La preuve des crimes soviétiques, selon le sioniste Margolin ?… Des histoires qui passaient de bouche en bouche

Ayant évoqué, selon ses propres mots, la « liquidation en bloc » de l’ancienne administration polonaise en Biélorussie occidentale, Julius Margolin enchaîne immédiatement sur ceci :
« Puis vint le tour des osadniki. » (page 62)

Ne perdons pas de vue que nous nous trouvons ici sur un territoire qui appartenait, avant 1917, à la Russie tsariste, et qui avait été pris trois ans plus tard, par la Pologne, à la suite de la guerre qui l’avait opposée à la toute jeune Russie soviétique.

Julius Margolin nous rapporte la suite :
« Pendant les vingt années de son indépendance, le gouvernement polonais avait procédé au partage des terres des grands propriétaires de l’Est et, sur ces parcelles libérées, il avait installé, non la population locale, mais des colons polonais, le plus souvent des soldats qui s’étaient distingués pendant la guerre polono-soviétique de 1920. » (page 62)

La population locale ayant été spoliée par l’État polonais, il est assez compréhensible qu’elle se soit ralliée massivement à l’Union soviétique lors du plébiscite auquel Margolin avait refusé d’apporter la moindre caution… et que, sitôt après le vote, l’administration polonaise ait eu très rapidement à faire ses bagages… Inutile d’aller la massacrer… Mais, peut-être que la formule de « liquidation en bloc » est à prendre dans un sens très amorti…

En tout cas, Margolin ne pourra pas nous dire qu’il n’avait pas compris le sens profond de l’installation de ce que lui-même appelle des « colons polonais » sur le sol biélorusse au lendemain de la défaite des bolcheviks en 1920. Il le dit lui-même :
« Ils renforçaient l’élément ethnique polonais dans les provinces de l’Est, et étaient le soutien de l’État. » (page 62)

Il s’agissait donc bien d’une colonisation… ethniquement centrée… sur la personne de ceux que, dès lors, on appellerait les osadniki.

Or, très vite, Margolin arrange tout cela à sa façon :
« La population locale n’aurait jamais fait de mal à ces osadniki, agriculteurs comme eux. » (page 62)

Elle aurait effectivement eu tort de s’y essayer : ces officiers en retraite, délégués tout spécialement par l’État polonais pour agir en conquérants, c’est-à-dire éventuellement de vive force, auraient su la contenir et la sanctionner de la plus brutale des façons.

Quant à ranger ces seigneurs de la guerre sous la même bannière d’agriculture qu’une main-d’œuvre dont on imagine le peu de droits qu’il lui restait après qu’elle eût perdu sa terre, c’est sans doute pousser le bouchon un peu loin.

Mais il paraît que c’est tout à fait nécessaire pour pouvoir introduire ensuite les véritables responsables d’une catastrophe particulièrement exemplaire, selon ce que Margolin se donne la peine de nous en dire. Elle va frapper les osadniki, sans pouvoir être le fait des « autres » agriculteurs biélorusses qui les aimaient bien, à ce qu’il paraît…
« Le pouvoir soviétique, venu de l’extérieur, les qualifia d’ennemis et les déporta, exactement comme les Allemands déportèrent les Juifs. » (page 62. C’est Margolin qui souligne)

Un premier point nous étonne : le pouvoir soviétique, qui n’était là qu’en application des résultats du plébiscite, peut difficilement être réputé venir « de l’extérieur ». Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’il n’avait aucune raison de laisser la Biélorussie occidentale dans sa situation de pays colonisé par la Pologne

Fallait-il, pour autant, qu’il agisse ici comme les Allemands le faisaient ailleurs en présence des Juifs ? Certes, depuis la visite de son ami Braun – qui est d’ailleurs très vite retourné en Pologne occupée et sans la moindre crise de conscience -, Margolin sait ce que les nazis sont susceptibles d’infliger aux populations locales un peu partout où ils passent, et la prédilection qu’ils ont pour les Juifs, mais d’où tire-t-il que les Soviétiques ont agi de même en Biélorussie occidentale ? Il va sans doute très vite nous le dire…
« Le châtiment des osadniki impressionna fortement la population juive de Pinsk. » (pages 62-63)

Avant même de savoir ce qui aura bien pu se passer, une chose nous semble donc sûre : les Juifs – rien que les Juifs ? – y ont été tout spécialement sensibles. Des Biélorusses, il ne nous est rien dit à ce propos… N’y auraient-ils vu que du feu ? Toutefois, nous savons, par ailleurs, que tout le mal s’est produit à travers le « pouvoir soviétique venu de l’extérieur »… Qu’auront donc fait les Biélorusses en la circonstance ? En tout cas, ils ne paraissent avoir été ni bourreaux, ni victimes, ni aussi sensibles que les Juifs.

Venons-en aux faits :
« On était au cœur de l’hiver, il gelait très fort. Des histoires de trains non chauffés qui, deux jours durant, restèrent en gare, et de mères jetant par les fenêtres des wagons cadenassés les cadavres gelés de leurs enfants, passaient de bouche en bouche. Ces crimes, dans le style hitlérien, provoquèrent une terreur générale. » (page 63)

Les preuves se résument donc à ceci : « Des histoires… passaient de bouche en bouche. » Pourquoi pas ?… Et alors ?… Où sont les preuves des crimes eux-mêmes ?

Laissons de côté cette question… Admettons que ces crimes soient avérés… Pour quelle raison une chose si monstrueuse que cette histoire de cadavres gelés d’enfants aurait-elle choqué plus fortement les Juifs que quiconque n’aurait pas appartenu à leur collectivité ?

Inutile d’embarrasser Margolin avec cela. La même page lui offre toute la place nécessaire à cette nouvelle envolée qui n’offre, elle non plus, aucun indice à quoi la rattacher :
« La liquidation des osadniki fut suivie de la déportation massive et systématique dans les profondeurs de l’URSS de tous les hommes des villages jouissant d’une certaine popularité, ayant une activité sociale, ou occupant un poste important. On liquida non seulement la bourgeoisie paysanne, les intellectuels et l’élément patriotique polonais, mais encore tous ceux, Biélorusses et Ukrainiens, qui avaient une certaine autorité. » (page 63)

Et voici, pour finir, le critère qui doit sans doute servir de preuve ultime à un tel massacre :
« Et plus ils étaient populaires, plus cela allait mal pour eux. La plupart ont péri dans la Russie du Nord. » (page 63)

En tout cas, ce qui est certain, c’est que toutes ces « histoires… passaient de bouche en bouche », comme elles peuvent continuer de le faire aujourd’hui, pour peu que l’on accorde quelque crédit à un Margolin… qui semble avoir tout tenté pour impressionner « fortement la population juive de Pinsk », et la dégoûter à tout jamais de l’Union soviétique, en particulier, et du soviétisme, en général.

Michel J. Cuny


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