Entre l’hospitalité soviétique et les charmes nazis, le sioniste Margolin n’hésite pas une seconde

Nous avions vu que, mécontents du menu qui leur était proposé au même titre qu’aux ouvriers soviétiques, les Polonais qui avaient émigré à Pinsk pour y trouver du travail avaient décidé de quitter soudainement leur emploi… Les voici arrivés dans la principale ville de la Biélorussie occidentale. Margolin nous raconte la suite :
« À Minsk, ils se réunirent devant le bâtiment du Conseil de la ville et exigèrent leur rapatriement. » (page 71)

Une nouvelle fois, nous nous attendons au pire. Mais notre témoin privilégié ne peut lui-même qu’en convenir aussitôt :
« Ce genre de scènes était pour les Soviétiques quelque chose d’invraisemblable. Les autorités auraient pu sévir contre ces manifestants et ces déserteurs à la manière habituelle, en les envoyant dans un camp. Mais le temps n’en était pas encore venu. On les laissa repartir d’où ils étaient venus, où leurs langues se délièrent immédiatement : ils racontèrent tout ce qu’ils avaient vu. » (page 71)

S’il ne s’agit que de raconter ce que Margolin a bien voulu nous rapporter de l’absence de produits qui, seuls, auraient pu correspondre à leurs goûts, il n’y avait rien là qui fût digne d’engendrer le moindre scandale. Mais peut-être les Polonais étaient-ils disposés – comme tant d’autres transfuges – à inventer quelques crimes abominables à mettre sur le compte des Soviétiques… En tout cas, sans doute au titre d’une pierre d’attente qui pourra lui servir plus tard et qui nous met dès maintenant dans l’ambiance générale qu’il a décidé de créer autour de l’abominable Staline, le voici qui aura dès maintenant évoqué des… camps qui n’ont pourtant rien à faire ici.

Mais revenons avec lui dans sa ville natale :
« On pouvait trouver, sur le marché de Pinsk, du beurre et du lard à des prix dix fois moins élevés qu’en Ukraine soviétique. Les commerçants cachaient encore des réserves de marchandises polonaises. Venir chez nous signifiait se vêtir, manger à sa faim et épargner pour ses enfants. » (page 71)

Ce petit couplet ne peut que produire un certain malaise… Pourquoi « cacher » des marchandises, « polonaises » de surcroît… En réalité, c’est avouer un trafic qui ne peut se faire qu’au détriment des intérêts soviétiques en général, et au profit de commerçants qui, disposant de produits issus d’une importation illégale ou de tout autre accaparement clandestin, organisent la montée des prix et s’enrichissent sur le malheur public au profit d’eux-mêmes et de leur capital familial en général… Faut-il croire que cela allait pouvoir durer longtemps ?

Passons à une autre manœuvre…, puisqu’il semble que Julius Margolin affectionne tout particulièrement ce genre de phénomènes  dont il nous dit bien qu’il en a été le témoin à Pinsk. Nous voici dans une fabrique d’allumettes telle qu’elle a été réorganisée par les autorités soviétiques :
«  Du temps des Polonais, le salaire du directeur s’élevait à 4000 zlotys par mois. Les quatorze ingénieurs qui, à présent, se partageaient son travail coûtaient à l’État, tous ensemble, un peu moins que ce seul directeur, ou peut-être un peu plus, toujours est-il que la fabrique d’allumettes s’arrêta, faute de matière première. Les forêts de Polésie ne fournissaient pas assez d’arbres. » (page 72)

Ici, à nouveau, un élément contradictoire… en même temps qu’une information qui ressemble à une plaisanterie de comptoir… Voici que l’État soviétique – la dictature du prolétariat – réussit à obtenir, de quatorze personnes, l’équivalent d’un travail qu’à l’époque capitaliste le directeur réalisait à lui tout seul… Et ces quatorze incapables ne sont payés chacun de très peu… même si leur tâche est proportionnellement bien moindre… Résultat : la matière première fait défaut…

Il n’y a, dans tout cela, aucune logique, à moins qu’il ne s’agisse de brocarder, à très bon compte, la socialisation des moyens de production. Mais voici où Margolin voulait en venir :
« Ce chaos n’était pas un accident, il découlait logiquement de l’absence d’intérêt personnel, de l’indifférence à l’égard des affaires de l’État. L’entreprise que les gens devaient faire fonctionner ne leur apparaissait pas comme la leur : elle les dédaignait, et ils le lui rendaient bien. » (page 73)

Produite à partir d’arguments qui ne composent manifestement qu’une pure galéjade, cette petite histoire est ensuite utilisée comme moyen de démontrer le caractère nécessairement criminel des mesures prises pour remédier aux conséquences qu’une telle impéritie ne pouvait manquer d’avoir. Margolin n’hésite d’ailleurs pas une seule seconde :
« Pour lutter contre cela, il fallait établir, auprès de chacun, un contrôle ; au-dessus de ce contrôle, un autre contrôle et, par-dessus tout, le NKVD avec son knout. » (page 73)

En conséquence de quoi, toutes celles et ceux qui sont d’avance convaincus de la nocivité absolue du régime soviétique ne manqueront pas de se voir une nouvelle fois conforté(e)s dans leur position. Qu’importe ce qu’il y a dans l’argumentaire, pourvu qu’on ait l’ivresse de ce qui n’en est pas du tout le résultat…

Mais si, à cet endroit, on se décide à emboîter le pas à un Julius Margolin, il va falloir ne pas trop hésiter à bien se salir les bottes…

Voilà pourquoi… Prenons, avec lui, ce qui se passe au même moment à l’Ouest :
« Dans la proclamation allemande annonçant l’annexion de Poznan et de Lodz à l’Allemagne hitlérienne, on parlait du « grand honneur et de l’immense chance » accordés à ces deux villes polonaises par les Allemands. C’était un mensonge. » (page 75. C’est Margolin qui souligne)

Compte tenu de ce que son meilleur ami, Mieczyslaw Braun, était venu lui dire de ce dont il avait été témoin dans la ville polonaise d’Ostrow-Mazowiecki (« voir les corps des bébés voler en éclat sous les balles »), il est certain que la formule prêtée aux nazis avait tout de la litote masquant les crimes les plus effroyables…

Mais c’est bien la confusion volontaire entre nazis et Soviétiques que Margolin place sous la responsabilité de toutes celles et de tous ceux qui veulent absolument se ranger dans son camp… en ne s’appuyant que sur le grotesque de l’exemple que lui auront fourni les quatorze prétendus directeurs de l’usine d’allumettes de sa ville natale :
« Ce qui se passa à Pinsk, dans toute la Biélorussie et dans l’Ukraine occidentale, fut le même mensonge. Quelqu’un nous ferma la bouche et parla en notre nom. Quelqu’un entra dans nos maisons et dans notre vie et, sans notre consentement, en devint le maître. » (page 75)

… pour qu’ensuite on put sans doute y « voir les corps des bébés voler en éclat sous les balles » ?

Michel J. Cuny


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.