Ces Juifs « extraordinairement heureux » dans la Pologne allemande de 1940

Après nous avoir indiqué qu’il avait tout de même tenté de dissuader son ami de rentrer en Pologne, Julius Margolin doit finalement en convenir :
« Et Braun, de son propre gré, rentra à Varsovie en zone allemande, dans le ghetto juif dont il ne devait pas sortir vivant. » (page 91)

Il nous fournit tout de même encore quelques détails qui se rapportent au début du printemps de 1940 :
« Pour cinq cents roubles, il acheta un acte de naissance polonais qui lui garantissait la sécurité au moment de la rencontre avec les Allemands, à la frontière. En avril, il m’écrivit quelques mots de Varsovie pour me dire qu’il était « heureux, extraordinairement heureux ». » (page 91)

Aussitôt, Margolin place cela dans le cadre politique…
« Le fait que les uns étaient « extraordinairement heureux » de fuir les Allemands pour les bolcheviks, et les autres aussi « extraordinairement heureux » de fuir les bolcheviks pour les Allemands, illustre tragiquement la situation des Juifs polonais. » (page 91)

Est-ce si sûr ? De quels Juifs prétend-il nous parler ? De ceux qui, comme lui, se rangent du côté des gens fortunés, et se transforment en saboteurs d’un régime soviétique qui s’est offert à les secourir et qui leur laisse passer toute une série de petits caprices et de fautes plus ou moins lourdes alors qu’il est clair pour tout le monde que les nazis n’attendent que le bon moment pour se retourner contre l’U.R.S.S. ?

Du reste, Margolin a bien dû finir lui-même par admettre le caractère illusoire de toutes les protestations de bonheur juif sur la terre désormais tenue par Hitler :
« Cela changea très vite. » (page 91)

N’empêche, il paraît que ces quelques petits mois de bonheur extraordinaire sont restés à tout jamais inoubliables dans le cœur de notre sioniste préféré… Peut-être y avait-il quelques reproches à adresser à l’oncle Adolf… Mais pour qui sait les horreurs que Julius Margolin avait déjà dû endurer, en ce temps-là précisément, à cause de Staline, horreurs que venaient compléter toutes les abominations de la vie à Pinsk, il ne s’agissait que de peccadilles… On peut sans doute regretter la suite que les nazis ont donnée à tout cela…
« Mais il demeure que, jusqu’au printemps 1940, les Juifs préféraient le ghetto allemand à l’égalité soviétique. » (page 91)

Voilà qui commence tout de même à nous intriguer un peu…

Pour en avoir le cœur net, feuilletons l’édition du Journal de Joseph Goebbels qui a été réalisée entre 2005 et 2009 chez Tallandier sous le haut patronage de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Peut-être y découvrirons- nous que, pour se donner les moyens de bien enfoncer les Soviétiques, Margolin a un peu embelli le tableau réalisé par les nazis…

Un vrai paradis juif jusqu’au printemps de 1940… Voyons cela à partir de ce que la mémoire juive d’aujourd’hui nous en dit…

Sous la date du 4 septembre 1939, les annotateurs du tome 3 ont écrit :
« Le soir du 3 septembre, Himmler, prenant prétexte d’incidents antiallemands survenus en Haute-Silésie, ordonne la « répression radicale, avec tous les moyens disponibles, de l’insurrection polonaise qui est en train d’éclater ». Le même jour, les Einsatzgruppen, secondés par des milices recrutées dans la minorité allemande de Pologne, procèdent aux premiers assassinats de membres de l’intelligentsia polonaise et de juifs. » (page 10)

Il s’agit de sanctionner la défense nationale polonaise et les Juifs qui s’en veulent solidaires… Nous le savons : ce ne sont pas ces coreligionnaires que Margolin préfère. Cette Pologne-là, il n’en veut pas.

