L’Europe enchaînée à une Allemagne impériale ?

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 20)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Au sein de l’Europe, et s’il faut en croire ce qu’Alexandre Mirlicourtois nous a dit dans la vidéo que nous sommes occupé(e)s à étudier (15 mai 2012) :
« L’Allemagne de la dame d’acier défend bec et ongles ses seuls intérêts stratégiques sans se préoccuper des conséquences sur ses partenaires […]. »

Langage parfaitement militaire, mais qui, comme nous le savons, ne s’applique ici qu’à des questions économiques… Encore que…

Encore qu’il se pourrait que nous n’ayons pas vu passer la guerre… mais que les traités « de paix », eux, soient là, et qu’ils soient en mesure de nous obliger, sans que nous n’y puissions désormais plus rien… et sans qu’il fût nécessaire, à la bourgeoisie allemande, de disposer d’un Pétain dans un quelconque Vichy, pour prendre au peuple de France tout ce qu’elle peut lui prendre…

Et puis encore, au-delà de la France, de spolier les populations travailleuses de tous les pays environnants à travers les limites du champ que dessine la zone euro…. pour ne parler encore que de cela…

Mais revenons à Alexandre Mirlicourtois :
« Si l’on se souvient bien, la France s’était prononcée en faveur d’une forme de monétisation de la dette des pays membres par la Banque Centrale Européenne. »

C’est que la France était restée dans l’ancien monde… ce qui veut dire : dans le temps de l’après-Libération… En ce temps-là, il y avait une Banque de France… qui, tout en leur attachant un fil à la patte, pouvait donner du mou aux finances publiques du pays en ouvrant des crédits aux autorités centrales, à charge pour elles de lever les impôts qui couvriraient ces dépenses supplémentaires dans un délai plus ou moins long…

Toutes choses qu’en 2012 la Réserve fédérale états-unienne (FED) réalisait en achetant des titres de sociétés qui garantissaient ainsi ses émissions de dollars, solution qu’Alexandre Mirlicourtois aurait souhaité retrouver dans les pratiques de la Banque centrale européenne (BCE) :
« Une BCE qui aurait joué le rôle d’acheteur d’actifs en dernier ressort. Une BCE s’inspirant du modèle américain de la FED. »

Et de se désoler :
« Une solution refusée catégoriquement par Angela Merkel. »

Il y en avait une autre… qui a subi le même sort :
« Le gouvernement allemand a également refusé toute avancée, souhaitée par la France, en termes de fédéralisme que ce soient par la mise en place des Eurobonds ou de toutes autres formes de mutualisation de la dette ou des budgets. »

C’est l’affaire du bagnard qui traîne son boulet… Et pourtant, nulle part en Europe, nous ne voyons les troupes allemandes… Elles sont reparties, et nous savons dans quel état, en 1944… Et puis la loi allemande (Maastricht, par exemple) est revenue par la fenêtre… et pfuitt… plus de Banque de France : rien qu’un boulet… que maintenant il va falloir carrément avaler à longueur d’années, et de décennies peut-être. En effet, ainsi que nous le dit Alexandre Mirlicourtois :
« Mais surtout, l’Allemagne a obtenu que tous ses partenaires, France compris, s’engagent à réduire d’urgence leurs déficits publics. Cela consacre LA vision allemande de l’Europe. La conséquence, c’est la multiplication des politiques d’austérité et la récession dans la zone euro en 2012. »

La suite (pour autant que nous ne sommes encore qu’en 2019 au moment où j’écris tout ceci) n’a pas dérogé outre mesure à cette prévision qui n’était pourtant d’abord que de court terme…

Mais qu’imposait donc le traité de Francfort du 10 mai 1871 au-delà de l’abandon, par la France, de l’Alsace-Lorraine ? Voici le début de son article 7 :
« Le payement de cinq cents millions aura lieu dans les trente jours qui suivront le rétablissement de l’autorité du Gouvernement français dans la ville de Paris. Un milliard sera payé dans le courant de l’année et un demi milliard au 1er mai 1872. Les trois derniers milliards resteront payables au 2 mars 1874, ainsi qu’il a été stipulé par le Traité de paix préliminaire. »

Les sommes étaient considérables : elles ont scellé l’unité allemande… qui se manifestera si joyeusement durant les décennies suivantes, qu’en 1914 l’Angleterre devra obtenir d’urgence que soit déclenché ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale…

Encore l’Allemagne avait-elle mis en place un très joli mécanisme qui contraignait la France à faire fissa… C’est ce que nous rapporte la suite de l’article 7 :
« À partir du 2 mars de l’année courante, les intérêts de ces trois milliards de francs seront payés chaque année, le 3 mars, à raison de cinq pour cent par an. Toute somme payée en avance sur les trois derniers milliards cessera de porter des intérêts à partir du jour du payement effectué. »

À bon entendeur ! Et en quelle monnaie paiera-t-on ?… Bonne question… Et excellente réponse (article 7, encore et toujours) :
«Tous les payements ne pourront être faits que dans les principales villes de commerce de l’Allemagne, et seront effectués en métal, or ou argent, en billets de la banque d’Angleterre, billets de la banque de Prusse, billets de la banque royale des Pays-Bas, billets de la banque nationale de Belgique, en billets à ordre ou en lettres de change négociables, de premier ordre, valeur comptant. »

L’euro-mark n’est pas mal non plus…

Michel J. Cuny

Document n° 21…
Une Allemagne, maîtresse des classes travailleuses de l’ensemble européen ?


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