Les joies multiples du triomphe, en France, de l’exploitation de l’être humain par l’être humain

« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? » (document n° 10)
[Pour revenir au document n° 1, cliquer ici]

Le 3 février 2012, sur le site de Xerfi Canal (https://www.xerficanal.com/), Alexandre Mirlicourtois a publié la vidéo « Quand flatter le consommateur, c’est sacrifier la production » Elle commence par une formule dont il ne nous fournit pas, ici, les clés d’interprétation :
« Depuis plus de 10 ans, les gouvernements successifs ont considéré que pour stimuler la croissance, le plus facile c’était de doper la consommation, quitte à sacrifier nos industriels, le commerce extérieur et nos équilibres financiers. Et l’un des leviers manœuvrés a été de freiner l’évolution des prix à la consommation, voire de les faire baisser sur certains marchés. »

Pourquoi mettre cela sur le compte des politiques gouvernementales ? De fait, la suite de la vidéo quitte très vite cette ligne d’analyse : il s’agit tout simplement d’un fait de concurrence dans la sphère commerciale… Celle-ci, par la taille désormais démesurée de quelques-uns de ses acteurs les plus importants, se trouve en situation de plier un certain type de fournisseurs à ses exigences au moment de déterminer les prix auxquels elle acceptera de prendre en charge leurs produits pour les revendre ensuite au consommateur de base.

Cependant, les pouvoirs publics sont intéressés au développement de cette politique, et ceci dans la mesure où, comme nous l’avons vu à travers les vidéos précédemment étudiées, ils agissent dans un contexte où le travail doit être rémunéré au plus bas… Sans doute est-il plus facile de ne pas augmenter le Smic, par exemple… quand les prix à la consommation restent très sages, et même diminuent un peu…

Mais ce n’est là que l’affaire de la libre entreprise… Les plus gros, les moins contournables, sont en situation de force… et voguera la galère, jusqu’à ce qu’à la fin elle coule…

Reprenons maintenant le fil de l’analyse d’Alexandre Mirlicourtois :
« L’objectif est clair : redonner du pouvoir d’achat par de la désinflation, et parfois de la déflation sectorielle. Il faut donc favoriser le low cost, renforcer le « pricing power » des mégas centrales d’achat des géants de la distribution, pousser en avant les casseurs de prix, et tirer parti de la mondialisation. »

Certes, cela revient à tuer un peu la poule aux œufs d’or : le producteur français… lorsqu’il ne sait pas lui-même s’adapter au progrès… Ne prendrait-il pas, d’ailleurs, un malin plaisir à se mettre en travers de cette divinité-là ? Or, sans cette dernière, nous en serions encore, toutes et tous, à casser des cailloux au fond de quelque caverne…

Mais, de plus, les sirènes de la mondialisation nous l’avaient bien dit : la France est un pays conquérant, avec des dents longues comme ça… En Libye, tu t’en souviens… Et puis, il y aura bientôt le marché chinois… Alors, retroussons nos manches, tenons les salaires en France au plus bas, et laissons les gros cochons mettre les petits sur la paille !…

N’empêche : Alexandre Mirlicourtois veut tout de même tenter l’aventure de freiner notre enthousiasme à passer sur le ventre des gagne-petits de la production… Car la mondialisation, c’est bien beau…
« Mais à quel prix justement ? La relative indifférence des consommateurs quant à l’origine géographique des produits a permis à la distribution de se fournir au moins cher, c’est-à-dire dans les pays à bas coût. Et c’est comme cela que des filières entières ont été laminées. »

Eh oui ! C’est qu’il y a, ailleurs et quelquefois dans un ailleurs effectivement très lointain, des gagne-petits encore plus petits, c’est-à-dire de vrais virtuoses de la production pour pas cher… Résultat : le prolétariat français fait désormais grise mine… Ce qui n’est pas peu de choses quand on sait la frousse qu’il avait communiquée aux élites vers 1944-1947, et bien au-delà encore !…

Quoi qu’il en soit, dans un passé bien plus récent, voilà comme nous aurons su être expéditifs (graphique d’Alexandre Mirlicourtois) :
« Il aura fallu moins de 20 ans pour balayer l’industrie du textile et de l’habillement en France. Vingt ans marqués par l’effondrement de 85% de l’activité en volume, la disparition des trois-quarts des façonniers et de leurs effectifs passés de 60 000 à 5 000 salariés ! »

Et tous ces gens partis en vacances… C’est beau !… De quoi se plaint-on ? Et en plus, les prix baissent dans les magasins !… On croit rêver… Mais pas Alexandre Mirlicourtois… qui va s’en prendre très maladroitement à la distribution… Ce qui est tout de même se tromper assez largement de combat…
« Au cœur de ce chaos ? La modification radicale du business model de cette industrie et un rapport de force devenu totalement favorable à la distribution. Une distribution axée sur les prix. Avec pour double effet, une concentration toujours plus forte pour acheter en masse et la globalisation des achats. »

Et la fin des petits profits… qui, au bout d’un moment, ne font plus que nuire aux plus gros… C’est le progrès… Mais ce n’est pas seulement le triomphe des plus gros… C’est aussi que ces gens-là sont beaucoup plus intelligents (tout est dans la boîte noire, d’ailleurs) :
« L’impact a été d’autant plus dévastateur avec l’arrivée des nouvelles technologies : l’informatique et les réseaux ont donné aux distributeurs des outils d’une efficacité redoutable. Des outils qui ont permis la mise en concurrence des fabricants partout dans le monde, et de gérer les chaînes logistiques. »

Et de remplacer toutes les personnes parties en vacances par ces merveilleux robots qui fleurissent un peu partout dans nos villes et dans nos champs… derrière les fleurs, sans doute.

Ah, certes, il y en toujours qui ont la comprenote difficile :
« Pour les industriels survivants, pas d’autre choix que de sacrifier leurs marges pour tenter de rester dans la course. Des marges laminées et au plus bas aujourd’hui depuis 1986. Et c’est ainsi que les ateliers ont fermé, les uns après les autres. »

Destruction créatrice d’un temps de vacances supplémentaire… C’est beau, c’est magnifique ! Et avec ça, les salaires vont pouvoir stagner encore un peu plus… si pas disparaître à peu près complètement pour certaines et certains… Et qu’est-ce qu’il dit le partenaire obligé de tout prolétaire qui se respecte – Herr Kapital ?… Il dit : merci. Car ce qui l’intéresse, lui, pour peu qu’il n’ait pas négligé de réfléchir un peu à ses intérêts de classe, c’est l’évolution du rapport de force entre sa classe et celle des travailleuses et des travailleurs, et tout spécialement de celles et de ceux qui sont… à la production…

Alors, oui – s’il s’agit de ces producteurs-là, Alexandre Mirlicourtois ne saurait avoir tort :
« La morale de cette histoire, c’est qu’à trop flatter le consommateur, on en a sacrifié les producteurs. »

Quant à la suite, elle demande qu’on y réfléchisse :
« Et nos équilibres extérieurs. »

J’y reviendrai.

Michel J. Cuny

Document n° 11…
Une Europe sous la férule de l’intraitable bourgeoisie allemande


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