Ne jamais perdre de vue que l’extrême violence des luttes de classe est inscrite au cœur même la monnaie…

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 36)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Plutôt que de se laisser fasciner par la dette publique et d’offrir à celle-ci le privilège de servir de baromètre à l’orthodoxie économique allemande, ne serait-il pas possible de la démembrer peu à peu en la soumettant à une inflation contrôlée ? Voici donc le débat qu’Olivier Passet a décidé de soulever dans sa vidéo du 2 octobre 2012 :
« Premier frein… le frein intellectuel. L’idéologie dominante voit en l’inflation un poison. »

Il est vrai qu’en tant qu’elle est un instrument de mesure de la valeur économique, une monnaie ne peut qu’être une affaire sérieuse… très sérieuse. Qu’on imagine un mètre qui se déforme… Comment savoir la hauteur réellement franchie par un perchiste (5 mètres 50 ou 6 mètres 10) ?… Qu’on imagine que ce qui a servi à mesurer le 100 mètres aux Jeux Olympiques de Tokyo (1964) ne soit pas identique à ce qui sera utilisé à Paris en 2024…

Mais, si elle est un instrument de mesure, la monnaie est aussi un instrument qui rend compte de rapports de forces. Le créancier souhaiterait voir sa valeur augmenter avec le temps : au moment de le rembourser, ce serait au débiteur d’en payer le prix… un débiteur qui ne pourra donc que chérir tout particulièrement la moindre possibilité d’une inflation qui, si elle devenait galopante, serait pour lui une véritable bénédiction !…

Entrons maintenant dans la sphère politique… Si la classe des créanciers peut s’entendre avec l’Etat, elle le poussera à adopter des mesures déflationnistes… À l’inverse, placée à la tête de l’Etat par l’intermédiaire de quelques affidés, la classe des débiteurs y pratiquera une politique inflationniste aussi débridée que possible.

Or, au fond de la valeur économique, il y a la question du temps de travail incorporé dans les produits à l’échange desquelles la monnaie préside… De ce fait – et parce que la force de travail elle-même sera rémunérée en monnaie, tout autant que les matières premières, les instruments de production et la plus-value extorquée par le capital au travail -, si l’on est en mode capitaliste de production, il est assez clair que les échanges monétaires se situent aux frontières des diverses classes sociales, et que le contenu de valeur des biens ou du travail échangés est directement lié à la stabilité ou, au contraire, à la labilité à double sens de la monnaie… Il est, dès lors, tout à fait concevable que les affrontements dont elle sera l’occasion puissent être cruciaux… même s’il ne s’agira encore que de commerce, de contrats, de chèques, de comptes en banque, etc…

Que dire des combats autour des monnaies nationales ?… Et de ces autres enjeux d’une extrême gravité qui, sous l’apparence d’une monnaie unique, se manifestent de façon très vive pour les citoyennes et les citoyens qui en subissent les effets réels au jour le jour, comme pour les spécialistes qui en font un objet d’étude  ?

Or, justement, Olivier Passet est un de ces derniers… et voici ce qu’il nous dit :
« Le deuxième frein…c’est celui des créanciers. Une large part de la dette est détenue par les seniors ou par des fonds destinés au financement des retraites. La population vieillit… et la rente représente une part croissante de ses ressources…. »

Ce qui aurait tendance à ramener la lutte des classes à un simple affrontement intergénérationnel… À moins que ce ne soit aussi, pour notre analyste, une façon prudente de ne pas prendre de face le grand capital allemand et sa longue histoire… en ne voulant voir, dans la politique menée outre-Rhin dès l’époque de Bismarck, que l’affaire de retraités…

Or, Olivier Passet n’ignore manifestement pas tout de ce que peuvent être des rapports de classe, même s’il en noie les effets dans une masse indistincte de propriétaires où il n’y aurait plus, pour finir, que des « ménages », c’est-à-dire : tout le monde… 
« Nous sortons d’un épisode de plus de 15 ans d’inflation des actifs et de rendements financiers supérieurs à la croissance économique. Les patrimoines mobiliers et immobiliers représentent presque 6 ans de revenu des ménages contre 3 ans en 1995… »

Toutefois, si l’appropriation patrimoniale a connu le choc que nous révèle le graphique qu’il nous offre, très certainement elle n’a pas été le fait de l’ensemble de la population qui vit sous cette bannière si célèbre et si trompeuse : liberté, égalité, fraternité…

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que ces heureux propriétaires ne tiennent pas spécialement à être remboursés en monnaie de singe au moment de vendre leurs obligations, leurs actions ou leurs immeubles et autres propriétés en dur…

En sens inverse, et comme le souligne Olivier Passet :
« L’inflation est indubitablement une modalité radicale de transfert en douceur des créanciers vers les débiteurs… »

Nous attendons la suite de pied ferme…

Michel J. Cuny

Numéro 37…
Face à la catastrophe, il ne suffira pas de lire l’Histoire de France en bandes dessinées ou de ne pas la lire du tout


Une réflexion sur “Ne jamais perdre de vue que l’extrême violence des luttes de classe est inscrite au cœur même la monnaie…

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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