Pour le sioniste Margolin, tout (y compris le pire) plutôt que d’accepter l’hospitalité soviétique

Ce qui devait arriver arriva… Ce que Julius Margolin avait tant espéré se produisit enfin…
« Le 19 juin 1940, à dix heures du soir, un milicien vint me prendre pour me conduire à la Milice. » (page 115) 

Selon ce que Margolin nous a dit lui-même, c’est depuis mars 1940 que le passeport soviétique, qui pouvait être obtenu sur simple demande d’adhésion à la nationalité soviétique, était devenu obligatoire. C’est depuis cette date-là que Margolin nous a dit s’attendre à être bientôt arrêté.

Apparemment, il n’était pas seul à avoir voulu résister aux nouvelles autorités instituées à la suite du plébiscite d’octobre qui avait fait de la Biélorussie et de l’Ukraine occidentales des régions soviétiques :
« Dès le 15 juin, les arrestations de réfugiés, inscrits pour le départ de l’Union soviétique, avaient commencé. Qui étaient ces réfugiés ? Des Juifs de Pinsk qui fuyaient Hitler. Ils venaient de Vienne occupée, et tombaient comme on dit de Charybde en Scylla. » (page 115)

C’est-à-dire ?… C’est-à-dire, tout simplement, que le sort des Juifs étaient alors meilleur, selon lui, dans l’Autriche qui avait été dévorée par l’Allemagne nazie à l’occasion de l’Anschluss de 1938 qu’en Biélorussie soviétique. Ce qui est l’exact contraire de tout ce qu’il nous avait raconté jusque-là de la vie quotidienne telle qu’elle se déroulait dans ce dernier pays, et plus particulièrement pour lui-même…

Ainsi pouvons-nous désormais nous attendre à d’étranges choses. Voyons cela…
« Par des livres, des descriptions, des films, des récits, je savais ce qu’est une prison ; je comprenais qu’on me garderait, qu’il y aurait une instruction, qu’on m’enfermerait à clé. Mais je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il advint. Dans une pièce vide, on poussa plusieurs dizaines d’hommes. » (page 117)

Nous savons que, dans son action pour détourner ses coreligionnaires de devenir citoyennes ou citoyens de l’Union soviétique, Margolin avait évalué ses complices à un millier de personnes… Ce qu’il rapporte de l’identité de ceux qui se trouvent emprisonnés comme lui n’étonnera, par conséquent, personne : « Tous, nous étions Juifs. » (page 118)

Et cela n’était qu’une question de comportement délictueux, contrairement à ce que l’on essaie ici de nous faire croire. La suite est d’ailleurs présentée de manière particulièrement loufoque :
« Durant une semaine, nous sommes restés dans les caves à pommes de terre du NKVD. » (page 119)

De même pour les réponses qui sont faites aux questions des représentants de la justice soviétique qui ne pouvaient voir, dans la désinvolture affichée, qu’une façon de bafouer leur autorité et celle d’une loi dont il était impossible aux étrangers de prétendre qu’il n’avait pas pu en prendre connaissance :
« – Vous êtes accusé d’infraction à la loi sur les passeports, me dit le juge d’instruction, vous résidez en territoire soviétique sans papiers.
– Comment cela ? J’ai un passeport polonais !
– Un passeport délivré par un État inexistant n’est pas un passeport. » (page 122)

Depuis le mois de mars Margolin savait, bien sûr, qu’il se trouvait en infraction ; il s’y était d’ailleurs mis de façon ferme et décidée pour entrer carrément en résistance contre un régime qu’il avait en horreur jusqu’à lui préférer la situation autrichienne ou polonaise… sous la botte allemande.

N’empêche qu’il nous jette ce propos du juge comme quelque chose qui devrait nous scandaliser :
« – En URSS, il faut un passeport soviétique. » (page 123)

Son propos suivant est d’un parfait imbécile qui imaginerait pouvoir se jouer de tout et de tout le monde au moindre coût :
« – Voilà neuf mois que je me trouve en territoire libéré et jamais aucun représentant du gouvernement ne m’a dit cela. » (page 123)

Autre question et sa réponse :
« – Pourquoi ne désirez-vous pas vivre en Union soviétique ?
– Parce que je désire vivre en Palestine. » (page 124)

