Une Europe en route pour le schéma yougoslave, si la domination allemande venait à s’effriter ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 78)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Approfondissant son étude de l’évolution diversifiée des différents pays de la zone euro placés désormais sous la domination économique, politique et idéologique de l’Allemagne, Olivier Passet aborde le problème qui se pose en-deçà de l’utilisation des mains-d’oeuvre nationales et en-deçà des conditions dans lesquelles elles sont exploitées. À quel coût les bourgeoisies de chacun des pays concernés peuvent-elles réunir les capitaux à investir dans la production, dans les instruments de travail mis à la disposition de la main-d’oeuvre locale placée sous la coupe de chacune d’entre elles ?

En effet, de ce côté-là également, les différences finissent pas apparaître comme très significatives (cf. le graphique joint par Olivier Passet), et elles concernent tout particulièrement…
« Des disparités de taux réels qui aggravent la divergence réelle puisque le coût du capital est plus élevé dans les pays les moins avancés ; c’est-à-dire ceux qui auraient le plus besoin de capital. »

Le système des hiérarchies impérialistes se trouvant très largement dépendre de la question financière, il semble que nous ayons ici un étalonnage de l’ordre qui constitue la structure interne de la zone euro… et que, dans ce contexte, la France bénéficie de ce que l’Allemagne lui offre de stabilité, en garantissant la puissance de l’euro, et en soumettant, par ce biais, les quatre autres pays représentés à des conditions plus rugueuses…

Or, si le capital se paie d’autant plus cher que le pays se situe plus bas dans la hiérarchie impérialiste intra-européenne, il faut, aux entrepreneurs, se refaire sur le taux d’exploitation du travail et sur une hausse de la productivité de celui-ci, le tout se traduisant dans cette seconde catégorie des différenciations soulignées par Olivier Passet qui constate…
« Un affaissement des coûts unitaires du sud, qui accélère sa mise en orbite dans le système de sous-traitance des donneurs d’ordre du centre. »

Le centre, c’est-à-dire l’Allemagne… Utilisant une imagerie planétaire extrêmement parlante, l’analyste nous montre comment la baisse spécifique du poids économique des différentes mains-d’oeuvre renvoie à un éclatement spatial des différents peuples concernés, espacement qui les place à une distance précise d’un astre solaire allemand qui peut dès lors briller de tous ses feux… et se brancher ensuite très tranquillement ailleurs.

C’est ce qui fait l’objet de la troisième remarque d’Olivier Passet, la plus inquiétante peut-être… pour les populations européennes. Elle concerne…
« Enfin, une croissance européenne qui se bâtit hors Europe, tandis que le marché intérieur se paupérise et devient un piège pour les petites entreprises ancrées sur le territoire. »

L’ensemble de la structure qui vient d’être ici mise en valeur paraît devoir dessiner un avenir très sombre, mais très diversifié… qui permet de comprendre pourquoi les nationalismes se sont réveillés dans la plupart des pays européens… où les classes laborieuses comprennent qu’il y va de leur survie sur la terre même où elles sont nées…

Et voici que quatre jours plus tard, Alexandre Mirlicourtois vient nous annoncer que l’Empire allemand aurait lui-même mal à la tête… En effet, la vidéo du 25 novembre 2013 est intitulée :
« L’Allemagne a mangé son pain blanc »… Mais qu’allons-nous donc devenir ?…

Est-ce si grave ?… C’est que, maintenant que nous nous savons en seconde position – et encore ignorons-nous les raisons de cet important privilège -, nous tenons plus que jamais à la tutelle berlinoise… Faudrait pas que l’Allemagne prenne même rien qu’un bon petit rhume ! L’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce – nos débiteurs à nous aussi ! – tant qu’on veut, mais le pays de Goethe, oh non ! et plus jamais… Sans quoi notre filet à papillons, l’euro, etc…

Rassurons-nous donc tout de suite. Car notre Alexandre n’est tout de même pas un sauvage, et il nous le démontre aussitôt :
« La copie est pourtant presque sans faute. Seul grand pays européen à accumuler des excédents courants, l’Allemagne va battre un nouveau record cette année à plus de 190 milliards d’euros. Seul grand pays européen à enchaîner les années de croissance, l’Allemagne a réussi à rattraper puis dépasser son pic d’activité d’avant la grande récession. Et, sans surprise, les prévisions de croissance pour 2014-2015 sont optimistes, au-dessus de la moyenne européenne. »

Nous allons donc, nous aussi, passer de très bonnes fêtes de fin d’année 2013… Petit salut en passant, donc, aux Italiens, aux Espagnols, aux Portugais et, bien sûr, à ces gentils Grecs qui sont aussi les plus enfoncés… par la grâce de Berlin, à qui nous déléguons ce privilège qui nous va très bien… (Déjà Guderian, en 1940, etc., pour en finir avec le Front populaire).

Michel J. Cuny

Document n° 79…
Les sources prussiennes du gaullisme…


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