Jamais l’Europe n’aura autant travaillé pour le roi de Prusse et premier empereur d’Allemagne

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 64)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Pour bénéficier, sur la scène internationale, des dents particulièrement acérées de l’euro, la grande bourgeoise française a donc consenti à rejoindre une Allemagne dont il est devenu désormais parfaitement clair qu’elle prolonge la dynamique prussienne de l’époque bismarckienne.

Illustrons cette affaire de crocodiles, en reprenant l’un des graphiques proposés par Olivier Passet dans sa vidéo du 15 avril 2013 : nous y voyons la différence d’évolution du solde commercial des deux pays en dehors de leur zone domestique…

De façon fantasmatique, on pourrait dire qu’en l’occurrence, l’Allemagne aura tout de même mordu dix fois plus vite, ou dix fois plus large, qu’une France qui s’en sort comme elle peut… mais qui n’est pas venue là non plus pour rien.

Mais pour vraiment comprendre le fonctionnement interne de la dynamique de conquête de l’Allemagne, il faut quitter le calcul en termes de solde entre les importations et les exportations, et prendre chacune d’entre celles-ci pour ce qu’elle est. C’est Olivier Passet lui-même qui nous le dit :
« L’analyse des flux est également édifiante sur les choix stratégiques allemands. Les exportations hors UE de l’Allemagne ont progressé de 130 milliards, trois fois la progression française. »

Or, dans cette différence entre les deux baluchons tels qu’ils sont figurés ici, Olivier Passet nous signale qu’il faut compter quelque chose dont Alexandre Mirlicourtois et lui-même nous ont déjà parlé. En effet, nous dit-il…
« Dans le même temps, l’Allemagne a accru massivement ses importations en provenance de l’UE… » sans pour autant tout en consommer elle-même… Prenons cela, tout d’abord, dans le cadre de son match avec la France (autre graphique que nous devons à Olivier Passet), et rejoignons le moment le plus important de sa très précieuse analyse. Si ces importations viennent de l’UE, il faut tout de même y distinguer deux origines bien différentes par rapport aux dents du crocodile allemand : « De la zone euro et de son hinterland… »

Or, cet hinterland…
« C’est de là que provient l’effondrement de son excédent intra-européen. »

Et de là aussi, une partie déterminante de la richesse allemande… et de ses marges de manœuvre stratégiques au plan mondial…

« Une conclusion s’impose : la plateforme européenne des entreprises allemandes leur sert de base pour exporter hors d’Europe. L’Allemagne mobilise ses avantages compétitifs pour accroître ses parts de marché dans les autres zones dynamiques du monde et, bien sûr, en Asie. »

À titre très personnel, je soulignerai ici que voici figurée la preuve manifeste du triomphe planétaire de la ligne prussienne déterminée dès 1862 par Otto von Bismarck tout occupé à arracher, dans l’entretien décisif qu’il eut avec lui le 22 septembre 1862 à Babelsberg, le roi de Prusse, Guillaume Ier, à l’acte d’abdication qu’il venait de rédiger cinq jours plus tôt, avant d’en faire, neuf ans plus tard (1871), l’empereur d’Allemagne dans le château de Versailles (France ?)…

Ainsi ce qu’affirme ici Olivier Passet est bien plus parlant et bien plus vrai qu’il ne le devine sans doute lui-même :
« En d’autres termes, les dirigeants français sont en retard d’une bataille économique ; le regard myope tourné vers le passé proche les empêche de voir que la stratégie allemande est déjà ailleurs. Elle largue progressivement les amarres du marché européen. Comment s’étonner alors que, s’agissant d’Europe, et notamment de rigueur et de divergence économique, Berlin ne parle plus la même langue que Paris ? »

Michel J. Cuny

Document n° 65…
La France et son collier étrangleur tout droit venu de la Prusse de Bismarck


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