Ce pré carré de l’impérialisme français qui s’alimente des ignorances d’une population travailleuse en pleine dérive

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 82)
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La France… Où donc est-elle relativement à la fracture Nord-Sud dont, selon Alexandre Mirlicourtois, la zone euro est frappée ?

Sans répondre immédiatement à cette question, la vidéo que le même auteur a publiée le 17 février 2014 va nous permettre de progresser un peu dans la direction de ce qui constitue le véritable moteur de l’économie française : son appareil impérialiste…

Impérialiste en ce qu’il est le continuateur de l’Histoire de France et plus particulièrement de ce libéralisme économique qui est passé par la traite des Noirs, le commerce triangulaire, la colonisation de l’Algérie, les conquêtes territoriales en Extrême-Orient et en Afrique, ainsi que les différentes guerres mondiales dont la première a été, pour lui, un véritable bain de jouvence…

Désormais, tout cela n’apparaît plus que dans une comptabilité très aseptisée qui cache bien les crimes dont elle tire ses principaux résultats… l’un de ces crimes étant celui qui a frappé Muammar Gaddhafi en 2011, et, au-delà de celui-ci, l’Afrique sahélienne, où nous n’en sommes encore qu’au tout début…

La vidéo d’Alexandre Mirlicourtois débute par ceci :
« La balance des transactions courantes hexagonale s’est améliorée de près de 15 milliards entre 2012 et 2013. Mais la France continue à accumuler de la dette sur le reste du monde à un rythme préoccupant. »

Le caractère préoccupant de la chose tient à ceci :
« Un déficit signifie dès lors que le pays dépense plus qu’il ne produit, donc qu’il ne gagne. Bref, qu’il vit à crédit. Et c’est le cas de la France depuis 2005. Avec un trou de 31,6 milliards d’euros en 2013, la France détériore sa position financière. »

Ceci vaut pour le présent immédiat, c’est-à-dire pour les quelques dernières années. Mais la France a un passé… Et, grâce à ce passé, elle surplombe sa situation d’aujourd’hui de toute la hauteur des positions – guerrières le plus souvent – qu’elle a prise autrefois… C’est ce que l’on doit appeler : son Empire.

Que, depuis la guerre d’Indochine, lancée en septembre 1945 par Charles de Gaulle, puis la guerre d’Algérie, largement préparée, dès le 8 mai 1945, par les massacres de Sétif, Guelma, et Kerratha perpétrés – toutes armes confondues : terre, mer, air – par l’armée française placée sous l’autorité du même De Gaulle, qui s’est aidé, pour l’occasion, des systèmes de transmission datant de la guerre qui venait tout juste de s’achever pour sa partie occidentale, les défaites françaises n’aient finalement cessé de s’accumuler (pour finir par la Libye et la Syrie), ne peut pas empêcher que l’Empire français perdure sous la forme déterminante depuis longtemps analysée par Lénine : la puissance financière.

Conséquemment, voici ce qu’Alexandre Mirlicourtois peut écrire :
« Tout n’est pas noir dans le tableau de nos échanges avec le reste du monde. »

Ce qu’il pense pouvoir décliner sous trois perspectives différentes qui vont peu à peu nous engager sur la voie principale…
« La première, la plus inattendue peut être : « La France sait jouer de la mondialisation, elle n’en est pas seulement victime ». C’est ce que montre l’excédent structurel dégagé par la branche des services et sa progression constante qui lui a fait passer le cap des 34 milliards d’euros en 2013, nouveau record historique. »

À quoi tient ce miracle ? Réponse d’Alexandre Mirlicourtois qui paraît lui-même en être finalement tout étonné :
« Le pays dispose, il est vrai, d’un atout maître en la matière : son patrimoine géographique et culturel dont l’exploitation génère un excédent touristique qui contribue pour 1/3 au solde des services. »

