Julius Margolin : un représentant de l’aile dure du sionisme

En novembre 2010, Le Bruit du temps a publié, en version intégrale, le Voyage au pays des Ze-Ka de Julius Margolin (photographie jointe), un ouvrage initialement édité en langue française déjà, mais dans une version abrégée et sous le titre : La Condition inhumaine. C’était en 1949, chez Calmann-Lévy.

Entre-temps, bien des choses ont changé, et, en particulier ceci, que désormais les malheurs du Goulag, relayés par la plume d’un Soljenitsyne bientôt transformé en prix Nobel de littérature, ont fait de Staline un monstre aux victimes seulement dénombrables – à ce qu’il paraît – en dizaines de millions… au moins.

La messe est donc dite. Finalement, à travers Soljenitsyne qui n’était pas juif lui-même, c’est la ligne Margolin qui a triomphé, c’est-à-dire celle d’un sionisme fascisant qui ne cache rien de sa fascination pour le pire.

Avec Julius Margolin, nous glissons en effet dans les profondeurs de la pire des bassesses, et nous comprenons mieux de quoi se nourrissent ses continuateurs dont il est inutile de redire ici les noms.

Iouli Borissovitch (Julius) Margolin était né le 14 octobre 1900 dans une famille juive de Pinsk, une ville biélorusse intégrée, pour lors, à l’Empire des tsars, mais qui deviendrait polonaise en 1920. En 1926, il avait épousé Eva Spektor, avec laquelle il s’installera à Lodz (Pologne) en 1929. Docteur en philosophie de l’université de Berlin, il rencontre en 1929 un certain Jabotinsky, et adhère à l’organisation de jeunesse créée par celui-ci : le Betar.

Qui était donc ce personnage-là ? Dans son ouvrage Israël – La naissance de l’État des Juifs (2008), Georges Ayache écrit :
« En avril 1920, Jabotinsky était devenu un des dirigeants de la Haganah, la milice d’autodéfense de Jérusalem. » (Georges Ayache, Israël – La naissance de l’État des Juifs, Éditions du Rocher 2008, page 271)

Pour sa part, Julius Margolin ne devait faire son premier voyage en Palestine qu’en 1936, mais, dès cette année-là, son épouse et leur fils s’y établiraient, lui-même obtenant, dès 1937, un certificat de résident permanent de Palestine tout en conservant sa nationalité polonaise.

Revenons à ce qu’avaient été les activités précédentes de l’homme à la cause sioniste duquel il devait se rallier en 1929. Je m’en tiens ici aux informations fournies par Georges Ayache :
« Les positions politiques de Jabotinsky se durcirent. Il tenta néanmoins de négocier la protection des Juifs d’Ukraine avec le gouvernement en exil de Simon Vassiliévitch Petlioura, lequel avait pourtant fait assassiner des milliers de Juifs. Cette initiative scandalisa ses amis sionistes. Il leur rétorqua froidement : – Je m’allierais avec le diable dans l’intérêt de la Palestine et des Juifs ! » (pages 272-273)

Aussi curieuse et choquante qu’elle puisse paraître aux yeux de quiconque n’a reçu de l’Holocauste que la version idéologisée, cette dernière formule, qui vise ce nationaliste ukrainien plus que déterminé qu’était Petlioura, ne fait qu’illustrer la part d’émulation qu’un nationalisme peut toujours recevoir d’un nationalisme concurrent. Notons tout de suite que, dans son livre L’Allemagne nazie et les Juifs, Saul Friedländer rappelle ce petit paragraphe qui figurait dans le mémorandum adressé à Hitler le 22 juin 1933 – un peu moins de cinq mois après sa prise du pouvoir – par l’Organisation sioniste pour l’Allemagne :
« Le sionisme croit que la renaissance de la vie nationale d’un peuple, qui s’opère aujourd’hui en Allemagne à travers la valorisation de ses dimensions chrétienne et nationale, doit aussi se produire chez le peuple juif. Pour le peuple juif aussi, l’origine nationale, la religion, un destin commun et le sens de son caractère exceptionnel doivent revêtir une importance primordiale pour son existence. Cela ne se fera qu’en supprimant l’individualisme égoïste de l’ère libérale, et en le remplaçant par le sens de la communauté et de la responsabilité collective. » (Saul Friedländer, L’Allemagne nazie et les Juifs, tome 1, Seuil 1997, page 75)

Pour sa part, le futur fondateur du Betar n’avait que le plus grand mépris pour toute forme de mollesse politique. Ainsi, comme Georges Ayache nous le signale :
« Jabotinsky démissionne dès janvier 1923 de l’exécutif sioniste. » (Georges Ayache, etc., page 273)

C’est qu’il avait en tête un projet précis qui révèle bien son personnage :
« Il créa aussitôt le mouvement de jeunesse Betar, acronyme de Brit (alliance) Trumpeldor, qui éduqua ses membres dans un esprit nationaliste et quasi militaire. » (page 273)

Georges Ayache nous fournit ensuite une information qui ne peut que jeter une lueur inquiétante sur l’actualité plus récente de l’État d’Israël :
« […] Jabotinsky avait pour secrétaire particulier un professeur d’histoire juive, spécialiste de l’Inquisition en Espagne. Il s’appelait Ben-Zion Nétanyahou et aurait, en 1949, un fils prénommé Benyamin qui deviendrait beaucoup plus tard, vingt ans après Bégin, Premier ministre de l’État d’Israël. » (page 274)

Mais le plus troublant est ailleurs…

Michel J. Cuny


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