Le sioniste Margolin face au soviétisme… Rien qu’une petite déception ?…

La Roumanie lui étant décidément inaccessible, Margolin choisit de tenter l’aventure du côté de la Lituanie… Nous sommes toujours en 1939 :
« Dans la deuxième quinzaine de décembre, j’arrivai à Lida, sur la ligne de chemin de fer Baranowycze-Wilno, à la frontière lituanienne. » (page 56)

Cette fois, il n’est pas seul…
« À l’heure du dîner s’assemblaient des rabbins en bonnets de fourrure, et des Juifs barbus qui fuyaient l’impiété soviétique et brûlaient de se trouver dans Wilno, la Jérusalem lituanienne. » (page 57)

Retenons que ces gens-là ne semblent pas redouter autre chose que l’athéisme ambiant, et qu’ils ne se sentent pas menacés de périr bientôt sur un bûcher…

Quant à Margolin lui-même, il entame une manœuvre dont il ne semble pas avoir cherché à avertir les autorités soviétiques :
« Nous avons formé un groupe de sept personnes et nous nous sommes mis d’accord avec le passeur. » (page 57)

Il y eut effectivement un début d’exécution…
« Mais nous n’allâmes pas loin. » (page 58)

Et voici notre Margolin devant les fonctionnaires du NKVD : ne vont-ils pas le dévorer ?

Lui ne nous cache pas qu’il a tenté de les tromper…
« […] je racontai que j’allais à Radun, petit bourg à dix-huit kilomètres de Lida. […]. Je prétendis qu’on m’avait promis là-bas un emploi à la centrale électrique. En effet, quelques jours auparavant, j’avais rencontré le directeur de cette centrale, auquel j’avais demandé « par précaution » une « invitation » à Radun. » (page 58)

Ceci nous permet de constater que Margolin disposait de réseaux manifestement très étendus et qui atteignaient les sommets de l’industrie… Décidément pas un prolétaire…

Le fonctionnaire soviétique va-t-il toutefois se venger de lui ? Pas le moins du monde :
« Il me conseilla de trouver du travail à Lida et de ne plus mettre les pieds à Radun, dont l’entrée était interdite. Et ce fut tout. » (pages 58-59)

Notons bien qu’il est écrit que l’entrée à Radun « était interdite » et non pas « m’était interdite ». Or, il y avait obtenu, nous a-t-il appris en y mettant des guillemets, une « invitation »… Ce qui démontre que, tout autant que lui, le directeur de la centrale avait agi en infraction avec un règlement, et ceci au profit d’un étranger, puisque Margolin ne cessait de revendiquer son statut d’étranger, y compris lorsqu’il s’était agi de voter.

Il le reconnaît cependant lui-même :
« […] j’avais eu « de la chance », car nous avions été arrêtés non pas à la frontière même, mais sur le chemin. » (page 59)

N’était-ce donc que de la chance ? Et pourquoi à nouveau des guillemets ?

Mais peut-être en avons-nous fini avec toutes ces petites aventures qui nous laissent une impression très étrange :
« Être contrebandier ne me convenait pas. Le 31 décembre 1939, avec beaucoup de difficultés, je me casai dans un train en direction de Pinsk. À minuit, nous arrivâmes à Luniniec. » (page 59)

C’est sur cette bonne nouvelle que nous en venons à une partie de son livre que Julius Margolin a fait le choix d’intituler « Histoire d’une déception »… Il l’avoue sans façon – et c’est effectivement ce que nous avions pu comprendre depuis le début :
« […] je n’ai jamais été fasciné par le régime soviétique. »

Pour autant que nous puissions nous substituer à eux, sans doute pouvons-nous penser que les Soviétiques eux-mêmes ne lui en auraient pas demandé tant… Plutôt que d’éventuellement le « fasciner », ils auraient préféré obtenir de lui qu’il s’en tienne à respecter une loi qu’il tenait absolument à considérer comme une loi « étrangère », d’où son refus acharné de participer au plébiscite… Il l’écrit d’ailleurs lui-même :
« Je me comportais envers l’URSS sans illusions et sans hostilité, comme un étranger. » (page 61)

… qui ne respectait pas tout à fait la loi, ainsi que nous avons pu le vérifier…
« Mais il est certain qu’au moment où l’armée Rouge entra, les masses de la population d’Ukraine occidentale et de Biélorussie éprouvèrent une profonde reconnaissance et mirent en elle tous leurs espoirs. » (page 61)

Le « mais » venant tout juste après « comme un étranger », semble établir une très nette distinction entre son avis d’étranger et celui des « masses » dont nous voyons qu’elles s’en remettent entièrement à l’armée Rouge…

Qui donc s’apprête à rencontrer une « déception », et de quelle nature sera-t-elle ? Sont-ce les masses – c’est-à-dire ce que l’on pourrait ranger sous le terme de « prolétariat » – ou est-ce le « riche » étranger qu’est ce Julius Margolin qui paraît vivre tout à fait à l’aise sans se soucier de trouver le moindre travail, et ceci depuis le mois de septembre ?

N’est-ce pas ceci, qui lui reste en travers de la gorge, et qui avait quelque chance de ne pas déplaire aux « masses » :
« J’ai observé, à Pinsk, les diverses étapes de la soviétisation. » (page 62)

En tout cas, quelque chose le choque immédiatement, et il s’empresse de nous le dire :
« D’abord, les représentants de l’administration polonaise disparurent de notre horizon. » (page 62)

Comment aurait-il pu en aller autrement ? L’État polonais ne s’était-il pas complètement effondré, le gouvernement partant en exil en Roumanie, et désignant, parce qu’on l’y emprisonne, un gouvernement en exil qui séjournera en Grande-Bretagne ? N’y avait-il pas eu un plébiscite décidant de l’adhésion de l’Ukraine et de la Biélorussie occidentales à l’Union soviétique ?

De fait, le brave Margolin ne nous parle de rien de tel en évoquant une disparition

Et ici commence son véritable travail. Le travail qu’il s’est donné en 1946-1947, moment où il rédige ce constat en bonne et due forme du caractère génocidaire – qu’il a pu vérifier sur pièce tout au long de la Seconde Guerre mondiale – du régime soviétique… Ainsi n’hésite-t-il pas, dès cet instant, à nous révéler le sens « véritable » du limogeage de l’administration polonaise :
« […] la mesure, typiquement soviétique, exigeait non seulement leur révocation, mais leur liquidation en bloc. » (page 62)

Pour les preuves, il faut dire que nous les attendons encore. Mais qui se soucie de cela ?

Une chose est sûre : si un tel crime a été effectivement commis, admirons immédiatement l’extrême magnanimité de Julius Margolin : il ne fait que ressentir une « déception »

Or, justement, les crimes vont maintenant se produire à la pelle et dès les pages immédiatement suivantes… qui se mettent très gentiment à exposer rien que cette « Histoire d’une déception »

De qui se moque-t-il, ce Margolin ?

Michel J. Cuny


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