Mais, ici, pour les Soviétiques, il y a quelque chose de très inquiétant…
« – Et pourquoi vous êtes-vous fait inscrire pour Lodz ? Il y a pourtant des Allemands ! » (page 124)

En effet, Margolin nous avait fait part de cette double inscription… qui correspondait, par ailleurs, à une démarche que ses amis Braun et Schaffer avaient poussée jusqu’au bout, pour s’en dire ensuite extrêmement satisfaits… La Pologne allemande avait donc effectivement du bon pour des Juifs de cette trempe-là, c’est-à-dire pour des sionistes…

Regardons la réponse que notre homme donne dans une circonstance où celui qui l’interroge ne peut que se demander s’il faut vraiment qu’il en croie ses oreilles…
« – La guerre m’a surpris à Lodz et j’ai le droit d’y retourner maintenant ou après la guerre. C’est par Lodz que passe ma route pour la Palestine. Mais, puisqu’il y a des Allemands, je rentrerai volontiers en Palestine par Odessa. » (page 124)

Odessa… Tiens donc !… Il s’agit de la direction plein sud… en Ukraine, sur les bords de la mer Noire… et tout à côté de cette Roumanie à laquelle il n’aura donc jamais renoncé…

Pourquoi cette polarisation ?

Incrédule, le juge pose cette question cruciale, alors qu’il sait tout ce qu’il y a à redouter un peu partout, pour les Juifs, dans cette Europe déjà si fortement pliée sous la botte allemande et tout particulièrement en ce 19 juin 1940 qui a été précédé, deux jours plus tôt, par l’étrange effondrement militaire d’une France qui vient de demander, par la voix du maréchal Pétain, un armistice sur fond de totale débandade  :
« – Alors, vous ne voulez pas rester chez nous ?
– Non, je ne veux pas. » (page 124)

Comment laisser la bride sur le cou à un tel homme ? Car Margolin ne se laisse évidemment pas démonter, et saisit toutes les occasions qui lui sont données de contester ce que le juge énonce en prenant nécessairement le point de vue de l’administration soviétique :
« À la fin du procès-verbal, il écrivit : « Vous reconnaissez-vous coupable d’être un fugitif, de vivre illégalement en Union soviétique, et d’avoir l’intention de partir pour l’étranger ? » » (page 124)

Aussitôt Margolin s’en prend à cette formulation qui ne lui convient pas, alors qu’elle est parfaitement dans la logique du Soviétique qui lui fait face :
«  – Que signifie ce « départ pour l’étranger » ? Pour vous, c’est l’étranger ; pas pour moi. Pour moi, l’étranger, c’est ici, c’est la République soviétique biélorusse, c’est Pinsk ! La Pologne, pour moi, ce n’est pas l’étranger puisque je suis citoyen polonais. La Palestine, pour moi, ce n’est pas l’étranger, puisque je suis juif et que je vivais là avant la guerre ! » » (page 125)

Et c’est donc aussi, de sa part, une déclaration de guerre… Tout, plutôt que la patrie des Soviets…

Lassé, le juge finit par lui signaler que ce fiel ne serait sans doute pas perdu pour tout le monde :
« – Au tribunal, vous pourrez dire ce qui n’entre pas dans ce procès-verbal. » (page 127)

Mais, auparavant, Margolin n’avait pas pu faire autrement que de signer un aveu qui nous paraît très partiel, compte tenu de ce qu’il a écrit pour nous dans son livre, aveu, d’ailleurs, dont la formulation laisse entrevoir le fait que les Soviétiques détenaient des documents le concernant qui ne pouvaient leur laisser aucune illusion quant au fond des manœuvres auxquelles il avait pu se livrer depuis son retour à Pinsk :
« Finalement, je signai : « Je reconnais être un fugitif, n’avoir pas d’autres papiers que ceux qui m’ont été confisqués lors de mon arrestation, vouloir aller hors des frontières de l’URSS, mais je ne me reconnais aucune culpabilité, car, dans les faits ci-dessus mentionnés, je ne vois aucun crime.«  » (page 126)

Pour qu’il nous fût possible de lui accorder un minimum de crédit, il lui aurait fallu nous dire ce qu’étaient ceux-ci… Mais lui-même nous a suffisamment accablés de la mise scène de sa haine active contre ses hôtes pour nous convaincre définitivement de la volonté acharnée qui était la sienne de mener en permanence, dans ce pays, la politique de la terre brûlée…

Michel J. Cuny


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