La France pour l’Allemagne : une cuisine aux petits oignons…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 83)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

« Comment la France sauve la zone euro » (vidéo du 18 mars 2014), ou « quand Olivier Passet assimile notre pays au bon Samaritain… »

De fait, si la France lâche sa chemise, c’est pour qu’on lui laisse son couteau… impérialiste, dont on aura vu l’usage qu’elle a pu en faire récemment en Libye et en Syrie…

Mais reprenons le fil de l’histoire (sainte) qu’Olivier Passet nous propose…
« Alexandre Mirlicourtois nous a montré dans une récente vidéo, à quel point notre économie était écartelée entre les déséquilibres du Sud et du Nord. D’un côté, la terrible dépression productive et salariale du Sud. De l’autre la machine à exporter rhénane qui recycle les faibles coûts des PECO, et diffuse la déflation au sein du marché intérieur. »

Oui, et nous n’avons pas su où la France avait bien pu se cacher. C’est donc Olivier Passet qui nous apporte la réponse laissée en suspens par le camarade Alexandre, sans qu’il soit nécessaire de se poser la question des divergences – de détail, sans doute – qui peuvent les séparer sur ce point précis. Tout commence par un graphique très parlant :
« D’un côté donc, l’effondrement de la demande du sud, détruit le volume de nos débouchés. Il suffit de voir notre balance commerciale avec l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal depuis le début de la crise : 15 milliards de dégradation. C’est à peu de chose près la dégradation de notre déficit total depuis 2008. »

C’est l’enclume. Et voici le marteau :
« De l’autre côté, au Nord, une stratégie implacable, qui continue à saper nos parts de marché. »

Ensuite, Olivier Passet utilise une formule plus ou moins étrange :
« Face à cela, la passivité française n’est pas que coupable. »

C’est l’affaire du jambon dans le sandwich ou de la farce dans le poulet ou dans la pomme de terre : il faut compter avec ce que l’on mettra au milieu… Or, il paraît que, pour asseoir son questionnement, Olivier Passet ait choisi le second menu :
« Car l’on peut se demander a contrario ce que serait devenue l’Europe sans ce « dindon de la farce » en dernier recours qu’est la France depuis quelques années. »

Nous voici parfaitement rhabillé(e)s pour l’automne ou l’hiver prochains…

Autrement dit, cette passivité qui aura fait de nous les dindons prodigues de la farce européenne n’en est pas une : nous l’avons bien voulue… À notre façon, nous sommes peut-être même héroïques… Et sans doute, à ces dindons-là, Olivier Passet va offrir de quoi se rengorger encore un peu…

Il nous explique, tout d’abord que, dans les dernières années, deux options se sont ouvertes à nous sans que nous options ni pour l’une ni pour l’autre : le juste milieu s’avérant être la solution qui allait sauver l’Europe, c’est-à-dire le miraculeux pot de colle de la zone euro, ou, pour finir : le deus ex machina de la monnaie européenne elle-même, à moins que nous n’en fussions les crucifiés…

Première option à laquelle nous avons dit non :
« Imaginons que la France ait cédé aux injonctions de consolidation budgétaire et de dévaluation salariale brutales, se ralliant à la stratégie du Sud. L’Europe déjà déflationniste aurait perdu un amortisseur salvateur entre les stratégies extrêmes du Sud et du Nord. Les pays du Sud qui se stabilisent tout juste aujourd’hui n’auraient toujours pas touché le fond. Leur équation budgétaire aurait été rendue encore plus difficile. Et il est très probable que les risques de crise sociale et politique menaceraient très fortement l’intégrité de l’euro. »

Nous aurons donc été un amortisseur… déterminant pour cette monnaie dont il sera difficile de nier qu’elle était, dès le début, un fruit de long terme de la politique économique allemande… Par là même, nous avons donc consolidé l’Etat allemand, selon la leçon que la prise en compte de la politique bismarckienne nous a fournie dans les précédents articles…

Passons à l’autre option que la France – dans sa grande sagesse – a également dédaignée :
« Imaginons à l’opposé qu’elle ait rejoint le Nord et lancé très tôt une offensive de dévaluation fiscale musclée. Les excédents commerciaux européens seraient certes encore plus élevés. Mais là encore, sa stratégie aurait était aggravante pour la périphérie et le coût de la crise de la dette souveraine aurait été fortement accru pour tous. »

