Europe : pour les classes laborieuses, l’annonce d’une très cruelle restructuration historique…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 86)
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Alexandre Mirlicourtois nous a donc laissé(e)s dans l’inquiétude en évoquant le sort des jeunes Européens des pays du Sud : est-ce l’avenir de ces pays eux-mêmes que l’on serait occupé à ruiner ? Est-ce ce que pressent cette jeunesse européenne qui s’en va vers d’autres cieux : s’il doit y avoir un désastre, autant vaut, pour elle, qu’elle n’en soit pas la victime privilégiée… Ou bien ne seraient-ce que quelques rats qui quittent le navire, en croyant faussement qu’il est en train de couler ?…

Ce qui est sûr, c’est qu’Olivier Passet a perçu lui aussi le souffle du boulet, et c’est pourquoi, dès le 20 mai 2014, il y revient, précisant ainsi certains éléments apportés par l’ami Alexandre

Le problème posé peut, selon lui, être énoncé à partir de deux questions :
« Quel sera l’impact à long terme de la crise ? Quelles dépenses stratégiques ont été sacrifiées pendant 5 ans, susceptibles d’affaiblir nos potentiels de croissance plusieurs années encore ? »

Sans prétendre entrer dans trop de détails, voici comment Olivier Passet entame son propos :
« Il y a d’abord l’écrémage des capacités industrielles, d’une violence extrême dans certains pays. »

À ce qu’il paraît, le bilan ne laisse aucun possibilité d’entretenir le moindre doute :
« On voit alors que le jeu de massacre a été considérable dans le sud de l’Europe, mais aussi que des puissances intermédiaires, comme le Royaume-Uni, la France ou la Suède ne sont pas en reste. »

Or, il semble ne pas s’agir seulement de solder le passé en abandonnant ce qui n’est plus vraiment rentable, mais également de tirer les leçons de l’absence d’un avenir plus ou moins assuré pour la majeure partie des entrepreneurs restés dans les différents cadres nationaux… Ainsi, s’il y a…
« Une destruction de capacités, [elle se révèle être parfaitement] en ligne avec le très fort décrochage de l’effort d’investissement dans l’ensemble des entreprises non financières de la zone euro depuis 2008. »

Ce sont donc bien les avenirs nationaux qui sont frappés dans les pays les plus touchés par cette crise financière de 2007-2008 qui a brisé l’autonomie, pourtant déjà très limitée, des finances publiques dans les Etats du Sud de la zone euro tout particulièrement, tout en frappant très vite le secteur privé…
« Plus de 3,5 point d’investissement en pourcentage de la valeur ajoutée en moins entre aujourd’hui et le pic atteint fin 2007. C’est considérable. »

Mais ici apparaît, en pointillés pourrait-on dire, le fait que la France ne se résume pas à son économie intérieure, loin de là… En effet, sur cette question de la variation du taux d’investissement…
« La France n’est pas le pays le plus mal loti d’Europe. »
Ce que le graphique proposé par Olivier Passet montre de façon plutôt spectaculaire. Passons, alors à la thématique suivante :
« Il faut bien entendu évoquer l’exode des cerveaux. »

Cette hémorragie se décline de deux façons tout aussi inquiétantes l’une que l’autre. Voici la première :
« Alors que plus de la moitié des jeunes Espagnols et Grecs sont au chômage, ceux qui disposent des compétences numériques très demandées cherchent de plus en plus du travail dans des pays plus stables comme l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas. »

Plus inattendue, la seconde :
« De nombreux espagnols prennent le chemin de l’Amérique latine, des grecs, de l’Australie. C’est une perte nette aussi pour l’Europe. »

Par ailleurs, il semble qu’Olivier Passet soit lui-même un peu surpris de ce que le travail intellectuel, tel qu’il s’attache aux entreprises, n’ait pas été négligé autant qu’on aurait pu le craindre…
« Il faut pourtant souligner que les dépenses de R&D ont été sanctuarisées dans la crise. L’effort de R&D a presque partout progressé en proportion du PIB. »

Toutefois…
« Cela ne veut pourtant pas dire qu’il y a eu un effort discrétionnaire marqué des entreprises ou des Etats. Mais plutôt, que les secteurs intenses en R&D ont beaucoup mieux résisté à la crise. »

Dans l’ensemble, on peut redouter que l’internationalisation de la main-d’oeuvre diplômée n’annonce une Europe contrôlée intellectuellement en son centre – l’Allemagne et le nuage des petits pays décidément capitalistes qui l’environnent… Quant aux autres contrées, elles doivent répondre au défi qui leur est lancé de savoir si elles pourront accrocher un minimum de leurs wagons à cette locomotive qui peut se payer le luxe de trier entre elles…

Peut-être est-ce également le sens de ce qu’Olivier Passet veut nous dire :
« La conclusion est simple. La crise a écrémé sévèrement les structures productives et plombé dans la durée l’investissement. Les dépenses à haute portée stratégique, autrement dit le nerf de la guerre, n’ont pas été les plus pénalisées. En revanche, la molle reprise telle qu’elle se dessine, n’est pas en mesure de reconstituer la substance perdue et elle inscrit dans le marbre le décrochage du potentiel de croissance européen. »

En tout cas, il y a fort à parier que la France elle-même – si son peuple continue à se laisser aller – se divisera de plus en plus sur ces deux versants d’une misère humaine croissante et de celles et ceux qui voudront s’arracher à une dérive de plus en plus criante, de plus en plus irrésistible, et de plus en plus incontestable.

Michel J. Cuny

Document n° 87…
La France à l’Allemagne : « Ne me quitte pas ! »


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