Sabotage sioniste, en 1940, des trésors biélorusses et du patrimoine soviétique

Ayant évoqué la Pologne allemande et, par contrecoup, tous les crimes qui s’y commettent, Julius Margolin feint tout à coup d’oublier – en parlant d’« occupant » – le plébiscite qui a eu lieu là où il vit, c’est-à-dire en Biélorussie soviétique :
« Rien ne pouvait aider l’occupant. » (page 75)

Et voici comment se recrutent les mécontents, selon lui :
« Les paysans n’étaient pas reconnaissants pour la terre, les Juifs pour leurs droits, les malades pour l’hôpital gratuit, les bien portants pour la ration et l’emploi. » (page 75) 

Au passage, nous remarquons que, sans crier gare, il mêle, dans ce qu’il considère comme une opposition au régime, aussi bien les propriétaires fonciers (qu’il ne distingue pas des paysans sans terre – et notamment de tous ceux qui avaient été spoliés dès 1920 au profit des officiers polonais de Pilsudski), les Juifs (parmi lesquels il conviendrait de distinguer ceux qu’il nous a présentés comme des spéculateurs invétérés et le petit peuple qui retrouve, parmi les fonctionnaires soviétiques, beaucoup de ses coreligionnaires dont il est vraisemblable qu’il partage les opinions et les intérêts), les malades (dont, pour ceux qui sont pauvres, on ne comprendrait pas très bien qu’ils soient fâchés de pouvoir disposer de soins gratuits) et ces bien portants qui feignent d’avoir des goûts particuliers pour pouvoir gémir de mets que, pourtant, bien d’autres travailleurs ne considèrent pas avec un souverain mépris… s’il faut en croire Margolin lui-même.

Ainsi sommes-nous parti(e)s du côté de la plus décidée des médisances… Et voici la conclusion, aussi rapidement administrée que le procès a été lui-même instruit :
« Les bolcheviks étaient arrivés dans un pays pacifique qui avait besoin de réformes sociales. En un laps de temps record, ils le détruisirent de fond en comble. Le mal et la violence, la souffrance humaine et le malheur qu’ils semèrent, dépassèrent ce que ce pays avait subi au cours des siècles : prouesse qui ne fut surpassée que par leurs continuateurs, les Allemands, après 1941. » (page 76)

Or, depuis septembre 1939, Julius Margolin était l’un des mieux placés pour savoir ce que c’était que le nazisme… Ou alors, pourquoi donc n’était-il pas resté à Lodz ?… Lui qui, déjà, ne se faisait pas la moindre illusion quant à l’Union soviétique ?…

Mais tout simplement parce qu’il avait décidé de tout mettre en œuvre pour rejoindre la Roumanie

Retenu malgré lui en enfer, voici ce qu’il dut y vivre… Nous en sommes terrorisé(e)s d’avance… Allons-y…
« Au début de l’année 1940 je fus invité à me présenter à la Section locale de l’Instruction publique de la région de Pinsk. À la Section des bibliothécaires, je fus reçu avec beaucoup de respect. « Asseyez-vous, camarade docteur. Excusez-moi de vous avoir dérangé. » » (page 77)

N’est-ce pas terrible ?… Et nous avons encore en mémoire quelques lambeaux de cette phrase où Margolin, parlant des horreurs soviétiques, évoquait « le mal et la violence, la souffrance humaine et le malheur qu’ils semèrent »…

Qu’allait-il devoir endurer ici que les nazis, certainement, ne lui auraient pas fait subir là-bas?…

Il nous le dit, alors, avec toute l’émotion et la colère que nous pouvons imaginer :
« L’homme qui avait fait appel à mes services, et qui, sans discussion, accepta mon plan de travail et le devis, l’homme qui me témoigna une attention et une sollicitude exceptionnelles n’était pas un homme soviétique. C’était un étudiant de Varsovie, un sioniste, qui me connaissait par quelques-uns de mes ouvrages. » (page 79)

