De la diversité des rapports de classe selon que l’on est en France ou en Allemagne

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 32)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Et c’est ici qu’Olivier Passet fait son entrée en scène avec la vidéo qu’il a publiée sur le site de Xerfi Canal (https://www.xerficanal.com/) le 15 septembre 2012 sous le titre : « Politique de l’emploi : la France persévère dans l‘erreur » qui donne immédiatement la tonalité de fond de nombre de ses interventions… Il veut croire qu’il pourrait y avoir des erreurs, et que ces erreurs auraient pu être corrigées si leurs auteurs avaient été mieux éclairés, ou plus précautionneux… Ce qui, d’ailleurs, n’enlève rien à la qualité de son argumentation.

Pour cette première fois où il opère sous nos yeux, voici comment il s’engage dans la bataille :
« Sur le front de l’emploi, la nouveauté ce sont les contrats d’avenir et les contrats de génération. Mais la philosophie du traitement social du chômage en temps de crise reste inchangée quelle que soit la couleur du gouvernement. »

Ici donc, c’est l’ensemble du personnel politique de ce qu’on appelle les « partis de gouvernement » qui est mis en cause et qui ne peut pas espérer qu’on lui fera le moindre quartier. Mais pour quelle raison plus précise ? Parce que, à l’exemple des aides précédemment annoncées par d’autres majorités, les nouvelles ont une caractéristique qui inquiète Olivier Passet :
« Notamment parce qu’elles concourent à une politique d’aide déjà massivement orientée vers les moins qualifiés. »

Il est vrai que l’âme charitable qui veille certainement en chacune et chacun de nous tend à nous convaincre de ce que toute aide apportée aux plus malheureux est certainement une bonne chose… Pourquoi donc Olivier Passet se risque-t-il à tenter l’aventure de se désolidariser de nos bontés ordinaires ?… Car, tout de même…
« Par nature ces dispositifs d’aide visent les populations les plus vulnérables…. les moins diplômés ou les moins expérimentés ou les plus déclassés.  Avec une certaine efficacité d’ailleurs. Ces politiques ont réussi, depuis 1994, à stopper la baisse tendancielle de l’emploi peu qualifié dans l’emploi total. »

N’est-ce pas une très bonne chose ?… Voilà pourtant ce qui pourrait nous mettre un peu la puce à l’oreille :
« Il faut savoir que la France détient un taux d’emploi des moins diplômés parmi les plus élevés
d’Europe…. Mais aussi un taux d’emploi des plus diplômés parmi les plus faibles d’Europe. »

Sur les deux graphiques qu’il nous offre, la barre de couleur orangée nous indique la place de la France parmi l’ensemble des pays européens…

Et voici ce qu’il reproche à ce résultat plutôt significatif :
« Autrement dit, la France mobilise 2,4 % de son PIB à enrichir sa croissance en emplois peu qualifiés. »

N’est-ce pas là une grande marque d’esprit charitable ?…D’ailleurs, au sein même de l’OCDE – réunion des Etats capitalistes occidentaux – elle n’est pas seule à s’être engagée sur cette piste de très grande solidarité nationale…
« […] c’est le cas de la Belgique, et dans une bien moindre mesure de l’Irlande et du Royaume-Uni. »

Ah bon, rien que ces trois-là ?… Oui, se récrie Olivier Passet, qui s’emballe bientôt :
« Tous les autres pays appliquent des taux constants…. Voire même des taux décroissants avec le salaire : c’est le cas notamment de l’Allemagne, de la Corée, des Pays-Bas, des Etats-Unis….et j’en passe. »

L’Allemagne, tiens-donc… qui tend, comme de bien entendu, à favoriser son élite ouvrière… et non pas la base plus ou moins associée à ce Lumpenprolétariat… qui sonne comme une injure faite à la Loi fondamentale de 1949…

Jetons maintenant un oeil sur cet autre graphique que nous propose Olivier Passet, avec ce commentaire :
« On comprend alors qu’au lieu d’investir pour renforcer leur productivité, les entreprises puisent dans une main d’œuvre peu qualifiée mais subventionnée à faible salaire. »

Veut-on maintenant visualiser la marge de qualification qu’il peut y avoir entre les collectifs de travail en deçà et au-delà du Rhin ?… Olivier Passet nous l’offre dans toute la crudité qu’elle peut revêtir…

« La comparaison entre France et Allemagne sur le profilage des charges sociales est édifiante. Les charges sociales pénalisent bien plus l’emploi qualifié en France qu’en Allemagne…. »

Laissons-le maintenant préparer sa conclusion :
« Et l’écart va croissant. Or c’est bien sur leur capacité à produire des biens à forte valeur ajoutée que l’Allemagne et le nord de l’Europe creusent aujourd’hui l’écart. »

Et même s’il nous en coûte de ne pas mettre tout de suite le doigt sur cette notion de « valeur ajoutée » qui correspond à ce que j’ai appelé naguère l’ « auberge espagnole » de l’économie post-marxiste, concluons ici avec sa conclusion à lui :
« Et l’on peut alors s’interroger sur le rôle de cette stratégie dans nos déboires à l’exportation. En subventionnant surtout les secteurs denses en emplois peu qualifiés… l’Etat accorde depuis des années et des années une prime aux secteurs les moins exposés à la concurrence internationale… les moins créateurs de valeur… au premier rang desquels les services aux ménages et le commerce. Cherchez l’erreur. »

…qui est tout simplement la suite d’une Histoire de France que nous allons essayer de reprendre peu à peu sur le long terme… en compagnie d’Alexandre Mirlicourtois et d’Olivier Passet.

Michel J. Cuny

Document n° 33…
L’immense trou d’air qui s’ouvre devant une population française aux abois


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