La monnaie comme arme dans la mise sous tutelle de la Mitteleuropa par les capitaux allemands et autres

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 66)
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Tandis que la France – qui, dans l’Afrique d’aujourd’hui, ne pourrait strictement rien sans les multiples prothèses technologiques états-uniennes – court en tous sens pour se donner cet « arrière-pays » qui lui fait si cruellement défaut dans un contexte impérialiste qui met de plus en plus en question son « modèle social », l’Allemagne extrait tout le suc possible de ce qui est désormais redevenu sa chasse gardée : la Mitteleuropa.

Selon Olivier Passet, la crise de 2007-2008 a marqué un tournant, et tout d’abord du côté des importations des produits qu’elle y fait naître à partir des capitaux qu’elle y a investis : exploitation directe du travail… On voit l’intérêt, pour elle, de la destruction du premier Etat ouvrier et paysan jamais créé au monde… C’est en couleur orange.

Et c’est tout particulièrement sur le fondement de cette nouvelle dynamique que l’Allemagne a pu faire exploser ses exportations… vers les pays émergents.

Suivons encore un peu le raisonnement d’Olivier Passet, avant de le quitter (un court instant)… Pour lui, qui, dans ses vidéos, ne pose jamais la question de l’exploitation du travail (il n’est évidemment pas payé pour cela), le remplacement de l’économie socialiste par l’économie capitaliste ne serait pas spécialement négatif…
« Les pays de l’est y trouvent leur compte en se plaçant dans le sillage allemand. »

Nous allons voir que ce n’est pas aussi simple… Poursuivons…
« Mais cette stratégie a des conséquences désastreuses pour les autres pays de la zone euro. Pour les pays du sud de la zone euro qui n’ont pour seule perspective que de se résoudre à devenir une sorte de « Floride de l’Europe » tant leur appareil productif se disloque.…. pour les pays intermédiaires de la zone euro qui sont à la fois évincés des marchés à l’exportation et disqualifiés des chaînes de valeur allemandes. »

Mais revenons sur l’histoire des PECO, et reprenons-les dix ans avant la crise de 2007-2008 qui aura elle-même débouché sur la consécration de leur mise en valeur par une Allemagne désormais triomphante. Je m’appuierai ici sur les travaux d’un groupe de chercheurs réunis autour de Jean-Pierre Pagé qui avait publié en 1998 un Tableau de bord des pays d’Europe centrale et orientale, où il écrit :
« Les déficits courants des PECO ont pu être financés sans trop de difficultés grâce aux flux de capitaux étrangers qui ont atteint des niveaux très élevés en 1997 (leur montant cumulé pourrait avoir approché 22 md$) avec, toutefois, une forte composante (environ 50 %) d’investissements de portefeuille et de capitaux à court terme avec tous les risques que cela implique en raison de leur volatilité. » (Les Études du CERI – Centre d’études et de recherches internationales – Fondation nationale des sciences politiques n° 49 – décembre 1998, page 7)

On le voit : il s’est d’abord agi de venir… à la soupe, au détriment des populations locales…

Comment cela s’est-il organisé concrètement ?… Pour le faire comprendre, je prendrai le cas du premier des PECO selon l’ordre alphabétique : la Bulgarie, et, toujours d’après le même Tableau de 1998, je considérerai ce que Petia Koleva a pu en dire… Voici le début :
« La crise économique la plus sévère dans l’histoire contemporaine bulgare a éclaté en février 1997 lorsque la monnaie nationale s’est effondrée, l’inflation a atteint 243 % et les ventes industrielles sont tombées en flèche. » (Idem, page 17)

S’agissant d’un « ancien » pays socialiste à la dérive, il n’y avait pas à se gêner…
« Forte du soutien de la population et de l’appui financier du FMI et de la Banque mondiale, la nouvelle majorité a mis en place en juillet 1997 un programme drastique de redressement. » (Idem, page 17)

Mais ce qui nous intéresse davantage, c’est ce qui concerne le Deutsche Mark, c’est-à-dire l’ancêtre de l’euro (qui ne devait devenir monnaie européenne que le 1er janvier 1999) :
« Un taux de change fixe entre le lev et le DM a été établi, dans une proportion de 1000 leva pour 1 DM, dans le cadre du currency board. » (Idem, page 17)

Ces deux derniers mots sont la clef de l’histoire… de l’histoire coloniale… C’est-à-dire la signature de l’impérialisme (allemand, dans ce cas) tel que la monnaie peut en être l’une des principales armes (si ce ne sont les fusils, les avions, les navires de guerre, etc.)…

Consultons le « glossaire international » :
« Le currency board (en français « caisse d’émission ») est un régime monétaire dans lequel la parité de la monnaie nationale est strictement fixe par rapport à une devise étrangère (souvent le dollar) et l’émission de monnaie strictement limitée par le montant des réserves de change dans la devise en question. Plus simplement, la banque centrale perd son pouvoir propre d’émission. La monnaie locale sera émise au fur et à mesure de l’entrée dans les coffres de la banque centrale de la monnaie de référence. Les premiers currency boards ont été mis en place dans les colonies britanniques au milieu du 19ème siècle, surtout en Afrique orientale. » (https://www.glossaire-international.com/)

La nouvelle solidité de la monnaie locale n’a alors pas tardé à se manifester, ainsi que Petia Koleva nous en fait la remarque :
« Le taux d’inflation a baissé de façon spectaculaire après l’introduction du currency board, passant de 243 % en février 1997 à 3,7 % en juillet. » (Idem, page 18)

Mais cet argent devenu si soudainement solide se trouvait dans le plus parfait décalage avec les conditions économiques d’un pays dévasté. Impossible de s’étonner de la suite immédiate de la « réforme » :
« Les paiements d’intérêts élevés sur la dette domestique préexistante combinés à l’afflux de financements internationaux ont résulté en une forte liquidité du système bancaire qui, toutefois, n’a pas profité au secteur réel, les banques préférant couvrir 90 % de leurs passifs par des actifs hautement liquides : placements sur le marché interbancaire ou à l’étranger. » (Idem, page 18)

Quant à ce qui se trouvait tout de même investi dans ce pauvre esquif qu’était devenue la Bulgarie, il ne faisait que former la population locale à sa nouvelle condition d’exploitée par l’un des impérialismes les plus efficaces :
« Les projets industriels peu viables et le flou entourant la propriété des entreprises poussent les banques à accorder des crédits à très court terme et en échange de garanties extrêmement élevées. » (Idem, page 18)

Or, les véritables maîtres ne sont plus bulgares, ou alors, ils ont dû se vendre à d’autres :
« Une grande partie des mesures citées visent à attirer des investissements directs étrangers (IDE). » (Idem, page 22)

Et voici les vainqueurs…
« L’Allemagne demeure le principal investisseur, suivi par la Belgique ; loin derrière viennent les Pays-Bas, les États-Unis et la Suisse. » (Idem, page 22)

Encore ne s’agit-il là que de la Bulgarie…

Michel J. Cuny

Document n° 67…
Quand Charles de Gaulle se faisait promener par Konrad Adenauer…


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