Ne nous attardons pas… Mais Versailles, Le Louvre, les châteaux de la Loire, et puis le château d’ici et le château de là-bas… Otto de Habsbourg (1912-2011), l’héritier de l’Empire austro-hongrois, et l’une des chevilles ouvrières de l’Europe telle qu’elle est aujourd’hui constituée, ne nous démentirait pas : c’est un fort beau patrimoine… Quant à Carlos Ghosn, il en rigole (peut-être) encore…

Bon, mais si ça peut faire venir le chaland… Passons à la suite :
« Autre source d’excédent structurel, le compte des revenus a rapporté près de 36 milliards d’euros l’année dernière. Un excédent alimenté par le revenu des frontaliers mais aussi par les revenus rapatriés des filiales installées à l’étranger des grands groupes résidents. »

Voici donc ce qui transpire en direction de la France à partir d’un impérialisme économique dont les sources remontent parfois très loin dans le temps… et dont il s’agit aujourd’hui de perdre le moins de morceaux possible…

Mais, selon Alexandre Mirlicourtois, il faut se garder de trop se réjouir à cet endroit-là de ses investigations :
« Deuxième idée force, « Il est illusoire néanmoins de compter sur les services et les revenus pour compenser le déficit des transferts courants et des échanges de biens ». Et des deux postes dans le rouge, le plus inquiétant, la dérive de la balance commerciale, reste préoccupante. Encore bénéficiaire en 2003, elle campe dans le rouge depuis. »

Et même l’amélioration que celle-ci a connue récemment ne doit rassurer personne :
« Elle est en effet liée à l’affaissement de nos importations dans le sillage d’une demande domestique atone. »

C’est à la fin des explications fournies par Alexandre Mirlicourtois qu’une petite surprise nous attend :
« Le troisième point est à la jonction des deux autres. »

Ici, l’explication est un peu embrouillée, comme si l’analyste ne voulait fâcher personne… Dans l’échec français, il y aurait…
« …une externalisation mal maîtrisée ».

Serait-ce à dire que l’impérialisme français est lui-même mal organisé ? Qu’il ne « nous » rendrait pas vraiment ce qui est, somme toute, « notre » dû ?

Sûr qu’Alexandre ne veut pas s’engager trop loin sur cette voie qui pourrait lui occasionner quelques déboires… Ainsi s’en tient-il à un « nous » de bonne compagnie :
« Nous ne tirons pas tout le parti que nous pourrions tirer de nos implantations à l’étranger. Ni en termes d’exportations induites. Ni en termes de profit rapatrié. »

La suite comporte un gros sous-entendu…
« Produire, assembler à l’étranger dégrade mécaniquement nos exportations. Mais lorsque le processus est bien maîtrisé, il peut produire un retour sur investissement qui compense les pertes mécaniques d’exportations. »

Y aurait-il des fuites dans le système, et, plus précisément, dans la zone de transition qui sépare la France des grands instruments de son impérialisme : les sociétés multinationales qui dépendent encore d’elle ?

En tout cas, il paraît que nous devrions nous consoler…
« Pour l’heure, ni la France, ni les Etats-Unis, ni même le Royaume-Uni n’ont bien géré cette transition. »

Puis vient un petit coup de patte tout ce qu’il y a de plus discret :
« Très probablement en France parce que les groupes sous-facturent ou ne facturent pas toute une série de prestations internes. D’abord pour des raisons d’optimisation fiscale. »

Si un jour, la population française laborieuse se réveille, elle s’étonnera des chiffres qui, en attendant, lui coûtent la peau des fesses et l’estime d’elle-même…
« La balance des paiements a au moins le mérite de nous rappeler qu’une source importante du rééquilibrage se situe-là. »

Mieux vaut sans doute que cette brave population se recouche tout de suite… elle qui n’a même pas su voir les crimes commis en son nom, autrefois en Indochine et en Algérie, et, aujourd’hui en Libye ou en Syrie… Qu’attend-elle encore de l’avenir ? et même de l’avenir le plus proche, pour elle et ses enfants ?…

Michel J. Cuny

Document n° 83…
La France pour l’Allemagne : une cuisine aux petits oignons


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