Le sioniste Margolin face aux adversaires de la Pologne du colonel Beck

Pour effectuer un rapide séjour dans la région Est de l’ancienne Pologne, et plus précisément à Bialystok qui avait d’abord été occupée par les troupes allemandes avant que celles-ci ne dussent se retirer devant les Soviétiques appuyés sur les accords secrets annexés au pacte germano-soviétique, Julius Margolin se sera cru dans la situation de devoir usurper une identité professionnelle capable de lui ouvrir certains accès. C’est lui-même qui en fait l’aveu :
« […] m’approchant de la milice ferroviaire, je déclarai que j’étais un chirurgien convoqué à Bialystok pour une opération urgente et que je devais prendre ce train. » (page 92)

Le subterfuge réussit au-delà de toutes ses espérances :
« Durant le voyage, j’eus droit à tous les égards possibles. On me donnait du « docteur ». » (page 93)

Mais à Brest (anciennement Brest-Litovsk), il lui faut quitter le train qui s’y arrête pendant vingt-quatre heures : quand, ensuite, il tente de le reprendre, on le lui interdit, bien qu’il se trouve être possesseur d’un titre de transport en bonne et due forme…
« […] je finis par pénétrer sur la voie par une entrée latérale à laquelle on accédait de l’extérieur, moyennant un petit pot-de-vin. » (page 93)

Tout ceci n’était pas vraiment anodin, même si Margolin aura alors feint de le croire :
« J’ignorais que ce genre de mystification pouvait valoir des années de bagne. » (page 93)

Mais, ensuite, il saura bien se plaindre d’avoir fini par être condamné à ce genre de peine dont nous commençons à comprendre en quoi elle aura sanctionné un ensemble invraisemblable de malversations dont nous ne connaissons pas vraiment la visée de fond, mais qui nous semblent de plus en plus graves au regard de la situation internationale du temps et de la localisation géographique dans laquelle Margolin lui-même s’agite jusqu’à pouvoir apparaître comme un élément très important dans un réseau de résistance souterraine aux Soviétiques et d’accointance plus ou moins nettement recherchée avec les… nazis.

En tout cas, il est très fier de l’annoncer :
« Le 8 mars 1940, je posai le pied dans la rue Saint-Roch, à Bialystok. C’était la « Journée internationale de la Femme » et les haut-parleurs, dans les rues, transmettaient, à cette occasion, des discours de fête. Je prêtai l’oreille et je reconnus une voix féminine, aiguë : c’était celle d’Assia. » (page 93)

Or, Assia est une parente éloignée de Margolin lui-même… Mais, même si elle est juive comme lui, elle n’est pas originaire du même milieu social, et sa scolarité ne lui a pas fait perdre le fil d’un engagement politique de longue haleine :
« Elle appartenait à une famille de travailleurs. Les années estudiantines d’Assia s’étaient passées à Varsovie. Elle manquait de tout, ne mangeait pas à sa faim. » (page 93)

Nous sommes là dans des temps qui correspondent à peu près à l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne et tandis que le ministre des Affaires étrangères de Pologne, le colonel Jozef Beck, s’efforce de maintenir de bonnes relations avec lui, le tout devant déboucher sur le refus opposé par la Pologne de Beck de laisser à l’U.R.S.S. la possibilité de traverser son territoire pour venir au contact des nazis… On connaît la suite…

Tout ceci nous permet de situer la jeune Assia… et, par contrecoup, le sioniste Margolin, qui nous rapporte ce qu’il lui avait vu vivre en 1933-1934 :
« […] grande fut ma surprise quand, au procès de la cellule communiste (illégale) de Bialystok, Assia comparut devant la Haute Cour polonaise, comme un des personnages principaux. » (page 94)

Il paraît que l’activité communiste n’était pas très bien vue dans un tel pays… La jeune femme écopa de quatre années d’emprisonnement, ce qui n’émeut guère notre Julius tout occupé à dénoncer la montée en puissance de celle qui s’annonçait comme une redoutable adversaire politique pour lui-même et ses amis :
« Mais les quatre années de prison ne passèrent pas en vain. Pour Assia, ce fut une véritable « académie du communisme ». » (page 94)

Libre aux environs, semble-t-il, de la signature des accords de Munich (30 septembre 1938) en conséquence desquels la Pologne du colonel Beck participerait – certes pour une faible part : la ville de Teschen – au dépeçage, par Hitler, de la Tchécoslovaquie, Assia est bientôt à nouveau arrêtée…
« Elle était alors membre du Comité central du parti communiste de la Biélorussie occidentale et elle fut condamnée à sept années d’emprisonnement. » (page 94)

Mais voici que soudainement, les rôles se trouvaient inversés, au grand dam de Margolin, qui ne peut que constater les dégâts, avant de délivrer tout son fiel :
« En septembre 1939, les détenues de la prison de femmes de Fordon furent relâchées et Assia occupa, dans Bialystok soviétisé, un poste dû à ses mérites. Je ne me souviens plus de quoi exactement elle était présidente. » (page 94)

La suite des propos de Margolin est d’abord très ambiguë, de sorte que nous ne savons pas précisément quoi en penser :
« Ses parents en furent très affectés : c’était le « vilain petit canard » de toute la famille et, brusquement, ce « vilain petit canard » devenait un cygne de conte de fées. Sa mère la regardait timidement quand, dans un somptueux manteau de fourrure, elle venait, pour une demi-heure, s’asseoir à la table, animée, les joues roses, parlant de son nouvel appartement et de ses meubles. » (page 95)

Ces gens-là étaient-ils sur des positions politiques comparables à celles de Margolin, le militant d’un nationalisme juif pur et dur et tout spécialement anti-prolétarien ? Étaient-ils, au contraire, admiratifs devant le courage et la détermination de leur fille ?

Quant à Margolin, il est travaillé par une nécessité  politique de médisance qui le conduit à faire passer pour une appropriation privée ce qui relève tout simplement des éléments d’exercice d’une importante fonction administrative :
« Assia et son mari, un communiste important, recevaient des traitements élevés et elle pouvait maintenant avoir une vie privée et le confort que, jusqu’alors, elle ne connaissait que de loin… » (page 95. Les points de suspension sont dans l’original)

Et tout particulièrement quand elle effectuait ses quatre années de prison… et quand elle croyait devoir se préparer pour sept autres années encore…

Michel J. Cuny


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