Ah, quel criminel que ce Staline ! Faire tant de mal au Juif Julius Margolin en le remettant entre les mains d’un tortionnaire sioniste !… Il y avait là de quoi hurler, et d’ailleurs le pauvre résident de Tel Aviv ne s’en prive pas :
« Je dois avouer que, de ma vie, je n’ai jamais accompli un travail qui correspondît mieux à mes goûts. Comme j’aurais été heureux si en Palestine, sur le mont Skopus, à la Bibliothèque nationale, pareille tâche m’eût été assignée ! » (page 79)

Plus jamais il ne pourrait pardonner à l’Union soviétique de lui avoir si bien démontré que le paradis qui lui convenait le mieux n’était pas dans la terre promise par Moïse, mais dans celle qu’avaient su ensemencer Lénine et Staline !…

Et nous ne tarderons pas à en avoir les preuves les plus criantes.

Parce que, tout simplement, le brave Jules est désormais installé comme le ver dans le fruit, et qu’il ne va surtout pas se gêner. Ce qui est bien normal, compte tenu de l’état de bonheur qui est soudainement le sien. Suivons-le :
« Je pris contact avec le « Centre de recyclage des matières premières » pour y expédier, dès le premier mois, sept cents kilos de feuilles déchirées, de vieux journaux et autres papiers. Aujourd’hui, je comprends que j’avais été imprudent : il eût été facile de m’accuser de sabotage, de destruction de livres délibérée. » (page 79)

Or, son bonheur n’était pas tout à fait là où nous aurions pu croire… Il venait tout à coup de découvrir l’incroyable machine à saboter qui était en passe de de lui être confiée par son gentil camarade, sioniste comme lui :
« Mon travail consistait à sauver de la destruction des dizaines de milliers d’ouvrages ; à les trier, à mettre d’un côté ceux qui convenaient aux lecteurs soviétiques, à ranger séparément les ouvrages de théologie, la littérature antisoviétique, et les livres qui représentaient une valeur bibliophilique. » (page 79)

D’où l’intérêt de détruire tout ce qui allait dans le sens de la révolution prolétarienne… en adressant au « Centre de recyclage des matières premières » les documents qui auraient pu servir à mettre en cause la présence polonaise, ici même, depuis 1920, aussi bien que les exactions du régime tsariste d’avant 1917… Sans compter, l’accaparement toujours possible des trésors… bibliophiliques… à destination de certaines élites locales toujours en situation de pouvoir en tenter l’exportation.

Exalté par l’incroyable aubaine, Julius Margolin trouve encore le moyen d’accroître son empire :
« En attendant, on me délivra une carte qui me permettait de pénétrer dans l’enceinte de l’hôpital militaire fermée aux simples mortels, et me donnait le droit de recruter une équipe. Dans ma brigade, six hommes travaillaient avec moi. » (page 80)

Occupée à un travail qui n’était certainement pas le sien, la petite équipe se vêt de telle sorte qu’elle puisse accéder là où elle n’aurait peut-être jamais dû venir :
« Nous avions revêtu des blouses grises cousues par nous-mêmes pour nous protéger de la poussière. Nous commençâmes par réparer le toit qui laissait passer l’eau, abîmant nos livres. » (page 80)

« Nos livres »… Sans doute… À condition de réussir à les sortir de là.

Quant aux autres, voici qui démontre qu’effectivement il y en avait, et de quelles plumes redoutables :
« Il n’y avait pas de livres russes mais, parmi des milliers de volumes de théologie catholique et protestante, nous trouvâmes le Capital de Marx, les œuvres d’Engels et la collection complète du Sans Dieu soviétique. » (page 81)

Pour comprendre ce qu’ils seront devenus, il suffit de lire les mots qui viennent immédiatement après :
« Au bout d’un mois, nous en avions terminé avec la première pièce. Cet événement fut fêté comme il se doit. » (page 81)

Et dépêchons-nous de passer à la suite !

Michel J. Cuny


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