France : la fin d’un monde…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 38)
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Nous revenons, avec Olivier Passet, sur la situation paradoxale de l’économie capitaliste telle que nous la connaissons depuis quelques années… Les monceaux de monnaie jetés sur le marché du crédit par les Banques centrales refusent de se traduire en inflation tout autant qu’ils refusent de s’investir dans la création de richesse, c’est-à-dire dans l’exploitation directe de plus de travail… La machine paraît pourtant fonctionner à merveille puisque, rien qu’avec le rythme très modeste qui est le sien, les plus grosses fortunes s’accroissent à toute vapeur…

Cependant, de façon générale, l’avenir ne dit rien qui vaille à celles et à ceux qui se voudraient créatifs… Ils n’ont pas tort, à ce qu’il semble : les taux d’intérêts sont au plus bas… Il vaut mieux ne suivre que les pistes de l’argent facile… Pour les grands projets, on repassera…

Comment Olivier Passet explique-t-il l’ensemble de cette étrange situation ? Sa réponse est double, et sans doute est-elle hâtive… Elle ouvre des pistes qui ne nous conduisent qu’au pis-aller des facteurs psychologiques… Ce qui est, évidemment, un peu court… Mais voyons cela… Pourquoi, au lieu de l’inflation attendue, rencontrons-nous ce qui ressemble, comme deux gouttes d’eau, à de la déflation ? Première hypothèse :
« Un, cela provient du manque de crédibilité des banques centrales en matière, paradoxalement, d’accélération de l’inflation… La liquidité injectée ne modifie en rien les anticipations des agents… »

Chat échaudé… On se dit qu’il doit y avoir un truc… Peut-être la Banque centrale européenne – pour ne parler que d’elle – fait-elle de grands sourires rien que pour piéger quelques aventuriers en inventant des facilités de crédit qui se transformeront bientôt en sangles qui vous étranglent l’affaire en moins de deux… Ainsi, selon Olivier Passet, tout va maintenant à l’envers :
« En vérité, plus personne n’a vraiment peur de l’inflation, mais chut ! il ne faut pas le dire… »

Car, quand on le dit, les chiffres de l’inflation anticipée sombrent dans le dernier ridicule :
« D’ailleurs, certains produits financiers indexés permettent de reconstituer les anticipations d’inflation des investisseurs à 10 ans… et ces anticipations avoisinent 1,5 %. »

Voici, maintenant, l’autre hypothèse :
« Deux, les liquidités injectées par la BCE sont neutralisées … Elles sont mises en réserve par les banques, elles n’irriguent pas l’économie. »

Ce qui revient à dire qu’elles se refusent à travailler, elles aussi… elles surtout. Alors, où va ce monde du capital-argent qui refuse de se transformer en capital productif ?

Et voici qu’Olivier Passet s’embarque vers le grand large…
« L’économie mondiale vit en effet sous un excédent d’épargne, qui constitue une véritable indigestion. C’est Ben Bernanke, patron de la FED, qui avait fait ce diagnostic dès 2005… Cet excès d’épargne des seniors et les réserves des pays émergents affaiblissent la demande. En d’autres termes, trop d’épargne, c’est pas assez de demande, et donc des surcapacités de production. Tout cela se traduit in fine par des tensions déflationnistes et des taux d’intérêt très bas. »

Constatons que la première phrase est tout ce qu’il y a de plus hasardé… De fait, Olivier Passet ne nous parle là que du monde des propriétaires du capital-argent, ce qui n’est pas tout le monde… Ensuite, en qui ce qui concerne le reste du monde…, c’est-à-dire ce qui échappe désormais à l’exploitation capitaliste du travail, et ce qui, d’une certaine façon, fait défaut à son rôle de demandeur de produits dans un contexte défini par le capitalisme et rien que par lui, ce sont, d’une part, les divers pays (Irak, Libye, Syrie, pour ne retenir que ces trois-là) qui ont été ravagés par les guerres survenues depuis l’implosion de l’URSS, mais ce sont aussi et surtout tous les pays – dont la Chine elle-même – qui reçoivent peu à peu l’impact protecteur du système chinois et des spécificités du socialisme à la chinoise…

Toutefois, même si ce paragraphe que je viens d’écrire n’est absolument pas de son tonneau, Olivier Passet ne peut s’empêcher de faire cette constatation plus ou moins accablante pour le système occidental :
« La crise nous enferme toujours plus dans ce cercle vicieux infernal. Les  montagnes de liquidités injectées par les banques centrales n’y changent rien… »

Or, raisonnant comme si l’étouffement des salaires qui est sous-jacent à ce miracle des grandes fortunes qui s’accroissent sans cesse sur les retombées continuées de l’effondrement des classes travailleuses désormais complètement livrées à elles-mêmes depuis que l’Union soviétique et les divers partis communistes occidentaux sont partis en quenouille, Olivier Passet croit pouvoir s’avancer sur ce terrain que le cours de l’Histoire de l’Allemagne moderne n’ouvrira jamais pour faire plaisir à cette petite France pour laquelle elle n’a que le plus grand mépris, et à si juste titre…
« Il reste cependant une possibilité… une opportunité  si vertueuse que personne n’ose y croire, ni même y penser…. En effet, si l’on ne sait plus créer d’inflation d’origine monétaire… il reste la possibilité de provoquer de l’inflation directement par les salaires. Si l’on y réfléchit bien, un peu d’inflation salariale en Allemagne et dans le Nord de l’Europe corrigerait les écarts de compétitivité en Europe…. et stimulerait la demande. Mais bien plus, cette inflation venue du nord provoquerait une dépréciation progressive des dettes du sud…. »

Non, les dettes en face de l’Histoire de son propre pays, cela se paie, et toujours au prix fort… Voilà ce que la France commence à vérifier en se découvrant sans le moindre avenir.

Michel J. Cuny

Numéro 39…
Cette vieille France qui se rit de nos ignorances


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