Ce bain de sang permanent qu’il faut à l’impérialisme…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 50)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Nous avons déjà souligné le joli coup d’épaule qui a permis, en 2008, à un certain Sarkozy de faire basculer la dette privée du côté de la dette publique…

En 1717, le banquier écossais John Law se trouvait donc chargé à la fois d’assurer, à travers la Banque générale, un cours normal à la monnaie dans l’ensemble du royaume, en respectant la proportion voulue entre l’or détenu et les billets émis, mais aussi d’assurer le développement de cette Compagnie des Indes très spécialisée dans le commerce négrier : une vraie mine d’or à ce qu’il paraît… Notons-le aussitôt : si la Banque engageait le pays tout entier, la Compagnie n’était le fait que de grands spéculateurs privés…

Et nous voulons un peu mieux comprendre pourquoi les actuelles multinationales d’origine française ne peuvent qu’être particulièrement choyées par l’Etat français lui-même, au détriment, si nécessaire, des autres producteurs de richesses… qui ont bien besoin de ce fer de lance… pour, de leur côté, exploiter la main-d’oeuvre… de second rang.

Le « système » de Law a fini par s’effondrer, mais rien que d’un seul côté… Et le Sarkozy s’est lui aussi fait virer de façon plus ou moins ignominieuse… Mais les banques françaises ne se portent pas si mal, tandis que l’Etat français en est réduit, lui, à vendre les bijoux de famille (y compris la Sécurité sociale).

De fait, c’est dans le rapport entre l’or en réserve et la quantité de billets émise que le coup d’épaule du temps de la Régence s’est fait. Mais ce qui a été perdu du côté de la finance royale ne l’a pas été pour tout le monde. Voici ce que Philippe Haudrère nous en dit :
« Ces émissions répétées ont eu pour conséquence une inflation qui constitue l’aspect le plus familier du Système, et dont la Compagnie des Indes a largement profité, puisqu’elle a pu acheter du matériel et rembourser des privilèges dont elle conservera ultérieurement le monopole, avec une monnaie dévaluée. » (Idem, page 61)

Mais il y avait un autre processus d’enrichissement indu, non plus seulement au bénéfice de la Compagnie, mais surtout de ses actionnaires… et toujours au détriment de la valeur des billets de banque, et au profit de la grande spéculation qui, nous dit le même historien…
« Appuyée sur l’inflation, porte les cours à un plafond qui varie suivant les catégories des émissions de 9.000 à près de 11.000 livres [de 45 à 55 années de travail]. Ainsi le 29 novembre 1719, les actions entièrement réglées des deux premières créations étaient cotées 9.975 livres, soit 1.975% de leur valeur nominale de 500 livres, et les autres, dont le capital n’était que partiellement versé, étaient cotées en proportion. »

Lorsque, bientôt, le contrôle général des Finances est retiré à Law
« trois conseillers d’Etat [sont] désignés afin de dresser un bilan de la trésorerie de la Banque et de la Compagnie. Le résultat en fut très favorable : la seule Compagnie aurait possédé un fonds de plus de trois cents millions [1.500.000 années de travail]. » (Idem, page 69)

Ce grand vaisseau-là peut décidément partir à l’aventure, à la façon dont le laboratoire pharmaceutique Sanofi partirait à l’aventure sur le tapis rouge qu’aurait alors déployé devant lui cette inénarrable banque : la Sécurité sociale…
(Sur ce dernier point, je renvoie à ce que j’ai écrit ici)

C’est alors que Joseph Pâris-Duverney parut être l’homme nécessaire ainsi que la fine équipe qu’il entraîne derrière lui : ses trois frères, le jeune Voltaire, et la petite dernière qui ne fait encore que naître (29 décembre 1721) : Jeanne-Antoinette Poisson, future marquise de Pompadour.
(Sur ce dernier point, je renvoie à ce que j’ai écrit ici)

Et la Compagnie des Indes… comment ça marche ? À la chair humaine, d’abord, ainsi que nous l’avons déjà dit… Mais aussi à quelque chose qui ressemble un peu à de l’or… Voyons cela, toujours grâce à Philippe Haudrère, en faisant d’abord un petit détour :
« Par arrêt du 12 septembre 1720, la compagnie y avait acquis le monopole du commerce des nègres et celui-ci offrait un triple avantage : il permettait d’écouler les noirs du Sénégal et de Guinée ; il donnait des retours en marchandises coloniales, et si les vaisseaux négriers ne parvenaient pas à embarquer la totalité des produits, il serait possible d’utiliser les embarcations armées pour la Louisiane, afin de leur procurer du fret de retour ; et surtout Saint-Domingue était un relais sur la route de l’argent américain. »

L’argent des Amériques !… dont Saint-Domingue était alors, en quelque sorte, la plaque tournante :
« Pratiquement sa monnaie était la piastre ou la pièce de huit réaux frappée à Mexico ou au Pérou, et la Compagnie par sa puissance commerciale pouvait espérer attirer ce métal dans ses caisses. » (Idem, page 102)

Tiens, tiens, cette piastre… qu’on aura vu connaître de nouvelles heures de gloire à travers la guerre d’Indochine si gentiment mise en chantier par Charles de Gaulle en septembre 1945… 
(Sur ce dernier point, je renvoie à ce que j’ai écrit ici)

Et comme en Indochine, mais à moindre frais – rappelons que cette guerre-là, achevée par la catastrophe de Dien Bien Phû en 1954, aura coûté, rien que pour notre pays, la bagatelle de 35.000 morts et 105.000 blessés -, Saint-Domingue a été un échec retentissant…

Mais, il y avait encore le Sénégal et la Guinée, nous rappelle Philippe Haudrère :
« Les régisseurs de la Compagnie espéraient beaucoup de ce trafic, et ils entreprirent l’affaire sur un grand pied : entre 1723 et 1726, furent envoyés une soixantaine de vaisseaux qui traitèrent plus de dix-huit mille noirs, et pourtant, malgré l’importance des capitaux engagés, ils n’obtinrent pas les bénéfices espérés. La raison en est une moralité considérable : le département du commerce observa en 1725 que, pour introduire 9.300 noirs, il fallait en traiter au moins 11.000 et souvent davantage. Certaines expéditions furent catastrophiques, ainsi l’Alexandre, parti de Guinée avec trois cents noirs arriva à Saint-Domingue en ayant perdu deux cents et le reste en si mauvais état qu’il dut séjourner dix mois dans l’île avant de parvenir à les vendre ; le Mercure, arrivé à la Martinique en 1725, perdit cent-soixante nègres sur un total de trois cents, et le Duc de Noailles, armé en 1722, traita 332 esclaves et en vendit 226. » (Idem, page 112)

Mais l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen d’aujourd’hui… n’est-ce pas bien mieux encore ?

Michel J. Cuny

Document n° 51…
Ce cher Karl Marx qui nous revient par la Chine de Xi Jinping


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