Face à la catastrophe, il ne suffira pas de lire l’Histoire de France en bandes dessinées ou de ne pas la lire du tout…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 37)
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Au-delà de la peur que l’inflation suscite, tour à tour, chez la majorité des spécialistes de l’économie et chez les créanciers, Olivier Passet envisage maintenant un autre handicap qui est susceptible de la frapper :
« Le troisième frein, le plus souvent évoqué, est celui des banques centrales. »

Autrefois, la qualité de la monnaie de chaque pays était remise à la garde de sa Banque nationale qui devait donc disposer d’une certaine indépendance par rapport à un pouvoir exécutif toujours plus ou moins porté à s’engager dans des dépenses qu’il pouvait espérer honorer en demandant à sa Banque de lui ouvrir encore un crédit, et puis un autre… Si l’argent jeté dans le pays à travers le gonflement du budget de l’Etat ne se traduisait pas par une production économique équivalente ou supérieure, il perdait lui-même de sa valeur en face de chaque produit qui représentait, dès lors, une quantité de monnaie supérieure, le tout se traduisant par une hausse des prix plus ou moins échevelée…

Dans cet ancien contexte, la création monétaire – c’est-à-dire l’ouverture de crédits pour la politique économique menée par le gouvernement – servait d’accélérateur à la rotation des capitaux engagés dans le cycle de production des richesses. À l’inverse, elle jouait contre les détenteurs de capital-argent, c’est-à-dire contre les prêteurs engagés seulement à retirer, du travail mis en oeuvre par les entrepreneurs, un intérêt fixé d’avance.

Chez nous, la Banque de France (créée en 1801) a été, pendant un siècle et demi environ, dans les mains des patrimoines d’origine industrielle les plus importants, dont  les Schneider et Wendel qu’on retrouve derrière Charles de Gaulle dès que la Banque de France leur échappe de façon assez sensible au moment du Front populaire et plus tard. C’est-à-dire qu’ils se sont rabattus sur un Etat français qui, après 1958, ne dépendait plus d’un vrai contrôle parlementaire.

Mais, aujourd’hui, l’Etat français est combiné avec la domination de l’Allemagne sur le système européen dans son ensemble. Or, c’est bien ce dernier pays qui a transféré sur la Banque centrale européenne (BCE) l’essentiel des pratiques monétaires qui sont les siennes depuis la réforme Schacht (1932) qui a débouché sur la création d’une monnaie forte dont on a vu l’usage que pouvait en faire le régime hitlérien immédiatement après (1933)…

Penché sur la situation actuelle, voici ce qu’Olivier Passet ne peut manquer de constater :
« La politique monétaire surplombe désormais la politique budgétaire. En zone euro, on peut même parler de domination de la politique monétaire. Le financement monétaire des déficits n’est donc plus à l’ordre du jour… »

Comme si le capital productif n’avait plus à effectuer les rotations si bien décrites par Karl Marx pour faire apparaître les lieux de création de cette plus-value qui permet, en étant arrachée au travail, de pratiquer une accumulation de capital et de repartir pour une nouvelle boucle de production… De fait, ce sont les lieux de production qui se sont déplacés, mais pas la méthode… Le capital-argent est censément dans les pays « riches ». Il faut donc périodiquement le jeter à l’extérieur (à travers les paradis fiscaux si possible) pour qu’il puisse aller y puiser cette plus-value qui est restée le nerf de la guerre (si l’on peut dire).

Globalement, en nos qualités de Françaises et de Français – et parce que nous appartenons à la sphère impérialiste – nous n’aurions plus qu’à attendre que cela tombe régulièrement sur nos comptes en banque… Mais l’impérialisme a, bien sûr, une face qui est tournée vers son intérieur… et voilà qu’il y gère une misère dont le niveau monte avec une rapidité tout à fait… rassurante… pour lui… C’est toujours autant qu’il ne dépense pas pour ses propres peuples qui ne pourront plus que travailler de moins en moins… faute de disposer du moindre outil matériel ou intellectuel…

Et pendant ce temps-là, comme l’écrit Olivier Passet :
« […] pour sauvegarder la liquidité du système financier, les banques centrales sont bien obligées d’acheter des titres publics à tour de bras et injectent à grand flot de la monnaie dans le système. La liquidité des banques a progressé de 24 % en 2011… Depuis, elle a encore bondi de 35 % ! »

Comment cela peut-il ne pas accélérer la rotation du capital jusqu’à des vitesses démentielles ? Tout simplement parce que c’est ailleurs que cela se passe – en Chine, tout particulièrement -, mais sous des modalités qui ne sont pas du tout celles qui conviennent ordinairement au capitalisme. J’y reviendrai en temps voulu…

Alors cet argent jeté à tour de bras, pourquoi ne suscite-t-il pas une inflation plus ou moins catastrophique ?
« Pire, pourquoi penchons-nous vers une déflation qui alourdit la dette ? »

Sans doute est-ce que l’euro est bien fait… Mais, comme ces questions-là sont plutôt compliquées et qu’elles exigent une connaissance assez détaillée d’une histoire économique et politique dont plus personne ne veut vraiment se soucier en France, il vaut mieux se ranger autour des ronds-points en se couvrant de jaune… et hurler « au loup » !… Si ça gagne pas, au moins ça débarrasse !…

Il ne faudra toutefois pas compter sur Olivier Passet pour s’en tenir là. Quoi qu’il en soit du caractère parfois un peu convenu de ses prises de position, il nous aidera – tout comme Alexandre Mirlicourtois – à affiner notre sens critique, ce qui ne sera pas toujours de la tarte !…

Michel J. Cuny

Document n° 38…
France : la fin d’un monde


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