Le sioniste Margolin et la destruction du paradis sur terre

C’est donc alors qu’il est en proie à la certitude que jamais le pouvoir soviétique ne pourrait tenir tête à ce demi-million d’hommes, de femmes et d’enfants qui refusaient de s’éloigner de la dernière frontière qui les séparait de l’envahisseur allemand de la Pologne, et d’opter pour la nationalité soviétique, que Julius Margolin apprend qu’une commission en provenance de Kiev vient d’arriver à Lwow, capitale de l’Ukraine occidentale, pour y examiner les demandes de départ pour l’étranger. Nous avons gardé en mémoire le fait que, durant l’automne 1939, il s’y était déjà rendu pour obtenir son transfert dans le pays qui était alors l’objet de tous ses espoirs : la Roumanie
« Et de nouveau, je courus à Lwow, où j’arrivai le 2 mai 1940. » (page 101)

Comme sa Biélorussie natale, l’Ukraine occidentale avait opté pour l’Union soviétique à l’occasion du plébiscite d’octobre 1939… Sûrement, tout de monde y était terriblement malheureux.

Voici, en particulier, ce que Margolin lui-même a pu y voir en mai de l’année suivante :
« La journée était tiède et ensoleillée, les rues pavoisées à l’occasion de la fête du 1er mai. Aux carrefours, on vendait, sur des tréteaux, des bonbons et du pain d’épice. Mais il y avait encore autre chose. Lwow rayonnait, car un miracle, possible seulement en régime soviétique, s’était produit dans cette ville. Un « régime spécial » lui avait été accordé, comme à Moscou, à Leningrad, à Kiev et à quelques autres villes. » (page 101)

Sans doute tout cela n’était-il que pure illusion !… Sans doute ce diable de Staline était-il à la manœuvre ! Qu’on en juge d’après les constatations du sioniste de service :
« À des fins de propagande, ces villes étaient transformées en des oasis où l’on maintenait des standards de vie européens, obtenant ainsi un double effet : les citoyens soviétiques pouvaient voir à quoi ressemblait une « vie communiste heureuse », et les étrangers, diplomates et touristes, se convaincre que les choses n’allaient pas si mal en URSS. » (page 101)

…pas si mal, sans doute, qu’aurait voulu pouvoir s’en convaincre lui-même le brave Julius

Qu’aura-t-il donc vu à Lwow de ce qu’il nous dit s’être produit également à Moscou, Leningrad, Kiev et dans quelques autres villes ?
« Lwow, en mai 1940, n’était pas seulement un « village Potemkine », mais une capitale « super-Potemkine ». Des milliers de magasins privés s’étaient ouverts et, à côté, de magnifiques magasins d’État, des palais de gastronomie, de parfums, de chaussures, de tissus. Les pâtisseries regorgeaient de gâteaux, aux devantures, des montagnes de victuailles. » (page 102)

Et quelle qu’ait pu être l’intensité du bonheur vécu, au même moment, à Varsovie, par les chers amis Braun et Schaffer, il n’y a pas, selon Margolin, à en douter :
« Jamais, au temps des Polonais, on n’avait rien vu de pareil ! Je crus rêver. Je n’étais pas préparé à un aussi brusque changement. De tout l’hiver, nous n’avions vu ni sucre ni pain blanc ; les boutiques étaient vides, l’essentiel du ravitaillement était acheté au marché noir et nous avions oublié le goût de certaines choses, telles que le chocolat, le cacao. » (page 102)

L’espace d’un instant – instant de cupidité où il paraît qu’un certain naturel revient au galop – le sioniste militant se prend à rêver :
« En voyant du sucre dans une vitrine, j’en demandai modestement un kilo. On me le vendit au prix fabuleux de quatre roubles et demi, c’est-à-dire, pour rien. » (page 102)

