Le sioniste Margolin affronté à la dictature du prolétariat

Nous continuons à explorer, à travers le témoignage du sioniste militant Julius Margolin, les malheurs dont celui-ci se plaît à nous dire qu’ils auraient uniquement affecté la communauté juive présente dans la Biéorussie occidentale qui venait, avec l’Ukraine occidentale, de demander son rattachement à l’Union soviétique, à travers un plébiscite qui avait effectivement eu lieu en octobre 1939.

À travers les exemples qu’il nous donne, nous avons pu comprendre qu’il ne nous parlait, en réalité, que des Juifs aisés, que de ceux qui voulaient utiliser l’hébreu plutôt que le yiddish au lycée, etc. Suivons-le donc sur ce chemin où il ne veut voir qu’un malheur juif typique :
« Cette société, habituée à critiquer chaque geste du gouvernement polonais dont elle ne reconnaissait jamais l’autorité absolue, se trouvait maintenant face à face avec la terreur, sous la domination de la force aveugle et stupide qui, sans aucun discernement, anéantissait tout ce qui n’entrait pas dans le cadre du Gosplan. » (page 67)

C’est-à-dire tout ce qui n’entrait pas dans le plan d’organisation de l’Union soviétique se préparant à subir l’attaque allemande qui devait effectivement survenir en juin 1941… Contexte extrêmement délicat pour faire ce que Margolin considère lui-même comme étant de la résistance.

Ensuite, il nous annonce une mesure touchant la monnaie :
« En janvier 1940, le zloty polonais fut retiré de circulation sans avertissement. » (page 67)

Comment aurait-il pu en aller autrement ? L’État polonais avait totalement disparu : aucune tractation ne pouvait plus être menée à ce propos avec quiconque. L’échange avec le rouble devait donc se faire dans les plus brefs délais à un taux fixé par les autorités soviétiques pour éviter toutes sortes de spéculations. Ce qui montre que les mesures prises étaient les bonnes, c’est ce que Margolin nous révèle lui-même de la difficulté, pour les plus aisés, d’échapper au secret qui entourait ordinairement leurs petites affaires, et le choix qui fut parfois le leur de n’avouer que les flux d’argent les plus visibles :
« Le salaire devint l’unique source de revenus pour ceux qui, hier encore, comptaient sur leurs économies cachées, sur la réserve, sur les fonds familiaux. » (page 68)

Et là aussi, une curieuse résistance se mit en place :
« Bien sûr, le zloty ne fut pas dévalorisé instantanément : longtemps encore, il circula comme monnaie clandestine. Beaucoup de personnes préférèrent la spéculation et les revenus privés à un emploi soviétique. » (page 68)

Autre façon de se soustraire à l’effort de guerre qui devenait de plus en plus pressant. Mais, même dans ce contexte extrêmement préoccupant, la gravité des manœuvres auxquelles se livrent, selon le témoignage de l’un d’entre eux, certains notables juifs, ne leur attire pas la vindicte du nouveau pouvoir. Margolin le dit lui-même :
« Le changement se fit progressivement. Nous ne fûmes pas soumis brutalement au système de travail soviétique. Mais nous savions déjà ce qui nous attendait. » (page 68)

De quoi allait-il s’agir ? D’avance, nous tremblons. Mais c’est une erreur. Il n’y a qu’un rééquilibrage progressif du secteur public et du secteur privé. Là encore, c’est le témoin à charge qui en convient :
« Qu’y a-t-il de mieux qu’une polyclinique avec assistance médicale gratuite ? Mais, en même temps, le libre exercice de la médecine était interdit et les honoraires des médecins fixés à trois cents roubles par mois, quand le kilo de pain valait quatre-vingt-cinq kopecks. » (page 69)

Ce que nous aimerions connaître, pour pouvoir bien comprendre de quoi il s’agit, c’est le montant du salaire ouvrier moyen dans ce pays-là et à ce moment-là. S’il faut se fier aux seuls chiffres fournis ici – dont rien ne nous garantit la fiabilité -, la rémunération des médecins aurait correspondu à la possibilité de se procurer un peu plus de 10 kilos de pain par jour…

Impossible d’en dire plus. Serait-ce véritablement un scandale dans une région nécessairement très pauvre, en butte à de terribles dangers, et qui vient de perdre son système de gouvernement à la suite de l’invasion nazie ?

Mais voici que Margolin trouve un nouvel angle d’attaque qui nous fait encore plus regretter de n’avoir pas de chiffres précis en ce qui concerne les ouvriers dont il faut tout de même dire que les citations précédentes nous ont permis de découvrir qu’au minimum ils bénéficiaient – entre autres avantages sans doute – de… l’assistance médicale gratuite :
« La situation matérielle des ouvriers s’aggrava subitement, et si les Polonais les exploitaient, que dire alors des Soviets ? » (page 70)

Eh bien, justement, dites-nous !…

Nous avions appris qu’en Pologne, les Soviétiques avaient été très bien accueillis, et qu’ils avaient invité ceux qui le souhaitaient à venir travailler à l’Est… Margolin nous avait alors confié que, quant à ceux qui avaient accepté cette invitation, on ne les avait plus jamais revus, et qu’en tout cas, ils n’avaient plus jamais donné de leurs nouvelles…, ce qui laissait à penser que…

Maintenant, il paraît que, rien que pour dire du mal du système soviétique, ils ont retrouvé leur langue :
« Les ouvriers qui, en septembre 1939, étaient partis volontairement dans le Donbass ou dans d’autres régions nous renseignèrent à ce sujet. » (page 70)

Voilà, cependant, tout ce qu’ils auraient trouvé à déclarer :
« Ces conditions étaient insupportables pour des Polonais habitués à vivre et à se vêtir convenablement. » (page 70)

Tout dépend donc du type de Polonais visé : convenable pour un ouvrier, pour un ingénieur, pour un propriétaire terrien ? Ou bien pourraient-ils s’agir de conditions tout simplement inhumaines ?

Fort heureusement, Margolin précise sa pensée qui est effectivement assez curieuse :
« Les ouvriers soviétiques, eux, savaient se passer de petit déjeuner, de thé et de sucre, de viande et de graisses. » (pages 70-71)

Cela voudrait-il dire qu’ils pouvaient très bien ne rien manger ? Ou que, tout simplement, ils mangeaient autre chose qui pouvait être au moins chargé d’autant de calories sans pour autant manquer d’aucune des qualités gustatives qui permettaient à ces Soviétiques d’y trouver tous les plaisirs nécessaires ?

Alors… Façons d’enfants gâtés devant un menu qui ne leur convient pas, ou de personnages qui organisent une résistance politique à partir de quelques faux-semblants ? Il semble bien qu’il puisse s’agir des deux à la fois. C’est du moins ce que les propos de Margolin nous portent à penser :
« Les Polonais, eux, n’y étaient pas préparés. Au bout de quelque temps, ils abandonnèrent leurs emplois. C’était un crime en URSS, mais eux bénéficiaient d’un statut spécial. » (page 71)

D’un statut spécial… consenti par des Soviétiques… dont la magnanimité ne cessera décidément pas de nous surprendre… tandis que Margolin, lui, ne veut absolument voir que des crimes abominables dans tout ce dont, pourtant, il se fait l’écho… sans que nous puissions y déceler la moindre méchanceté.

Michel J. Cuny


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