Propagande sioniste : les coulisses de l’exploit

Le livre Voyage au pays des Zé-Ka, c’est-à-dire au pays des détenus des camps, s’ouvre sur un Avant-Propos de Julius Margolin lui-même. Voici ce qu’en sont les tout premiers mots :
« Longtemps avant la Seconde Guerre mondiale, j’avais l’intention de faire un voyage en Union soviétique. J’habitais à Lodz, en Pologne. Dans ce pays, la curiosité envers l’Union soviétique était grande. » (Julius Margolin, Voyage au pays des Zé-Ka, Le Bruit du temps 2010, page 15)

Pour nous qui connaissons le ralliement, en 1929, de Margolin au Betar d’un Jabotinsky fascisant et anticommuniste de combat, le caractère plutôt particulier de sa curiosité ne peut laisser place à aucun doute : ce n’était pas du tout affaire de sympathie.

C’est qu’il y allait, d’une part, d’une certaine forme de concurrence, qui ne devait pas être de son goût, sur le terrain même de la Pologne :
« La jeunesse juive était communisée à 10 ou 15 %. Dieu sait l’idée que se faisaient du communisme les pauvres rêveurs des ghettos polonais ! » (page 15)

Une idée certainement fondée sur une illusion soigneusement organisée par les bolcheviks eux-mêmes, puisque, ainsi qu’il l’écrit avec un rien d’ironie à propos de ces visiteurs sans doute peu regardants :
« Les touristes suivaient les itinéraires de l’Intourist pour faire connaissance avec le grand pays de la révolution. Beaucoup d’entre eux revenaient, après une semaine passée à Moscou, avec une boîte de chocolats soviétiques et d’agréables souvenirs. » (page 16)

Il paraît qu’au-delà des chocolats et d’éventuelles babioles, il devait y avoir un aimant d’une nature entièrement différente et très pertinente, à moins que ce ne fût un monstrueux montage à la façon de ce que raconte tel ou tel conte de Grimm :
« Il n’y eut pas d’année, pas même de mois, sans que des transfuges traversent clandestinement la frontière ; ces gens ne voulaient pas rester en Pologne capitaliste et se ruaient vers la « terre promise », dans « la patrie de tous les travailleurs » à la recherche de la justice et de la liberté. » (page 17)

« Capitaliste »… Le grand mot est lâché… Comment peut-on fuir le capitalisme jusqu’à paraître  se « ruer » vers une « terre promise » qui ne serait pas… la Palestine. Mais encore cela ne vaut-il que pour les Juifs… De sorte qu’il nous semble découvrir un Margolin qui perd un peu les pédales devant un aimant soviétique dont il ignore malheureusement tout, puisque, ainsi qu’il l’avance tout en laissant planer une menace dans le point d’interrogation et les points de suspension qui ponctuent son propos :
« Nous ne savons rien du sort qui leur fut réservé. Pourquoi aucun d’eux ne donna jamais signe de vie ?… » (page 17)

S’est-il suffisamment renseigné ? Nous ne savons pas, et cependant il ne s’agissait pas d’une petite minorité ; c’est lui qui nous le dit :
« Ils sont nombreux, il vivent en URSS et il est regrettable qu’ils ne puissent raconter leur histoire. » (page 17)

Mais il est tellement impossible à Margolin de connaître le moindre élément de la vie réelle en Union soviétique, qu’il peut écrire, alors que lui-même était parti s’installer, avec sa famille, en Palestine :
« L’année 1937 fut fatale pour les touristes « illégaux ». Cette année-là, l’Union soviétique connut une grande purge. Parmi les millions de personnes envoyées en camp, il y avait toutes celles qui étaient à un moment venues de l’étranger pour vivre en Union soviétique. Légalement ou non, peu importe. » (page 18)

On le voit : après le pas-un des témoignages, nous sommes passé(e)s tout à coup à la certitude des millions de Zé-Ka. C’est du Grimm à la puissance 5 ou 6… Mais au cœur de la démarche, nous trouvons le Zé-Ka Margolin lui-même, qui va s’offrir comme le seul témoin de tous les crimes de Staline :
« Je fus un touriste d’un troisième genre très particulier. Je n’ai pas eu besoin d’aller en Russie, c’est elle qui est venue à moi. » (page 19)

Michel J. Cuny


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