Le grand regret de Margolin pour 1940 : que les Juifs n’aient pas su se dégager suffisamment du soviétisme

Négligeant, très soudainement, de ne plus mentionner le fait, délibéré, pour lui et certains de ses coreligionnaires de refuser d’opter pour la nationalité soviétique et de se déplacer dans une région éloignée de plus d’une centaine de kilomètres d’une frontière qui accumulait manifestement de grands périls, bien informé de la qualité des conditions de vie qui lui serait assurées en Union soviétique d’après l’exemple de ce qu’il avait vu à Lwow, en Ukraine occidentale, Julius Margolin met délibérément en place une fiction qu’il va tenter d’imposer alors qu’il connaît les résultats réels de ce qu’a pu être la Seconde Guerre mondiale…

Voici donc comment il « corrige » la situation réelle telle qu’elle était à Pinsk, en Biélorussie soviétique, au printemps de 1940. D’abord, une vérité…
« D’un côté, la frontière allemande, la Gestapo. » (page 109)

Ensuite, il lui suffira d’un jeu de mots pour faire passer ce qui est tout simplement une horreur qu’il veut impérativement mettre au compte des Soviétiques :
« De l’autre côté, la frontière russe. La « Géniale Politique de Staline », la Geposta, avait verrouillé cette frontière. Aucun des habitants de la ville condamnée n’avait le droit de franchir cette ligne, qui séparait la zone d’occupation russe des territoires de l’URSS. Ainsi, trente mille Juifs à Pinsk – et près de deux millions dans la zone d’occupation – se trouvaient encerclés. » (page 109)

Ceci, parce qu’ils avaient décidé – sous l’influence de certains d’entre eux, dont Margolin lui-même – de refuser l’offre qui leur avait été faite de se transformer en citoyens soviétiques et de rejoindre des zones beaucoup moins exposées aux événements que la logique hitlérienne annonçait…

Mais de quels événements allait-il pouvoir s’agir, de leur point de vue, c’est-à-dire de ce qu’avec la caution de Margolin justement, nous pouvons appeler : le point de vue du sionisme militant ?…

Ils auraient commis deux erreurs :
« Premièrement, ils ne prévoyaient pas que, très vite, ils tomberaient aux mains des Allemands. Deuxièmement, ils ne s’imaginaient pas que, dans ce cas, un anéantissement total les attendait. » (page 109)

Or, nous savons, par ailleurs, qu’ils avaient mis tout l’acharnement possible à ne pas devenir Soviétiques… Autrement dit : ils refusaient d’entrer dans la catégorie, si passionnément mise au point par Alfred Rosenberg, du judéo-bolchevisme. Ils ne voulaient être que juifs… Cela suffirait-il à les protéger des nazis ? S’il faut en croire la formule utilisée par Margolin, c’est bien ainsi que s’explique l’aveuglement qui devait les conduire à la catastrophe…

Sans doute savaient-ils que les Allemands ne s’étaient pas toujours bien comportés, en Pologne, avec les Juifs, mais, comme nous l’avons vu, il ne s’agissait guère – à ce moment-là – que de ceux qui s’étaient ralliés à la cause nationale polonaise… Ici, en refusant de se rallier aux Soviétiques, en menant, autant qu’ils le pouvaient, la résistance contre l’administration soviétique, ils faisaient la démonstration de leur bonne volonté dans la perspective d’une attaque allemande contre l’U.R.S.S. Mieux, ils pouvaient arguer du fait que certains d’entre eux avaient rejoint Varsovie, c’est-à-dire ce qui était, désormais, le camp allemand… Seules les réticences de l’administration soviétique avait pu les empêcher d’en faire, toutes et tous, autant.

Ajoutons toutefois qu’au-delà des deux erreurs signalées, il y en avait une autre qui nous paraît très étrange et dans laquelle – sans que nous puissions comprendre pourquoi – l’Allemagne hitlérienne s’est complètement évaporée :
« Troisièmement, ils espéraient tous que, la guerre finie, la situation redeviendrait normale et chacun, à sa manière, voyait l’avenir couleur de rose : les uns, en Palestine ; les autres, dans une Pologne démocratique ; les troisièmes, dans la super-démocratique Union soviétique. » (page 110)

On dirait que cette rubrique-là est directement inspirée de la situation telle qu’elle était en 1946…

Mais revenons avec Margolin au printemps de 1940, et à ce qui lui est alors resté en travers de la gorge :
« Des millions de Juifs qui ne voulaient pas devenir citoyens soviétiques n’auraient pas dû voter au Soviet suprême ni accepter le passeport qu’on leur imposait. Au lieu de cela, ils auraient dû dire, à voix haute, ce qu’ils pensaient tous à ce moment : – Nous n’avons que faire de votre citoyenneté soviétique, nous demandons qu’on nous inscrive pour le retour en Palestine. » (page 111)

Voilà donc quelle était la mission que Julius Margolin aura tenté d’accomplir durant toute cette époque. Selon lui, le pire était le ralliement juif à l’Union soviétique ; le meilleur : le départ pour la Palestine ; restait une solution intermédiaire – pour échapper au pire soviétique : le retour vers la Pologne allemande.

Nous le constatons : c’est la situation réelle de la vie en Union soviétique ou dans les pays placés sous administration soviétique qui faisait une contre-publicité tout à fait tenace à la propagande des sionistes militants de la taille de notre Margolin… En 1946, il devient urgent de tenter d’anéantir le « rêve soviétique » qui prend des proportions considérables à travers le monde entier, et tout spécialement dans les pays occidentaux où les diverses classes ouvrières sont en passe de s’organiser de façon autonome et d’obtenir des ralliements qui, en France tout particulièrement, deviennent majoritaires…

Mais, pour sa part et après coup, Margolin se remonte le moral en se disant que, si la résistance juive aux autorités soviétiques s’était développée dans le sens où il avait tenté de l’organiser lui-même en 1940, elle aurait rencontré d’assez redoutables difficultés à proximité de la frontière :
« La rébellion civique aurait eu des conséquences fatales pour les Juifs de Pinsk. En pareil cas, le gouvernement soviétique ne plaisante pas. » (page 112)

Puisqu’il se serait alors agi d’une collaboration indirecte non masquée avec les… nazis…
« Et, finalement, il aurait expédié les Juifs, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs livres de prières et tout leur barda – cent kilos par personne – loin de la zone frontière. » (page 112)

Évidemment, cent kilos dans de telles circonstances et pour un tel nombre, ce n’était pas tout à fait rien… Et, par ailleurs, il ne paraît pas y avoir eu lieu de craindre de trop rudes mesures de rétorsion :
« En Asie centrale, ou dans le district de Iakoutsk, la vie aurait été dure et pénible. Beaucoup d’entre eux auraient péri ; mais, dans l’ensemble, ils auraient survécu à la guerre et surtout ils auraient créé, par leur résistance, un argument décisif en faveur de la culture juive et du mouvement national. » (pages 112-113)

Pour finir, il serait même redevenu possible de tenter à nouveau de semer la zizanie dans l’ensemble soviétique…
« Malheureusement, aucun prophète ne le leur fit comprendre. » (page 113)

Michel J. Cuny


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