L’origine lointaine de nos chers (très chers pour les peuples !) paradis fiscaux…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 49)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Pour mieux comprendre ce qu’est le mode de vie général des multinationales d’aujourd’hui et le pourquoi des paradis fiscaux qui leur assurent ce contexte précis dans lequel elles peuvent venir régulièrement se ressourcer avec le plein accord des plus importants Etats impérialistes, nous pouvons faire un petit bond en arrière qui couvrira la bagatelle de trois siècles… John Law venait de créer la Banque générale (1716) et la Compagnie d’Occident (1717), celle-ci servant de grand corsaire pour donner à celle-là le moyen de faire se perdre dans la nature les dettes de l’Etat royal…

Dans le tome premier de l’ouvrage extrêmement documenté qu’il a publié en 2005 aux Indes Savantes, sous le titre La Compagnie française des Indes, Philippe Haudrère écrit :
« Outre l’espoir lointain d’une spéculation avantageuse, il est probable que ces financiers voyaient dans la Compagnie d’Occident un moyen de placer les papiers d’Etat, dont ils étaient encombrés, et qui perdaient jusqu’à 70% sur la place. » (page 44)

Ceci se comprend lorsque l’on ajoute que les actions de la Compagnie pouvaient être réglées, pour un quart, en argent et, pour les trois-quarts restants, en billets de l’Etat… L’un des bateaux coule : on prend le suivant… qui prétend, peut-être, à plus de solidité…

En tout cas, un privilège royal permet dès le 23 mai 1719 à la nouvelle Compagnie de récupérer, au titre de l’ « édit de réunion », à la fois les monopoles de commerce de la Compagnie des Indes orientales et de la Compagnie de la Chine, tandis qu’elle-même reçoit, à l’instant même, le titre de « Compagnie des Indes ».

Pour s’assurer une assiette financière plus ample, elle réalise alors une émission d’actions nouvelles au prix de 550 livres (presque trois ans de travail pour un manouvrier parisien)…

À ce moment-là encore, Law – tellement bien parti – est persuadé du fait qu’un phénomène retentissant ne va pas tarder à se produire. Voici ce qu’en dit Philippe Haudrère :
« Law voulait faire attribuer à la Compagnie, outre les privilèges commerciaux, la perception de tous les revenus de la Couronne ; en contrepartie, elle devait se charger des dépenses de l’Etat et du remboursement de ses dettes. L’avantage en serait double : une simplification de la perception des revenus, avec la « disparition de cette foule de receveurs, commis, directeurs, trésoriers, fermiers et sous-fermiers » ; ensuite le remboursement des dettes de l’Etat, avant tout les rentes, dont le chiffre considérable immobilise des capitaux, permettant de libérer des fonds susceptibles d’alimenter le débouché plus lucratif des actions, et que la compagnie pourra employer à la restauration de l’économie française. » (Idem, page 49)

On le voit : il s’agissait de faire, de la toute neuve Compagnie des Indes, le fer de lance d’une part essentielle de l’économie du royaume de France… Rien moins.

En effet… Privilège, d’un côté, qui permet de naviguer à l’aise sur les mers du monde, mais, de l’autre, amélioration substantielle des performances à l’intérieur même du pays grâce à l’exportation d’une quantité importante de sa production…

Et si, de plus, par le biais des finances d’Etat, la Régence-Royauté pouvait tomber dans les mains des quelques plus gros d’entre ces investisseurs de haut vol (où on retrouvera bientôt un certain Voltaire enrichi par ses heureuses spéculations sur la dette publique en France, en Lorraine et même en Prusse), le capitalisme commercial et financier serait en passe de devenir, avec ses petits copains d’Angleterre plus particulièrement, le véritable maître du monde !…

Toutefois, car il y a un « toutefois » que nous livre Philippe Haudrère… qui se trompe peut-être de main… :
« Toutefois, ces projets consistant à mettre dans la main du roi, par la Compagnie des Indes, la perception des impôts, constituaient une grave menace pour la finance traditionnelle qui vivait de cette perception.  » (Idem, page 49)

Laissons cela, et passons à ce sur quoi portaient les fameux privilèges qui n’étaient pas encore liés aux paradis fiscaux, et peut-être pas seulement pour cette bonne raison qu’ils concernaient une forme d’enfer dont il n’est pas très sûr qu’il n’existe pas encore pour partie aujourd’hui. Retenons qu’en ce temps-là, il ne contrariait ni la monarchie de droit divin, ni celle de droit anglican, ni la papauté elle-même… et passons à ce que nous en dit l’auteur que nous suivons aujourd’hui pas à pas :
« La Compagnie des Indes fut d’abord subrogée, moyennant le versement d’une indemnité de plus de six millions de livres, aux droits de la Compagnie de Saint-Domingue, révoquée quatre mois auparavant. On espérait beaucoup de la traite des noirs, dont la Compagnie annonçait qu’elle pourrait transporter trente mille dans l’île dans les quinze années à venir. » (Idem, page 51)

Mais on pouvait également « espérer » ailleurs :
« Le second privilège, celui de la traite exclusive des nègres sur la côte de Guinée, depuis la rivière de Sierra Leone jusqu’au cap de Bonne-Espérance, que la Compagnie avait exercée jusque-là « en concurrence avec les particuliers », découle de la décision précédente. La mesure était justifiée, selon la Compagnie, par la forte augmentation du prix des esclaves à la suite de l’afflux des commerçants sur cette côte, depuis que le commerce en avait été déclaré libre en janvier 1716. » (Idem, page 51)

…Ce qui ne pouvait bien sûr pas encore découler d’une décision du GATT ou de l’OMC…

Michel J. Cuny

Document n° 50…
Ce bain de sang permanent qu’il faut à l’impérialisme…


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