La reconquête allemande de la Mitteleuropa est achevée

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 59)
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En tant qu’il réunit une pléiade d’Etats nationaux, l’euro tisse, entre les différents pays concernés, des relations impérialistes déterminées. Les mouvements qui le concernent sur la scène internationale servent aussi à modeler les structures internes des différentes économies en leur fixant une place dans l’ensemble des rapports de force à l’intérieur même de la zone euro.

C’est un aspect essentiel qu’Alexandre Mirlicourtois a choisi de mettre en valeur dans cette vidéo datée du 11 février 2013 sous un titre très bien venu : « L’euro flambe : les forts sont plus forts, les faibles plus faibles »

S’il « flambe », c’est aussi sans doute qu’ « on » le laisse flamber… Qui ?… Et pour quelle raison ?…

Jetons tout d’abord un œil sur les chiffres de la fin de 2012 et du début de 2013…
« En deux mois seulement, l’euro s’est apprécié de plus de 4% face au dollar. Mais ce n’est pas le plus spectaculaire. Face à la livre sterling, le compteur indique près de 6% et face au yen il grimpe même jusqu’à 15%. »

Alexandre Mirlicourtois relève immédiatement un paradoxe :
« C’est le comble pour une région à la traîne de la croissance mondiale depuis des années, et un temps menacée d’explosion. »

Que s’est-il passé pour qu’il en aille ainsi ? Si la montée de l’euro ne correspond pas à l’ensemble de l’évolution de la zone euro au sein des rapports de forces qu’elle noue au plan international, d’où vient qu’elle puisse tout de même se produire ? Pour Alexandre Mirlicourtois, cela ne fait aucun doute :
« Si l’euro remonte, c’est pour de mauvaises raisons. S’il remonte, c’est bien à cause de la passivité de la BCE alors que la guerre monétaire fait rage. »

En effet, la gestion de l’euro est assurée par la Banque centrale européenne… Tout ce qui touche cette monnaie la concerne très directement… Si la trajectoire de l’euro devient aberrante, c’est elle qu’il faut incriminer, quitte à l’entendre avouer son éventuelle faiblesse devant certaines évolutions planétaires… Mais, en l’occurrence, selon Alexandre Mirlicourtois, ce n’est pas cela… Certes, il y a une guerre :
« Guerre des monnaies, guerre des changes, guerre des devises, dévaluation compétitive, tous ces vocables décrivent la même ambition : déprécier sa monnaie pour doper ses exportations et donner un coup de pouce à son économie. »

C’est donc dans cette guerre-là que la BCE refuse de s’engager… Un peu comme cette France de 1940 qui ne voulait surtout pas nuire à une Allemagne qui devait économiser un maximum de forces avant de se retourner contre… l’Union soviétique.

Mais, désormais, il ne s’agit plus d’Union soviétique. Il s’agit de régler des comptes à l’intérieur même de la zone euro…
« En fait, cette absence de réaction est une stratégie. Cette stratégie, c’est celle de l’euro fort. Une stratégie qui répond parfaitement aux intérêts de l’Allemagne et de ses satellites. »

L’Allemagne aurait donc des satellites… un peu comme le soleil. De quoi Alexandre Mirlicourtois veut-il donc nous parler ? Se peut-il qu’un pays ait des satellites ? Et si ces « satellites » doivent à peu près exclusivement tourner autour de lui, de lui seul, peut-il être lui-même autre chose que le titulaire de l’impérialisme le plus caractérisé ?

Si c’est le cas, voyons comme s’expliquerait celui de l’Allemagne… La formulation qu’utilise notre analyste est par elle-même assez curieuse dans la mesure où elle réunit « l’Allemagne et ses satellites » pour aborder le résultat d’ensemble de leur activité et le cadre idéal que leur offre un euro fort :
« D’abord, parce que le haut niveau de gamme de leurs produits (le fameux « Deutsche Qualität ») les place dans une compétition hors-coûts à l’abri, donc, des évolutions de changes. »

Mais, à l’intérieur de ce hors-coûts qui caractérise la façade impériale, il faut savoir reconnaître la marque de la domination qu’offre le champ de l’exploitation – bête et brutale – de l’être humain à travers la structuration pyramidale des rapports plus directement impérialistes. D’où ce second argument d’Alexandre Mirlicourtois :
« Et aussi, et surtout, parce qu’un euro fort diminue le coût des produits intermédiaires importés de la Mitteleuropa. »

Voilà donc à l’avantage de qui l’euro exerce son pouvoir discriminant…
« L’industrie allemande neutralise l’appréciation du change par une baisse de ses prix de production. »

En résumé, et parce que la structure impériale se trouve infligée par certains pays à d’autres à travers le coût d’accès à la monnaie commune :
« Le business model de l’Allemagne consiste à délocaliser une partie de la chaîne de valeur dans les PECO. Et ensuite, à importer des modules aux coûts réduits. »

Quant à la liste complète de ces Pays d’Europe Centrale et Orientale, elle nous rappelle tout à coup le mouvement des troupes hitlériennes parties pour investir… l’Union soviétique : Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, République Tchèque, Slovénie, Slovaquie.

Mais cette fois, ce ne sera pas que momentané… Quant à la France elle-même, où donc en est-elle dans ce nouveau schéma de l’Europe allemande ?

Michel J. Cuny

Document n° 60…
La France qui coule, la France qui surnage, et la France qui fait semblant


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