce que nous donne le premier graphique offert par cette vidéo du 10 mars 2015. En rouge, il y a surtout ce qu’endure la population espagnole travailleuse et tout ce qui l’environne d’une façon ou d’une autre. En vert, il y a surtout les résultats extérieurs du capitalisme marchand qui l’exploite. Que celui-ci soit affronté à son pendant français, voilà ce que cela donne :
« De 2000 à 2007, la France a dégagé 8 milliards d’euros d’excédents sur l’Espagne en moyenne par an. Après la récession et jusqu’à 2014, le solde tombe à 460 millions d’euros annuels ; il est divisé par 17. »

Pour donner à tout cela un ordre de grandeur un peu plus parlant, Alexandre Mirlicourtois ajoute ceci :
« Le manque à gagner est facile à calculer : c’est 53 milliards d’euros en moins sur les 7 dernières années, 53 milliards c’est l’équivalent de notre déficit extérieur total en 2014. »

Finalement, cette guéguerre est décidément charmante pour les deux camps… Au bénéfice de qui, je vous le demande ?… Des capitaux espagnols et français les plus compétitifs au sein de cet affrontement.  Et au détriment, a priori, de la main-d’oeuvre espagnole qui est celle qui, en l’occurrence, aura reçu les plus gros coups de bâton. Ceci dit, dans la masse de celles qui sont tournées vers le marché du pays – l’Espagne – où les rapports de classe sont décidément en faveur du capital…
« Pour les entreprises françaises, la crise espagnole a été la double peine : baisse de plus de 12% des exports vers un marché dévasté par la récession.  Et en retour, la concurrence acharnée des industriels espagnols à la recherche désespérée de débouchés et des importations en hausse de près de 13%. »

Mais nous n’avons pas encore fini de rire… Et boum, et re-boum !
« Pour certaines filières, c’est catastrophique. C’est le cas des industries agro-alimentaires où le déficit avec l’Espagne devient abyssal pour la métallurgie aussi. Et encore il ne s’agit là que des échanges directs entre les deux pays qui n’intègrent pas les pertes de marchés des industriels français ailleurs en Europe ou dans le monde face aux entreprises espagnoles. C’est aussi la concurrence des entrepreneurs du BTP ibériques dans le Sud-ouest qui ont remporté des marchés publics. C’est aussi le choix de localisations de sites industriels ou de l’extension de leur capacité. Et c’est un fait la filière automobile espagnole est en plein renouveau : dans une Europe sur capacitaire où il n’y a pas de la place pour tout le monde, force est de constater que ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres. »

Or, ce qui détermine l’impact humain de cette jolie plaisanterie qui nous aura décidément fait passer un très bon moment, c’est le choc pris en pleine tête par la main-d’oeuvre espagnole : il n’y a pas que le capital espagnol qui devrait s’en réjouir… Voyons la suite des explications que nous donne Alexandre Mirlicourtois qui en vient maintenant à nous mettre en garde à propos de ce que nous avons cru comprendre :
« Le constat est sans nuance, une partie du redressement espagnol est pris sur la France. Il faut néanmoins passer à la seconde étape et regarder de plus près la séquence de la reprise espagnole. »

Décryptons un peu le langage ordinaire de l’économie libérale… En Espagne…
« C’est une reprise par l’offre qui doit enclencher sur un nouveau cycle d’investissement, des créations d’emplois et in fine une relance de la consommation intérieure avec en bout de course une demande adressée à la France en hausse. »

Traduisons : l’accentuation de l’exploitation du travail (amélioration de l’offre) doit permettre un gonflement des capitaux à investir pour lancer un nouveau cycle d’exploitation de plus de travail encore (embauche)… Voilà qui peut faire monter le coût du travail, c’est-à-dire la rémunération de celui-ci, d’où un accroissement de la consommation des travailleurs, mais aussi des bénéficiaires de la rentabilité améliorée des capitaux en tant que tels… Cette consommation peut venir se placer partiellement en face de la production française qui va pouvoir récupérer les capitaux qui s’y trouvent investis et mobiliser la plus-value ajoutée par le travail…

Ce qui nous permet de voir que l’abaissement du travail en Espagne, s’il induit directement des effets bénéfiques sur la rotation des capitaux espagnols, peut avoir un effet semblable – avec un certain décalage dans le temps et dans les quantités perçues – pour les capitaux français.

Il n’y a donc pas de surprise à voir Alexandre Mirlicourtois aboutir à cette double conclusion :
« Et c’est bien ce qui s’esquisse depuis plusieurs mois déjà » ; « Et la France en profite ».

Mais attention à ne pas se laisser entraver… par l’Europe « sociale »…
Qui n’a d’ailleurs toujours été qu’un slogan bien fait pour endormir celles et ceux qui ne veulent surtout pas comprendre ce qu’est réellement l’Europe dans ce joli système qu’est le mode capitaliste (impérialiste) de production…

Michel J. Cuny

Document n° 100…
Ces multinationales françaises qui fuient la France et l’Europe apparemment à si juste titre


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