Et va pour une petite spéculation !…
« Chez nous, à Pinsk, le sucre coûtait cinquante roubles : autant dire qu’il était inaccessible, le salaire moyen étant de cent cinquante à deux cents roubles par mois. » (page 102)

Et à ce moment-là, il croit tout de même un peu comprendre pourquoi les Soviétiques en général tiennent beaucoup à leur pays, et jusque dans l’éventuel sacrifice suprême :
« Sans doute, vivre à Lwow à cette époque était un grand privilège, tout comme habiter à Moscou ou Leningrad, pour un kolkhozien ou un provincial soviétique, représentait le sommet de la réussite. » (page 102)

Et puis, il rentre à Pinsk où l’attendent ces petites manœuvres de grand saboteur dont il espère qu’elles finiront par l’envoyer dans un camp… Officiellement, toutefois…
« Je fus chargé d’établir un registre et d’y inscrire tous les livres polonais et juifs. Il fallait, en langue russe, indiquer leurs titres, le nom de l’auteur, l’année et la date de leur publication, et en résumer brièvement le contenu. » (page 106)

Sur cette base, comment nuire discrètement au régime soviétique :
« Durant plusieurs semaines, je pointai chaque matin au deuxième étage de la maison où était situé le bureau de l’OBLLIT. Je portais une petite valise. Je choisissais quinze à vingt livres que je devais feuilleter dans la journée, essentiellement des ouvrages techniques, des brochures anodines. » (page 107)

Il y aurait, tout d’abord, un problème de positionnement personnel, nous avoue-t-il, et puis, bientôt, une assez grosse surprise :
« En réalité, je ne savais pas moi-même ce que le lecteur soviétique était autorisé à lire et où commençait la contre-révolution. Un jour, j’y trouvai mon propre livre sur le sionisme. » (page 107)

Et puis toujours ces abominables conditions de travail comme peut-être partout en pays soviétique :
« On était en juin ; Pinsk baignait dans les rayons du soleil. » (page 107)

Or…
« La ville se vidait. Des milliers de ses habitants étaient déportés, chassés, envoyés dans les prisons et les camps. » (page 107)

Allons bon !… Et pas lui ?… C’est le monde à l’envers.

Quel pauvre homme, décidément !…

Observons-le, au quotidien, dans sa très rude tâche :
« Pendant ces derniers jours de vie « normale » je ne me souciais plus de mon avenir. Chaque matin, je prenais un tas de livres chez mon inquisiteur et je m’en allais au bord de la rivière. En barque je passais sur la rive basse et, en kayak, je partais aux environs. Bientôt, les clochers des églises et les tours, endommagés par les bombardements de septembre disparaissaient. Un silence profond et une chaleur calme enveloppaient la rivière ; les berges vertes, bordées de roseaux pleins de chants d’oiseaux, se succédaient. J’arrivais à une petite plage sablonneuse, je me déshabillais, je me couchais sur le sable chaud et je regardais le ciel, pur et transparent. J’étais seul ; et seul le kayak, sur le banc de sable, me reliait au monde insensé et terrible où des millions d’hommes étouffaient entre la Gestapo allemande et la Geposta soviétique : la « Geheime Staats Politzei » et la « Géniale Politique de Staline ». Et, entre les deux, sur un banc de sable, un homme nu, sans défense, sans droits, sans issue, sans patrie, sans relation avec le monde extérieur, calomnié, trompé dans une impasse et voué à la mort. » (page 108)

Qu’on en juge selon ce qu’il nous rapporte de sa propre situation, et non selon l’emballage délirant qu’il y a délibérément ajouté…

Voilà donc quel petit paradis – s’il faut en croire ce qu’il nous a dit lui-même de la vie qu’il a pu y mener – le sioniste Julius Margolin déciderait, en 1946-1947, de détruire par la plume puisqu’il paraît qu’Hitler lui-même n’avait pas suffi à le détruire par le fer et le feu…

Michel J. Cuny


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