La résistance active du sioniste Margolin contre tout ce qui convient aux Juifs pauvres

Ayant affirmé que la bourgeoisie paysanne, les intellectuels, les nationalistes polonais, biélorusses et ukrainiens vivant en Biélorussie à la fin de 1939 et au début de 1940 avaient été emmenés en Russie du Nord où ils avaient péri, Margolin prétend en faire la preuve à partir de deux seuls exemples dont voici le premier :
« Au printemps 1944, je rencontrai un paysan dans un camp du nord de la Russie. Cet homme, originaire d’un village des alentours de Pinsk, mourait d’inanition. D’après son parler, son apparence, sa culture, c’était un paysan, un Polonais des Kresy. Il me raconta qu’il avait été arrêté avec quatorze autres personnes, dont deux seulement étaient encore en vie. L’une des deux, c’était lui-même, un cadavre ambulant. » (page 63)

Rien sur les circonstances de cette arrestation… Or, Margolin a eu l’occasion de s’entretenir directement avec cet homme… Ne lui aurait-il donc rien demandé à ce propos ? N’aurait-il été victime que de la méchanceté des Russes ?

Second exemple :
« Le deuxième était un Ukrainien, ancien bourgmestre d’une petite ville de Podolie. Avocat respecté, figure importante de sa ville, il avait écopé d’une peine de huit ans. » (page 64)

Pour quel motif ?… Décidément, Margolin n’était vraiment pas curieux… Ou bien, il préfère ne pas nous dire ce qu’il sait…

Mais il a encore bien des choses à nous rapporter à propos des exactions soviétiques :
« À Pinsk, l’étape suivante ne tarda guère, et ce fut le tour de la population juive des villes. La « cinquième colonne » des indicateurs locaux aida à établir les listes des « éléments oisifs ». Sur ces listes figuraient les marchands, les propriétaires d’immeubles, les avocats, les commerçants, des centaines de gens. Tous furent chassés de la ville et envoyés dans les petits bourgs environnants, où personne ne les connaissait et où ils se trouvèrent dans la situation de fugitifs sans abri. » (page 64)

S’il s’agissait de s’en prendre aux Juifs en tant que Juifs, nous ne comprenons pas pourquoi la mesure d’éloignement se limite aux couches supérieures… Si, au contraire, elle doit frapper sur des critères de classe sociale, nous ne comprenons pas pourquoi seuls les Juifs sont atteints…

Au-delà, il n’y a toujours aucun motif précis : s’agissaient-il d’activistes antisoviétiques inculpés et condamnés dans un contexte où le plébiscite avait réglé la question du régime de propriété à appliquer dans cette région désormais rattachée à l’Union soviétique ?

En tout cas, la suite du témoignage tend à démontrer que, désormais, seuls les Juifs sont concernés, nous ne savons toujours pas pourquoi, à moins qu’il ne faille assimiler les Soviétiques aux nazis… Dans l’immédiat, Julius Margolin n’affirme rien de tel… Sans doute se contente-t-il de nous décrire des faits… Voyons cela…
« La mesure suivante décida l’abolition des institutions culturelles et la soviétisation des écoles. » (page 65)

Pour quelle raison ? Dans quel but ? Nous ne pouvons qu’y voir de l’antijudaïsme tout ce qu’il y a de plus sommaire… Or…
« Cette « extirpation de la culture » se faisait grossièrement, mécaniquement, comme si l’on arrachait une dent saine pour la remplacer par une fausse. » (page 65)

Ce qui est effectivement tout ce qu’il y a de plus incompréhensible… Certes, tout le monde connaît le proverbe qui dit : « mentir comme un arracheur de dents »… Il y a eu aussi le vol, par les nazis, de dents en or sur les cadavres. Margolin veut-il nous dire que les Soviétiques en étaient là eux aussi ?

Mais, ensuite, nous commençons enfin à mieux comprendre… À beaucoup mieux comprendre…
« Il y avait, à Pinsk, un lycée juif, Tarbut, l’orgueil de la ville, avec sept cents élèves et une importante bibliothèque ; c’était la citadelle du sionisme, le centre de l’éducation juive, sous la tutelle amoureuse et constante de la communauté juive de Pinsk. Les bolcheviks obligèrent les professeurs à faire leurs cours, non en hébreu, mais en yiddish […]. » (page 65)

C’est-à-dire dans la langue pratiquée plus particulièrement par les Juifs… pauvres. Ainsi voyons-nous que ce n’était pas la spécificité juive qui était mise en cause par l’administration soviétique – dont il importe de rappeler qu’elle comprenait une quantité très significative de Juifs et tout spécialement des classes les plus pauvres – mais les milieux dont on imagine qu’ils ne sont pas restés les bras ballants devant le nouveau cours des choses.

C’est bien ce que permet de comprendre la suite du témoignage de Margolin :
« Cet hiver-là, les garçons et les filles continuèrent, en cachette, à apprendre la langue proscrite ; ils jurèrent de ne pas oublier Sion, de ne pas se laisser arracher à la culture nationale. » (page 65)

Ce qui, dans ce cas, ouvrait la voie à des tentatives d’intervention étrangère et, tout spécialement, à travers un dévoiement de la jeunesse juive appelée à entrer en dissidence avec les autorités soviétiques, et dans le cadre d’une guerre en cours, dont tout laissait prévoir qu’un jour elle se transformerait en conflit germano-soviétique… Dans quel camp les sionistes comptaient-ils se ranger ? En tout cas, nous pouvons comprendre quel rôle Margolin jouait lui-même dans tout ceci, et anticiper sur certains des malheurs qui n’allaient pas tarder à la toucher. Car, c’est lui qui nous le dit :
« Il ne faut pas perdre de vue qu’à Pinsk chaque famille avait en Palestine des parents ou des amis. » (page 65)

Mais pourquoi donc ne pas évoquer la résistance de l’ensemble de ces adultes-là ? Et pourquoi ne paraître s’intéresser qu’aux lycéens ?
« Évidemment, cette résistance enfantine n’aurait pas continué bien longtemps ; elle se serait éteinte d’elle-même, ou elle aurait été écrasée dans les camps et les déportations, comme le sont en URSS toutes les tentatives d’indépendance nationale, juives et autres. » (page 66)

Mais la résistance des adultes… jusqu’où se sera-t-elle étendue ?…

La suite ne fait toujours qu’énumérer les sanctions :
« Les chefs du Bund [Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie] avaient été arrêtés et déportés ; en avril, ce fut le tour des sionistes, qui furent condamnés à huit ans de camp de concentration. »

S’étaient-ils contentés de rester les bras croisés ? Certainement pas, puisque Margolin peut écrire ceci :
« Systématiquement et impitoyablement, tous les éléments actifs, susceptibles d’opposer une résistance à la « rééducation des masses » étaient arrachés de la population. » (page 66)

« Résistance », encore et toujours… Mais pourquoi ne pas nous en dire plus sur ce point précis ?

Michel J. Cuny


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