Olivier Passet : « La vieille Europe sociale est un enfer d’inégalité comparée aux États-Unis »

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 84)
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La vidéo publiée par Olivier Passet le 12 mai 2014 débute ainsi :
« L’Europe, dans son projet initial, devait réaliser la convergence entre les pays et  les hommes. »

C’est bien gentil… Mais autant dire tout de suite que cela ne tient pas debout au regard de l’Histoire réelle…

Pour autant qu’elle est devenue ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire une réalité qui comporte une vraie activité étatique incluant l’exercice d’une part essentielle de la souveraineté sur les peuples des pays qui la composent – et quoi qu’on puisse dire des relations établies entre les institutions européennes et les Etats nationaux -, l’Europe est le fruit de l’Histoire de notre continent telle qu’elle se sera longtemps ancrée sur le pacte de la Sainte-Alliance qui s’était s’efforcé de remédier aux troubles nés de la Révolution française et de ses suites napoléoniennes…

Très significativement, ce traité avait été signé à Paris le 26 septembre 1815 entre Alexandre 1er, tsar de Russie, François 1er, empereur d’Autriche, et Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse. Nous sommes au lendemain de Waterloo (1814), et, cette même année, les Cosaques étaient venus faire un petit tour jusque dans la capitale française. Ils y étaient arrivés en compagnie des Autrichiens et des Prussiens, et anticipaient, en quelque sorte, sur la rapide visite, au même endroit, d’Adolf Hitler en juin 1940, cent-vingt-six ans plus tard…

Mais, entre-temps, autre chose s’était produit, et plus précisément cent deux ans après la signature du Pacte : la Révolution bolchevique de 1917, phénomène bien plus grave que la seule Révolution de 1789, pour les possédants en général et pour les aristocrates européens en particulier.

Notons encore très rapidement que, quelques mois à peine après la mise en oeuvre du traité en question, l’Angleterre s’y était jointe, et qu’on aura même vu le bon roi Louis XVIII s’y associer en 1818 : la boucle était donc bouclée.

Or, le vrai instrument de cette entreprise, c’était ce qui allait être présenté bientôt sous la forme très parlante du « rouleau compresseur russe » : le tsarisme s’offrant comme un modèle d’arriération monarchique caractérisé dont on pourrait éventuellement obtenir de très brutaux effets contre-révolutionnaires, et ceci à l’échelle de l’Europe entière. Et voilà ce que Vladimir Ilitch Lénine sera venu briser définitivement. Il ne restait plus alors, aux « élites », qu’à tenter de trouver un palliatif à cette poussée révolutionnaire qui paraîtrait peu à peu irrésistible. Ce fut l’Europe.

Celle-ci est donc l’instrument des puissants de ce monde, c’est-à-dire de tout ce qui doit régner au-dessus des peuples, et tout spécialement pour mettre au pas les classes travailleuses. Ainsi les résultats qui en émanent ne devraient-ils étonner personne. Et pas même Olivier Passet – que nous aimons pourtant beaucoup pour ses naïvetés – mais qui devrait finir par se rendre compte (à moins qu’il ne le sache déjà, et mieux que personne) de la force des arguments que lui-même développe pour nous permettre d’appeler un chat un chat…

Ajoutons encore que l’Europe peut également être regardée comme l’entreprise à laquelle s’est attaché Otto de Habsbourg… dès qu’il a été en âge de balbutier quelques mots… et de nouer des contacts aux Etats-Unis, tout autant que de ce côté-ci de l’Atlantique, et plus particulièrement avec Franco, Salazar, et… – mais la Pologne s’en souvient très bien – avec le Vatican… et tout cela pour organiser l’Europe de la Sainte-Alliance contre le communisme.

Ainsi, quand elle obtient les résultats qu’Olivier Passet s’offre à énumérer, l’Europe est parfaitement dans le rôle qui est le sien, et qui ne peut faire que s’amplifier depuis que le chef-d’oeuvre de Lénine a implosé… (On notera que c’est pour mieux renaître en Chine, mais, là, c’est une autre paire de manches).

Lisons Olivier Passet :
« Or les réformes structurelles, puis la crise ont sérieusement écorné les compromis sociaux des pays européens. Les inégalités se sont creusées en interne, mais elles se sont surtout creusées entre pays. »

C’est justement cette diversité qui garantit que, tant que l’Allemagne régnera sur l’ensemble européen, il ne pourra y avoir de réelle convergence entre les classes laborieuses des différents pays, de même qu’au sein des Etats nationaux, l’éclatement des systèmes de travail a ruiné toute possibilité d’entente sur quoi que ce soit. Corporatisme des petits, et lobbying des gros… En attendant la prochaine guerre…

Pour l’instant, ce n’est encore que le bruit avant-coureur de très âpres luttes intestines à l’intérieur des pays et entre eux. S’agissant de la première rubrique, voici ce que notre analyste nous dit :
« Le constat d’un creusement des inégalités internes fait maintenant consensus. La montée du chômage, la déflation salariale, et les politique structurelles menées depuis 10 ans produisent le résultat attendu. La dispersion des revenus s’est accrue dans presque tous les pays. La paupérisation relative des plus précaires est également bien perceptible. »

Et voici pour la seconde rubrique, dont la présentation s’accompagne d’une petite remarque qui en dit long :
« Regardons plutôt maintenant le tableau d’ensemble des inégalités de l’espace économique européen. Ce tableau-là n’est jamais présenté. »

Mais pourquoi donc ?… C’est que, dans cette Europe de la haine et du mépris, l’information n’est plus qu’un anxiolytique (record français, comme chacun sait) quand ce n’est pas, tout simplement, un poison… qui transforme la population française en un ramassis de criminel(le)s à la petite semaine qui ne savent même plus à quel niveau de bassesse ils et elles ont été ramené(e)s en quelques décennies, le temps d’oublier… un certain Jean Moulin, dont on continue à ne rien dire.

Ainsi, la voilà bien, notre Europe démocratique libérée du communisme !…
« Les régions les plus pauvres de l’Union sont protégées par un SMIC de moins de 200 euros brut mensuel : en Bulgarie et en Roumanie. Si l’on resserre maintenant l’observation à la zone euro, le plus petit salaire minimum de la zone est celui du Portugal, à 566 euros, derrière celui de la Grèce à 674 euros et de l’Espagne à 753 euros. »

Et finissons enfin sur cette terrible formule d’Olivier Passet :
« Autrement dit la vieille Europe sociale est un enfer d’inégalité comparée aux États-Unis. »

Et ça n’est pas fini, bien loin de là !

Michel J. Cuny


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