Sionisme : un pays, le sien, dont il est inutile de regretter la disparition…

Revenons à la Pologne et au sioniste Julius Margolin

En un peu plus de quinze jours – c’est-à-dire selon un délai comparable à celui qu’il faudrait à l’armée allemande pour régler son compte à l’armée française un an plus tard –, l’affaire était faite, nous rapporte-t-il :
« Du 1er au 17 septembre, nous avons assisté au spectacle pathétique de l’anéantissement de la Pologne. » (page 22)

Se sera-t-elle vraiment défendue ? Ou bien n’aura-t-elle fait qu’anticiper sur les manœuvres douteuses qui ont préparé la défaite française de mai-juin 1940 ?

Pour sa part, Julius Margolin ne paraît pas avoir entretenu la moindre illusion. Il lui aura suffi de considérer le sort réservé à la ville la plus importante de l’ouest polonais, celle par laquelle devait commencer l’assaut allemand :
« Dès la première demi-heure, quand, sous Poznan, les forces polonaises ne purent soutenir le choc des tanks allemands, la guerre était perdue. » (page 22)

Peut-être que, comme certains le penseraient en France dans des circonstances comparables, convenait-il de faire le moins de mal possible aux troupes allemandes pour leur permettre ensuite de donner le meilleur d’elles-mêmes dans la profondeur orientale…

Quoi qu’il en soit, ayant derrière lui certains appuis dont il ne nous dira pas un traître mot, Margolin n’aura pas eu à attendre le 17 septembre pour quitter le centre de la Pologne et se décaler un peu vers l’est :
« Le cinquième jour [5 septembre], à l’aube, je quittai Lodz. Très tôt, on m’avait téléphoné : « Il y a une place pour vous dans la voiture ; nous vous attendrons quinze minutes. » » (page 24)

Au passage, nous découvrons qu’à Lodz, il disposait d’une domestique… Et que la Pologne n’était décidément pas sa patrie :
« Ma maison était en Palestine. Depuis 1936, ma famille s’y trouvait et cet été-là, je n’étais venu en Pologne qu’en visiteur. Seul mon passeport polonais me liait à la Pologne… et la sentimentalité d’un Juif polonais. » (page 24)

Serait-il arrivé là en sa qualité de sioniste militant et d’extrême-droite ? Qui sont ceux qui lui offrent une place dans leur voiture ? Pourquoi est-il venu précisément à ce moment-là en Pologne ? Dans une Pologne qui avait atteint le paroxysme de l’attitude pro-allemande en interdisant obstinément, par le refus de tout passage des troupes soviétiques sur son sol, la concrétisation d’un accord entre l’Union soviétique, d’une part, et le couple franco-britannique, de l’autre, qui se portait lui-même garant des frontières polonaises ?

Alors que la tragédie commence, Margolin se sent solidaire d’une communauté qui ne souhaite guère trop insister sur son lien avec la Pologne :
« On ne peut parler qu’au passé du patriotisme des Juifs polonais. Il n’y a plus de Juifs polonais. » (page 25)

C’est-à-dire que lui-même ne se reconnaît plus que comme juif. Il veut bien abandonner la Pologne à son triste sort… N’était-il d’ailleurs pas venu ici pour pousser à l’immigration en Palestine ? Il ne nous le dit surtout pas. À moins que nous ne le lisions ici quand une émotion qui vient de loin sans doute lui fait très momentanément perdre le fil de Sion :
« Mais le matin où commença mon odyssée de fugitif, j’étais sincèrement ému et la tragédie polonaise, dans ma pensée, cachait l’autre, la seule à laquelle il fallait pourtant penser, la tragédie de mon propre peuple. » (page 25)

« La seule… » Et pourquoi donc ? Parce que Margolin en veut plus particulièrement à cette terre-là :
« En vingt ans de son indépendance, la Pologne des Légions commit trois erreurs qui équivalent à des crimes […]. » (page 25)

Cette Pologne des Légions, c’est celle du nationaliste polonais Pilsudski, et de ce premier crime qui la caractérise selon Margolin :
« Biélorusses, Ukrainiens, Lituaniens et Juifs ne disposaient pas de droits égaux à ceux des Polonais. La deuxième, c’était l’idéologie inhumaine et destructrice de la « droite » polonaise [qui] enlaidit le visage du peuple polonais de cette grimace de l’antisémitisme qu’il garde à ce jour. » (page 25)

N’était-ce pas, par contrecoup, ce qui donnait tant d’attraits à l’Union soviétique auprès de cette jeunesse juive qui, en Pologne et selon Margolin lui-même, « était communisée à 10 ou 15 % » ?

Mais il y a encore un troisième crime…
« […] c’était sa politique extérieure, ce refus de défendre la Démocratie européenne qui s’exprima par un acte de trahison honteuse en 1938, au moment où la Pologne aida l’Allemagne à envahir la Tchécoslovaquie, tressant ainsi la corde à laquelle elle allait être pendue. » (page 25)

Ici, Margolin n’est pas gentil avec la Pologne… Récupérant Teschen, elle n’a pas ajouté grand-chose au seul événement qui ait véritablement compté dans la catastrophe subie par la Tchécoslovaquie en 1938 : les accords de Munich. Or, l’objet principal de ceux-ci, c’était de chasser l’Union soviétique du concert politique européen, et d’ouvrir la voie à l’Allemagne nazie vers l’Est…

Margolin veut-il nous dire qu’en ce temps-là il aimait suffisamment l’URSS pour lui avoir souhaité de prospérer et d’embellir ?

Nous en reparlerons le moment venu.

Michel J. Cuny


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