Cette rente immobilière qui mine la production et qui chasse la France travailleuse de chez elle

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 13)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Dans une précédente vidéo (16 janvier 2012), Alexandre Mirlicourtois nous avait expliqué qu’à ce moment-là, en France, l’effet de richesse induit par la bonne tenue de l’immobilier sur le marché des biens était devenu le seul soutien de la consommation, et donc de la croissance selon la part qui revient à cette consommation dans les sollicitations adressées à la production…

En effet, après la tentative manquée de reprise de 2011, les exportations françaises à destination de la zone euro aussi bien que du reste du monde étaient plus ou moins en panne.

Or, si c’est bien dans le travail de production que se prélèvent les plus-values réalisées par le capital au détriment du travail, l’immobilier lui-même s’organise autour de l’accession à la propriété, de la location, dans un contexte général où la catégorie des sans-domicile-fixe a pris une part plus que significative… Sans doute cela traduit-il une rude empoignade.

C’est ce que va nous permettre d’aborder la vidéo mise en ligne par Alexandre Mirlicourtois le 21 février 2012 sur le site de Xerfi Canal (https://www.xerficanal.com/) :
« Rarement, les Français n’ont ressenti autant de difficultés liées au logement. Interrogés par TNS Sofres au printemps 2011, près de 3 Français sur 4, (76% exactement) déclarent que les dépenses consacrées au logement constituent une lourde charge. Pire, parmi eux 33% estiment que c’est une charge trop importante, donc une charge à laquelle ils peuvent avoir du mal à faire face. »

Alexandre Mirlicourtois s’étonne alors de ce que nous puissions être surpris(e)s de découvrir cette masse d’angoisse répartie d’un bout à l’autre de notre beau pays :
« Mais comment pourrait-il en être autrement ? En une quinzaine d’années les prix des logements ont été multipliés par 2,6 dans notre pays. »

Pour celles et ceux qui ont été les victimes de ce basculement plus ou moins stupéfiant, c’est ce qui s’appelle : se faire battre à plate couture… et sans qu’il fût possible de se rendre sur quelque champ de bataille pour y faire respecter ses droits de locataire ou de primo accédant… Cette guerre-là aura été tout ce qu’il y a de plus sournois, ce que son caractère souvent intergénérationnel lui aura permis de réussir sans trop d’efforts…

Mais le lien avec l’exploitation en règle induite par le système capitaliste de production n’a pas pour autant été rompu… C’est ce que nous pouvons déduire de la suite des constatations faites par Alexandre Mirlicourtois :
« Cette envolée des prix de l’immobilier ne serait pas un problème si les revenus des ménages avaient suivi la même tendance. »

Il s’agit ici des ménages qui dépendent de salaires ou de retraites (issues du travail de toute une vie)… Or, pour les premiers, nous savons, désormais, ce qui résulte de la politique allemande si rudement appliquée à l’euro et à l’Europe… à travers la gestion des dettes nationales…

Affronter des ascensions plus ou moins fulgurantes comme celle que voici avec un équipement salarial qui ne valait que pour la zone de plaine, c’est ce qui s’appelle s’inscrire pour longtemps à l’école d’un certain désespoir :
« Le prix d’un logement représente environ 4,5 années de revenus. 4,5 années de revenus c’est une vie d’épargne. Surtout, cela marque une rupture profonde avec la moyenne de longue période qui est inférieure à 3 années. »

Or, de façon très générale, la pente induite par le coût du logement paraît devoir s’accentuer encore, si l’on ajoute au logement lui-même les dépenses courantes qui se lient à lui avec un poids également croissant : « charges de copropriété, assurances multirisque habitation, petits travaux d’entretien, etc. », comme le dit Alexandre Mirlicourtois qui ajoute que, si tout ceci paraît correspondre à un pays dont le niveau de vie est tout de même assez élevé…
« Ce qui est beaucoup moins normal c’est que le prix du logement soit en France nettement supérieur à celui des pays voisins de la zone euro, de taille et de niveau de vie comparable. La France est à 127 contre 110 en Allemagne, 104 en Italie et 103 en Espagne. »

Encore l’Allemagne… dont on nous dit, par ailleurs, qu’elle accumule toutes sortes de richesses alors que nous découvrons, ici, que le logement y revient nettement moins cher qu’en France : 110 quand c’est 127 pour nous… Or, Alexandre Mirlicourtois ne peut s’empêcher de nous river ce clou :
« C’est là un différentiel qui explique, en partie, les différences de pouvoir d’achat et de compétitivité entre Allemands et Français. »

Moins de dépenses pour le logement, c’est plus de dépenses possibles sur d’autres postes de consommation et, par ailleurs :
« La modération salariale est plus facile à mettre en œuvre dans un pays quand l’évolution du coût du logement est maîtrisée et n’entame pas trop le budget des salariés. »

Arrivé là avec nous, Alexandre Mirlicourtois se voit dans la situation d’avoir à envisager le futur :
« La France a un choix fondamental. Soit la valorisation du patrimoine immobilier poursuit sur sa lancée. C’est le choix réalisé par les pays avancés dont le modèle de développement est basé sur la consommation, l’endettement et la finance. C’est-à-dire les globalo-financiers. Soit la France veut redevenir un pays doté d’une industrie forte et tournée vers l’extérieur. »

Il n’est pas certain que l’une des pistes soit exclusive de l’autre… Nous pressentons en effet que la finance et la production ne peuvent guère aller l’une sans l’autre… Or, dans la première, il faudra compter avec les Anglo-Saxons… Et, dans la seconde, avec l’Allemagne… Avant de devoir se résoudre peut-être à s’effondrer définitivement entre les deux… faute, pour la France, de retrouver une vraie ligne de vie…

Michel J. Cuny

Document n° 14…
Face à l’industrie agro-alimentaire allemande, faudra-t-il appeler les pinardiers français à la rescousse ?


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