Il faudra donc en convenir : la France a très maternellement protégé les Etats du Sud (seconde option refusée) au profit de l’euro allemand (première option rejetée)… Autant qu’elle l’a pu, elle a aidé à conserver les bas morceaux dans le système de la cuisine allemande… Sans doute s’est-elle ainsi offert un strapontin dans la salle de dégustation, elle-même étant en partie dans l’assiette…

Tout ceci n’engage que moi… Laissons donc à Olivier Passet le soin de suivre sa petite idée jusqu’au bout…
« La France, nous l’avons dit maintes fois, avait des problèmes de compétitivité indéniables bien avant crise. Mais sa hâte à ne pas se presser est aussi le fruit d’une impossibilité. Et par ce jeu, en devenant une sorte de trait d’union entre deux Europe, elle a aussi contribué à sa manière à sauver la zone du risque de dislocation. »

Mais cela plutôt parce qu’elle ne marchait déjà plus que sur une patte…, ce qui fait de son héroïsme quelque chose d’un peu boiteux dont l’Allemagne ne lui sera peut-être pas très reconnaissante…

Pire, et c’est là qu’il fait bon recourir à Olivier Passet qui n’est pas non plus obligé de se faire de très grosses illusions sur l’aptitude française à se hisser un peu plus haut que la meilleure des farces…
« Bémol néanmoins à cela.  Par sa solidarité passive, qui tient à l’ambivalence de son économie, ni du Nord, ni du Sud, ou les deux tout à la fois, elle a retardé des remises en cause plus profondes des institutions européennes. »

Autrement dit : elle a travaillé une nouvelle fois bien plus qu’il ne fallait pour le roi de Prusse… Il n’est pas sûr que celui-ci lui en sache gré… Reportons-nous à un autre de ces exemples qui n’auront cessé d’émailler les rapports entre l’Allemagne et la France depuis la Commune de Paris.

Il est tiré du tome IV du Journal de Joseph Goebbels et porte la date du 11 juin 1943 :
« Je ne crois pas que ce peuple puisse revenir à sa situation de grande puissance. La France a perdu ce statut lors des journées de mai et de juin 1940. Brinon me décrit les débuts de la guerre et nombreuses tentatives que Daladier et Laval ont entreprises pour mettre un terme dès ce moment-là au conflit. Sur tout cela, comme, globalement, sur la politique française actuelle, le même mot : trop tard ! Il y a eu certes en France des hommes qui voyaient juste, et il y en a encore aujourd’hui. Mais ils n’ont pas la force et la volonté de tirer les conclusions nécessaires des connaissances qu’ils ont acquises. » ( Joseph Goebbels, Journal 1943-1945, Tallandier 2005, pages 179-180)

Toutes proportions gardées, la description que nous fournit Olivier Passet des tripotages de la France actuelle donne l’impression d’appartenir à un héritage plutôt tenace :
« Elle s’est surtout octroyé un rôle qui n’aurait pas dû être le sien. »

Comme, en 1940, la Cagoule militaire ouvrant les portes de Sedan à qui passait par là comme par hasard, notre pays s’offre aux verges qui ne devraient en aucun cas lui être destinées, si seulement il cessait d’agir en toute servilité devant Berlin, tout en aboyant le contraire… Et conséquemment…
« La Commission sermonne aujourd’hui la France pour ne pas respecter ses engagements budgétaires. Et c’est vrai que la cible des 3% pour 2015 paraît de plus en plus hors de portée. Mais elle devrait surtout, en tant que gardienne des déséquilibres excessifs s’inquiéter bien plus de la dynamique des salaires allemands. »

Or, entre-temps, la France a donné sa langue au chat, et la voici devenue muette sur le seul dossier qui vaille en la matière, selon Olivier Passet :
« Alors que l’Allemagne semblait prendre le relais de la France dans sa mission impossible de stabilisatrice de l’économie européenne depuis 2011, la voici repartie dans ses démons. La modération salariale reprend le dessus. »

Et la France, le dessous…

Michel J. Cuny

Document n° 84…
Olivier Passet : « La vieille Europe sociale est un enfer d’inégalité comparée aux Etats-Unis »


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