Quand Charles Gaulle se faisait promener par Konrad Adenauer…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 67)
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Quittons l’exemple de la Bulgarie, et revenons à la colère qui s’est saisie d’Olivier Passet enregistrant sa vidéo du 22 avril 2013 :
« Répétons-le, tout cela est intenable économiquement, mais aussi politiquement. Une stratégie de rupture va devoir faire sauter l’un des trois verrous que j’ai évoqués. Attendre une inflexion de l’Allemagne, même après les élections, est illusoire. Le dumping fiscal et social auquel elle se livre est nécessaire à sa stratégie d’expansion commerciale vers les pays émergents. »

C’est-à-dire qu’elle stabilise ainsi les bases arrière de son impérialisme économique… qui est pour l’instant centré sur l’accumulation des capitaux privés, quitte à minimiser ses ressources d’Etat :
« Elle a dévalué fiscalement rappelons-le en 2007-2008 alors même que son excédent courant excédait 6% du PIB. »

Tout le contraire de ce dont la France serait capable… Or, au moment où il nous parle, Olivier Passet s’est persuadé du fait que ceci n’est plus tenable, sous peine d’une véritable catastrophe à plus ou moins brève échéance :
« Il ne reste dès lors que deux options au gouvernement français. Première option : le coup de poker de la sortie de l’euro. Il ne fait aucun doute que le coût serait élevé. Il ne fait aucun doute que l’affaiblissement de l’appareil productif ne permettra pas un rebond rapide des exportations même avec une monnaie dévaluée. »

C’est dire que, d’une certaine façon, la France serait frappée au cœur… et qu’il lui faudrait du courage et de la détermination pour s’en remettre. Mais au moins serait-elle redevenue responsable d’elle-même. Ainsi, pour Olivier Passet, les dégâts occasionnés par le remède héroïque ne devrait pas nous faire renoncer :
« Non, le principal objectif serait de regagner une liberté de conduite des politiques économiques. »

On peut tout de suite lui rétorquer que cela ne serait que tenter de briser une politique allemande qui vient de très loin : c’est toute l’affaire des manœuvres menées par Konrad Adenauer entre 1958 et 1963 pour enfermer De Gaulle dans cette vanité que nous lui connaissons bien, et qui aura fini par le persuader qu’il était en train de réincarner Charlemagne… C’était, pour lui, tout l’intérêt du traité de Paris (22 janvier 1963)… qui lui a très vite sauté au nez (préambule ajouté par le Bundestag).

Amusons-nous un peu en suivant les travaux publiés, dès 1967, par Edmond Jouve sous le titre Le général de Gaulle et la construction de l’Europe (1940-1966) :
« À la fin de 1962, la réconciliation franco-allemande paraît donc acquise. Ce fait est diversement interprété. Certains considèrent qu’il résulte du complot impérialiste de la haute bourgeoisie monopolistique française et allemande. D’autres soulignent que le chancelier Adenauer en attend des avantages pour Berlin. » (Edmond Jouve, Le général de Gaulle et la construction de l’Europe (1940-1966), tome 1, Librairie générale de droit et de jurisprudence 1967, page 466)

Tout cela était vrai… Mais, au milieu, il y avait le grand benêt qui n’y a vu que du feu, jusqu’au moment où, après ce mai 1968 magistralement piloté par un Daniel Cohn-Bendit resté en liaison étroite avec une certaine Hannah Arendt (aux Etats-Unis), la même haute bourgeoisie monopolistique française et allemande, aidée de la britannique, a sorti le « grand homme » de la place avec l’aide de son entourage rapproché, ainsi que Jacques Foccart devait s’en faire plus tard l’écho…

Cependant que, dès le 15 décembre 1965, Charles de Gaulle avait avoué sans fard, devant le journaliste Michel Droit, l’impasse dans laquelle l’Allemagne avait réussi à l’enfermer, et la France avec lui…
« Nous avons solennellement, et c’était incroyable après tout ce qui nous était arrivé, nous avons solennellement fait avec l’Allemagne un traité de réconciliation et de coopération. Cela n’a pas non plus, jusqu’à présent, donné grand-chose. Pourquoi ? Parce que les politiques sont les politiques des États et qu’on ne peut pas empêcher cela. » » (Idem, page 483)

Effectivement, à force de prétendre jouer au poker menteur… Résultat : nous avons l’Allemagne telle que cette belle Histoire (qu’heureusement les Françaises et les Français ne veulent surtout pas connaître, et qui ne transite que dans les hautes couches de la société) nous l’a livrée…

Dans ces conditions, sortir de l’euro, cela voudrait dire beaucoup de sang et de larmes… Passons alors à l’autre solution proposée par Olivier Passet :
« Deuxième option : opérer un tournant budgétaire et doctrinal aussi important que celui de 1983. Relâcher la cible de la baisse des déficits, rationaliser néanmoins la dépense publique…. Non pour réduire le déficit mais pour s’engager à son tour dans la concurrence fiscale et sociale acharnée qui s’est installée en Europe et afin de financer une relance industrielle massive. La France prendrait ainsi acte de l’absence de coopération en Europe. »

Malheureusement, cette coopération, même quand elle étrangle – et surtout parce qu’elle étrangle – la partie travailleuse ou en chômage de la société française, est bien là… Seul un sursaut de cette dernière pourrait offrir à notre pays une chance d’échapper à l’étau qui s’est refermé sur lui. Mais non, décidément, il n’y a plus nulle part la moindre étincelle de 1917, ou même de 1871. Tout s’est réfugié… en Chine.

Et c’est encore quelque chose que les Françaises et les Français ignorent totalement, jusqu’à n’en avoir pas la moindre intuition…

Michel J. Cuny

Document n° 68…
Cette Allemagne qui va de « miracle économique » en « miracle économique »


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