L’euro et la vérification, dans sa zone Sud, des mérites respectifs des différents impérialismes…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 45)
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Grâce à la vidéo qu’Olivier Passet a publiée le 18 octobre 2012 sur le site de Xerfi Canal ((https://www.xerficanal.com/), nous allons pouvoir scruter d’un peu plus près la hiérarchisation de caractère impérialiste dans laquelle les différents pays de la zone euro se trouvent embarqués sous l’égide de l’Allemagne. Evidemment, ce langage-là n’est pas le sien… Mais ce qu’il nous dit va très vite nous faire saisir de quoi il s’agit… Tout commence par cette question :
« Coordonner les politiques économiques européennes serait-il un rêve qui devient secrètement une réalité ? »

Dans l’optique qui est la sienne, Olivier Passet souhaiterait voir se mettre en oeuvre une collaboration telle que, peu à peu, les citoyennes et citoyens de la zone euro voient leurs statuts économiques se rejoindre, tout en conservant, bien sûr, telle ou telle caractéristique qui fait tout le charme de la diversité… Il s’agirait donc de développer une solidarité active qui tournerait au bénéfice de la démocratie réelle d’un bout à l’autre de l’ère géographique concernée…

C’est bien lui qui parle de « rêve »… Autrement dit, il semble plutôt parti pour finir par devoir nous parler de « cauchemar »… Mais, patience…

Olivier Passet commence par établir la nécessité de traitements différenciés : offrir plus aux pays qui sont en arrière, moins à ceux qui sont en avant…
« Se coordonner, c’est surtout ne pas suivre tous la même politique en même temps… c’est suivre des politiques dissemblables mais complémentaires pour atteindre, le plus vite possible et à un moindre coût, un objectif commun. »

Dans quel champ pourrait jouer cette forme de solidarité ?… Mais est-ce bien de la solidarité ? Autrement dit : la solidarité comporte-elle un tel critère de convergence ? Pour tous ceux qui sont rompu à la lecture d’Auguste Comte (1798-1857), d’Alfred Fouillée (1838-1912) ou de Léon Bourgeois (1851-1925) – restons-en à ces trois-là -, il ne peut absolument pas en être question… Tout au contraire.

La solidarité, c’est de savoir recracher ce que vous devez, et jusqu’au dernier sol… Prenons Léon Bourgeois dans le livre Solidarité qu’il a publié en 1896 chez Armand Colin :
« Il s’agit pour les hommes, associés solidaires, de reconnaître l’étendue de la dette que chacun contracte envers tous par l’échange de services, par l’augmentation de profits personnels, d’activité, de vie résultant pour chacun de l’état de société ; cette charge une fois mesurée, reconnue comme naturelle et légitime, l’homme reste réellement libre, libre de toute sa liberté, puisqu’il reste investi de tout son droit. »

Le droit d’aller se faire foutre…

En attendant, Olivier Passet imagine pouvoir s’avancer sur le terrain des salaires… Pourquoi pas ?… Rêvons ensemble…
« Dans la zone euro,  il n’est peut-être pas si difficile d’esquisser ce que serait la voie la moins coûteuse pour la croissance et l’emploi. Les pays du Sud sont en effet en panne de compétitivité. Ils doivent diminuer leurs coûts de production. Les pays en excédent peuvent atténuer l’effort des premiers en lâchant du lest sur les salaires … cela apporterait de l’oxygène aux économies asphyxiées. »

Finaud, Olivier Passet voudrait introduire ici la petite dialectique salaires-prix qui amortit le choc induit par la hausse des salaires en s’en remettant à la dégradation de la valeur de la monnaie… le tout s’inscrivant dans une hausse des prix à la consommation… On voit déjà la grimace de l’euro et, derrière lui, de l’Allemagne… Et c’est justement par ce côté-là que notre analyste voudrait introduire son coin…

« L’écart d’inflation cumulé entre les pays du Sud et l’Allemagne, a été compris entre 10 et 20 % entre 2000 et 2009. On mesure donc le chemin à parcourir. La tâche du sud serait grandement facilitée si l’inflation allemande était plus élevée. »

Illustrons les enjeux de ces écarts d’inflation avec l’Allemagne : ils montrent comment, au fil du temps, pour un obtenir un même euro, un différentiel de pédalage s’introduit selon le pays dans lequel on se trouve… A ce rythme-là, les Grecques et les Grecs seront bientôt de véritables champion(ne)s !… À moins que leur bon cœur ne finisse pas lâcher… ou bien que l’écart d’inflation ne se trouve réduise par une augmentation des salaires en Allemagne et, tant que nous y sommes, en France…

Mais… Mais, ce serait pousser ces deux derniers pays à porter un grave préjudice à la puissance impérialiste dont ils disposent à l’intérieur de cette fameuse zone euro comme dans le vaste monde… D’où cette réflexion désabusée d’Olivier Passet à propos du rêve qu’il vient de faire :
« Il s’agit là du meilleur des mondes. Celui qui n’existe pas… celui où le contribuable … et bientôt l’électeur allemand… serait disposé à soulager la pénitence de ses voisins. »

C’est que les différences en question dessinent une structure qui est l’essentiel du système d’exploitation des travailleurs de la zone euro. Ces différences, c’est justement l’étalon monétaire qui permet d’aller les chercher au plus profond des diverses sociétés nationales, sans jamais en perdre le moindre détail. Car c’est le taux de profit qui est lui-même en question dans toute cette affaire… Et ce sont décidément les petites rivières qui font les grands fleuves que l’on voit se promener ensuite tout autour de la terre rien que comme de grands fauves avec des dents qui ne sont pas les mêmes d’une année à l’autre… et c’est là tout le suspens qui agite, de seconde en seconde, la finance internationale…

Ainsi Olivier Passet est-il bien gentil de croire pouvoir écrire ceci :
« Mais on le sait, faute de vouloir se coordonner, les pays de la zone euro, sous l’égide de l’Allemagne, ont préféré se fixer des règles communes. »

Ce qui revient à croire que le chien choisit de porter un collier, et celui-ci plutôt que celui-là… En fait, c’est l’Histoire de chaque pays qui a décidé de sa place dans la chaîne impérialiste. Encore cela ne vaut-il que pour l’ensemble productif qu’il représente. Quant à ceux qui sont, au sein de chaque pays, propriétaires des principaux outils de production, la finance internationale les intègre selon des critères très adaptés à chacun d’eux : ce qui est encore une autre Histoire que celle du pays dont ils continuent tout de même à porter l’étiquette…

Quant à l’euro, nous voyons bien comment il réunit des pays sous son égide tout en s’offrant lui-même comme un outil extrêmement fiable qui permet de bien distinguer chacun selon ses mérites dans le grand oeuvre en quoi consiste l’exploitation de l’être humain par l’être humain.

Michel J. Cuny

Document n° 46…
Profit et rente immobilière : quelles différences ?


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