C’est également dans le cadre de la défense polonaise, et plus particulièrement de la capitale Varsovie que se range cette phrase de Goebbels datée du 5 septembre :
« Les Polonais se livrent à une folle campagne d’information sur les atrocités. On y trouve toute une gamme de crimes. Avant tout la fable de la Vierge détruite à Tschenstochau. » (Idem, page 12)

Elle est accompagnée de cette note des éditeurs :
« Des échanges de tir ont eu lieu – sans d’ailleurs que leur origine exacte puisse être établie. Finalement, quatre soldats allemands ont été tués et quarante autres blessés. Des quartiers entiers de la ville ont été bouclés, environ 10 000 habitants, arrêtés par la Wehrmacht, 300 hommes et femmes, exécutés. » (Idem, page 12)

Ici, aucune distinction n’est donc faite.

Voici maintenant une note qui vient en commentaire aux événements rapportés le 14 septembre 1939 :
« Afin de prévenir toute nouvelle action d’éventuels « francs-tireurs polonais », Hitler a donné, le 11 septembre, l’ordre à Himmler d’arrêter 500 otages, choisis majoritairement au sein de l’intelligentsia polonaise et parmi les communistes, en vue de leur exécution après tout nouvel incident. L’ordre est utilisé par Himmler pour agir au-delà du cas particulier de Bydgoszcz. Dès le lendemain, il s’y réfère pour justifier les exécutions en masse de couches entières de la société polonaise (« les juifs, l’intelligentsia, le clergé et l’aristocratie »), sans intervention d’une cour martiale ; pratiques qui, au bout de quelques négociations, finiront par être acceptées par la Wehrmacht. » (Idem, page 20)

Note rapportée au 24 septembre suivant :
« Le 22 septembre, des unités SS procèdent à la première mise à mort systématique de malades mentaux polonais, assassinant environ 2 000 patients de l’hôpital psychiatrique de Kocborowo, au sud de Dantzig. » (Idem, page 27)

Et c’est depuis Varsovie, en avril 1940, que Braun se déclare « heureux, extraordinairement heureux »… Mais de quoi donc ? De l’effondrement de l’État polonais ? De l’élimination des concurrents de l’élite polonaise ? et des Juifs qui s’étaient joints à la résistance à l’envahisseur nazi ? en même temps que d’un certain assainissement ethnique ?…

Or, voici que tout à coup Margolin est appelé à intervenir du côté de cette région nord-est de la Pologne dans laquelle l’Allemagne nazie s’est d’abord engouffrée en septembre 1939 alors que le pacte germano-soviétique l’attribuait à l’URSS
« […] au début de mars [1940], je partis pour Bialystok, afin de rencontrer des amis arrivés récemment de Varsovie. » (page 91)

En route vers le paradis, notre gentil militant sioniste ?…

Michel J. Cuny


2 réflexions sur “Ces Juifs « extraordinairement heureux » dans la Pologne allemande de 1940

  1. Bonsoir.
    Les juifs ont toujours vécu en étroite cohabitation et heureuse à travers le Monde, sauf..à partir de la montée du nazisme et du III ème Reich, avec un certain Hitler à la tête.
    Aujourd’hui, malheureusement, cet être abjecte a été remplacé par un tas d’idéologies diverses et adhérents de tout bord tout aussi dangereux et abjectes..
    J’ai fait, par trois fois, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle à pied.
    Et dans ce cadre précis, je peux dire et ajouter qu’au tout début des pèlerinages comme au Moyen-âge, les juifs côtoyaient les chrétiens sans discordes, dans les différents lieux d’hébergements comme à l’hospice du Somport(peu avant le passage enEspagne..), ou encore à la collégiale de Roncevaux (Roncesvalles en Espagne..).
    Voilà, pour ce que je tenais à dire..bonne fin de soirée à vous..Denis.

    P.S.: je tiens à préciser que j’ai toujours respecté toutes les religions monothéistes du début et ce depuis l’âge de 8-9 ans.

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    1. Merci, Denis, pour votre très touchant témoignage.
      Comme vous le voyez, il s’agit pour moi, ici, d’analyser le contenu de la politique sioniste à partir de documents écrits par des personnes qui ont appartenu à ce mouvement-là. Il me semble que nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce que cela comporte d’extrêmement dangereux pour l’ensemble des collectivités humaines : nous ne pouvons, en aucun cas, être des complices plus ou moins silencieux.

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